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08/03/2016 03:07 EST | Actualisé 09/03/2017 00:12 EST

Migrants: Turquie et Grèce réunies à Izmir pour donner du corps à un nouveau plan

Les dirigeants de Turquie et de Grèce se retrouvent mardi à Izmir (ouest) pour commencer à concrétiser les nouvelles propositions suggérées par Ankara sur la crise des migrants, censées "changer la donne" mais déjà sévèrement critiquées.

Sur les côtes de la mer Egée d'où continuent à s'élancer chaque jour des centaines de candidats à l'exil vers l'Union européenne (UE), la crise des migrants doit constituer dans l'après-midi l'essentiel du menu des discussions bilatérales entre le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu et son homologue grec Alexis Tsipras.

Au terme de tractations laborieuses à Bruxelles, les dirigeants européens se sont séparés dans la nuit sans accord définitif mais avec en main de nouvelles et inattendues propositions turques qu'ils se sont promis d'étudier et de finaliser d'ici dix jours et un prochain sommet prévu les 17 et 18 mars dans la capitale belge.

Aux termes de la plus spectaculaire, Ankara accepterait la réadmission sur son territoire de tous les migrants arrivés clandestinement en Grèce, y compris des Syriens qui fuient la guerre dans leur pays, à condition que les Européens s'engagent, pour chacun d'entre eux, à transférer un réfugié depuis la Turquie vers le territoire de l'UE.

Le président du Conseil européen Donald Tusk a voulu y voir un net progrès. "Le temps des migrations irrégulières en Europe est révolu", s'est-il félicité.

Mais le haut-commissaire aux réfugiés de l'ONU s'en est ouvertement inquiété.

"Je suis profondément préoccupé par tout arrangement qui impliquerait le retour indiscriminé de gens d'un pays à un autre, qui ne détaillerait pas les garanties de protection des réfugiés en vertu du droit international", a déclaré Filippo Grandi devant le Parlement européen de Strasbourg.

- 'Déshumanisante' -

Dans la même veine, Amnesty International a reproché aux dirigeants européens et turcs d'être "tombés encore plus bas".

"L'idée d'échanger des réfugiés contre des réfugiés n'est pas seulement déshumanisante, elle n'offre pas non plus de solution à long terme", a estimé Iverna McGowan, la responsable de l'ONG auprès de l'UE.

En échange de sa proposition "choc", la Turquie a promis d'accélérer la mise en oeuvre d'un accord de "réadmission", qui prévoyait qu'elle reprenne à partir de juin les migrants "économiques" pour les expulser vers leurs pays d'origine.

Dans un communiqué, M. Tsipras a promis mardi de faire avancer le dossier à Izmir. "Je veux croire qu'un pas important et historique sera franchi à Izmir (...) afin que la Turquie accepte de reprendre tous les migrants n'ayant pas droit à une protection internationale sur la base des traités internationaux", a-t-il souhaité.

Entre autres conditions, Ankara a exigé le doublement de 3 à 6 milliards d'euros du montant de l'enveloppe promise par l'euro pour accueillir et intégrer les 2,7 millions de Syriens déjà sur son sol.

Dans la perspective d'adhérer à l'UE, "nous voulons que cinq chapitres de négociations soient ouverts aussi vite que possible", a insisté M. Davutoglu.

Le chef du gouvernement islamo-conservateur turc a également sollicité la levée "d'ici juin" des visas imposés par les pays de l'espace Schengen à ses citoyens, jusque-là programmée pour la toute fin de l'année.

- 'Changer la donne' -

"C'est un bon accord, qui va changer la donne", s'est réjoui le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, estimant qu'il allait "briser le +business model+ des passeurs", sauver des vies et "soulager une partie de la pression sur la Grèce", au bord de la crise humanitaire.

Le président français François Hollande a salué "un acte très important" de la Turquie.

L'objectif est de lancer un message à tous les candidats au voyage vers l'Europe: les migrants économiques seront renvoyés, et les demandeurs d'asile ont tout intérêt à déposer leur requête en Turquie pour espérer un transfert sans danger vers l'UE.

Mais "il reste de nombreux points à clarifier", a admis une source diplomatique, faisant état des doutes de certains pays sur la légalité du dispositif et sur sa faisabilité.

"La décision est légale", a assuré Jean-Claude Juncker, écartant les risques d'éventuelles condamnations par la justice européenne.

Les Turcs avaient déjà scellé fin novembre un "plan d'action" avec l'UE pour stopper les migrants en renforçant notamment la lutte contre les passeurs. Mais 15.000 à 20.000 migrants continuent d'arriver chaque semaine de Turquie sur les côtes grecques, moins qu'à l'automne mais encore trop pour l'UE.

En marge des discussions avec Ankara, une querelle a éclaté entre Européens autour de la route migratoire des Balkans, empruntée l'an dernier par plus de 850.000 migrants.

Un projet de déclaration finale du sommet mentionnait que "cette route est désormais fermée", mais certains pays comme l'Allemagne ont émis de fortes réserves, conduisant à supprimer cette formulation.

bur-pa/at