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Sexualité et cancer : dans l'intimité du couple

Affectionate couple in bed
Affectionate couple in bed

Conçue pour apporter bonheur et épanouissement au sein du couple, la sexualité est essentielle. Lorsque celle-ci est confrontée au cancer, elle soulève de nombreuses inquiétudes et questions.

Par rapport à la maladie, les couples doivent composer, malgré eux, avec certaines conséquences.

Dans le cas du cancer de la prostate, la fonction érectile est atteinte, la capacité éjaculatoire est défaillante et l’orgasme est différent, la question de la sexualité est donc importante. Dans le cadre d’un cancer du sein, l’atteinte sur la fonction sexuelle est moins importante puisque l’appareil génital n’est pas directement touché. Dans les deux cas, la question du deuil demeure : « La maladie grave amène l'être humain à vivre un deuil. Un deuil d'une vie en santé, la perte parfois de certains attributs intimement liés à la féminité : cheveux, seins, utérus. Il est important que la femme et l'homme puissent faire ce processus de deuil en sachant qu'il ou elle vivra probablement certaines étapes : choc, déni, colère, marchandage, dépression, acceptation », explique Bianca Saia thérapeute en relation d’aide.

Dans chaque couple le cancer se vit différemment. Conserver le lien affectif est primordial. Avec l’aide d’un spécialiste, on préconise différents outils pour aider les couples à vivre pleinement leur sexualité.

Claude E. Cyr est sexologue et psychothérapeute à la Société canadienne du cancer. Lorsque cela s’impose, il reçoit individuellement ses patients et propose différentes alternatives selon les cas « on va faire des propositions qui ne sont pas justes de la sexualité, on va proposer des façons de se toucher que ce soit moins génital et voir d’autres zones érogènes », dit le sexologue qui intervient aussi auprès de médecins et lors de conférences.

Le conjoint, un soutien

Habituellement, le cancer se vit individuellement, mais dans un couple il se vit à deux et le conjoint prend une part importante dans la relation. Son comportement peut sans précaution changer « sans prendre soin de lui d'abord, le risque est que le conjoint prenne des chemins défensifs tels que la fuite et l'évitement, la banalisation, la colère défensive, les non-dits », explique Bianca Saia qui conseille par ailleurs au conjoint de prendre soin de lui d’abord, car « lui aussi traverse un deuil, celui de la relation telle qu'elle était, et la peur de la mort ».

Chaque situation dépend toujours du type de maladie, du pronostique et des traitements préconisés. Dans les cas de cancers moins invasifs et où la sexualité est toujours possible Claude Cyr conseille de ne pas mettre de pause dans la routine sexuelle « plus on arrête, plus on trouve un inconfort et plus on soumet le rôle d’aidant, ou d’infirmier à son conjoint et on ne devient plus l’amant ou l’amante », précise Claude E. Cyr.

Sujet tabou

Il y a peu de temps, Liliane Cayer a été diagnostiquée avec un cancer du sein à seulement 40 ans. La jeune femme qui est mariée depuis vingt-trois ans et qui a deux garçons s’est vue progressivement faiblir et composer avec la perte de son sein et de ses cheveux. « J’ai eu l’aide d’une psychologue en oncologie qui m’a fait prendre conscience que c’est une étape dans ma vie et ça va revenir, les cheveux vont revenir. Ce n’est pas la fin de ma vie », dit-elle.

Pour Liliane, se voir dans le miroir le soir est difficile, mais la présence de son mari est précieuse dans cette épreuve. « Mon mari, ce qu’il m’apporte, c’est vraiment un apaisement, c’est comme un rayon de soleil dans cette obscurité », dit-elle. Pour elle, le cancer change la dynamique du couple, les rôles sont inversés et l’intimité en est d’autant plus cruciale. « Nos caresses, nos rapprochements c’est tellement devenu quelque chose de précieux », confie-t-elle.

Selon elle, « sexualité et cancer » sont encore des sujets encore tabous, peu d’informations circulent sur le sujet. « J’ai réussi à trouver un livre sur la sexualité qu’on donne en oncologie et je trouve que ce n’est pas assez approfondi. Ça laisse vraiment le couple dans une crainte, dans une incertitude, un manque de savoir », souligne-t-elle. Elle révèle par exemple que le traitement de la chimiothérapie demande une extrême prudence notamment lors des rapports sexuels puisque le conjoint en santé risque d’être réfractaire à la chimiothérapie qui ne sera plus un remède efficace si ce dernier est atteint par le cancer dans le futur. Quant à l’après-cancer, la sexualité reste centrale, cela passe par l’acceptation d’un nouveau corps.

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