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07/03/2016 12:44 EST | Actualisé 08/03/2017 00:12 EST

L'Europe et la Turquie débattent sur la crise des migrants

BRUXELLES — Les dirigeants de l'Union européenne et la Turquie ont débattu vigoureusement, lundi, sur les moyens de gérer l'afflux de migrants provenant du Moyen-Orient.

Les négociations qui ont duré toute la journée entre le bloc de 28 pays et la Turquie allaient se poursuivre après minuit alors que les deux parties cherchaient à maximiser leurs gains.

La Turquie, qui a reçu jusqu'à maintenant 2,75 millions de migrants de la Syrie voisine, a pris de court ses vis-à-vis en réclamant le double du financement prévu par l'UE — bien au-delà des 3,3 millions $ US déjà promis.

Le gouvernement turc a martelé que tout accord nécessiterait que les Européens accélèrent le pas sur le long processus d'adhésion de la Turquie dans l'Union européenne. Ankara a ajouté qu'elle s'attendait à ce que les pays européens lèvent en l'espace de quelques mois les restrictions sur les visas imposées aux citoyens turcs.

Le premier ministre Ahmet Davatoglu a dit aux journalistes que la Turquie était prête à travailler avec l'Europe et qu'elle était aussi prête à s'intégrer à l'UE.

Du côté de l'Europe, elle demande à la Turquie de reprendre les milliers de migrants qui ont déjà atteint les côtes européennes. Depuis quelque temps, de 13 000 à 14 000 personnes sont entassées au froid à la frontière entre la Grèce et la Macédoine.

La Hongrie a d'ailleurs laissé savoir en soirée qu'elle s'opposerait à toute proposition visant à accepter ces migrants en sol européen.

Dans un document préliminaire préparé en vue des négociations, les Européens disaient vouloir renvoyer en Turquie les migrants qui n'étaient pas admissibles à la protection légale des réfugiés. 

Mais le premier ministre Davatoglu a surpris tout le monde, lundi, en demandant le double de l'aide financière d'ici 2018.

La Turquie souhaite également que l'Europe accepte plus de migrants syriens qui arriveraient par des voies plus sécuritaires que la mer — dont la frontière terrestre entre la Turquie et la Grèce.

Depuis Ankara, le président turc Recep Tayyip Erdogan a critiqué l'Europe, faisant un rapprochement entre sa politique d'accueil et les milliers de noyades dans la mer Égée. «Nous ne les envoyons pas. Ils s'en vont par la mer et ils sont nombreux à mourir. Nous avons sauvé plus de 100 000 d'entre eux de la mer», a-t-il pesté.

Le bilan de la Turquie sur le plan des droits de la personne a jeté une ombre sur la rencontre de lundi. Vendredi dernier, les policiers ont fait irruption dans les bureaux du plus grand quotidien au pays. Le journal a été placé en tutelle en vertu d'un ordre de la cour.

Le président français François Hollande a affirmé que la coopération de l'Europe avec la Turquie ne signifiait pas qu'elle approuvait ses démarches sur la liberté de la presse. «La presse doit être libre partout, dont en Turquie», a-t-il déclaré.