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07/03/2016 17:50 EST | Actualisé 08/03/2017 00:12 EST

Crise migratoire: querelles à Bruxelles sur la "fermeture" de la Route des Balkans

La Route des Balkans "est maintenant fermée": les bisbilles entre dirigeants européens lundi à Bruxelles autour de ces quelques mots illustre les paradoxes de l'UE, tiraillée entre fermeture de ses frontières et solidarité avec les réfugiés fuyant la guerre.

Ce court passage d'un projet de déclaration finale du sommet européen a finalement été supprimé, après les contestations de certains Etats, l'Allemagne en tête.

Comment en effet donner l'impression de se féliciter d'une "fermeture" de l'itinéraire principal des migrants vers le nord de l'Europe, quand les pays situés sur cette "route" (Macédoine, Serbie, Croatie, Slovénie, Autriche) ont usé de méthodes controversées pour l'imposer?

Le projet de texte final de la réunion, issu de tractations préalables entre ambassadeurs, retenait cette formulation: "Le flux des migrants irréguliers le long des Balkans occidentaux arrive à son terme. Cette route est maintenant fermée".

Mais "il ne peut s'agir de fermer quoi que ce soit", a lancé lundi la chancelière allemande Angela Merkel, à son arrivée au sommet.

L'Allemagne ne voulait pas donner l'impression d'appuyer des restrictions mises en places de manière unilatérales, qui ont provoqué un engorgement en Grèce, désormais confrontée à un risque imminent de crise humanitaire.

- 'Forces chauvines' -

Entériner la fermeture de la Route des Balkans, "ce serait une décision qui donnerait raison aux forces chauvines et nationalistes en Europe", avait protesté de son côté le ministre grec de l'Intérieur, Panyotis Kouroublis.

La Commission européenne a elle aussi pesé pour que les dirigeants européens revoient leur copie sur la façon de présenter la situation dans les Balkans.

C'était une question de cohérence pour l'exécutif européen, qui a maintes fois critiqué les mesures de restrictions controversées qui y ont été décidées.

Des pays de la région se sont en effet concertés pour établir des quotas de migrants qu'ils laissent transiter sur leur territoire vers le nord, comme l'Autriche qui a établi une limite de 3.200 personnes qu'elle laisserait passer vers l'Allemagne. Vienne a aussi établi un quota quotidien de 80 demandeurs d'asile admis sur son territoire.

Mais "l'accès à la procédure d'asile doit être garanti à toutes les personnes qui demandent l'asile dans un Etat membre", sans plafond numérique, selon un avis juridique récemment produit par la Commission européenne.

A l'inverse, "appliquer une politique de laissez-passer", y compris à des demandeurs d'asile potentiels, n'est pas non plus conforme aux règles européennes, estimait la Commission dans ce même document.

Il ne faut pas donner l'impression de "valider les plans" de l'Autriche, a mis en garde lundi une source diplomatique.

Le message à donner, c'est que "si la Route des Balkans est fermée, c'est parce que les Turcs s'engagent à ne pas laisser passer tout le monde et parce que les hotspots (centres d'enregistrement et de sélection des réfugiés et migrants) en Grèce et en Italie vont fonctionner", a estimé cette source.

Plusieurs pays avaient au contraire semblé se réjouir ces dernières semaines, sans le dire ouvertement, des mesures prises dans les Balkans, en raison des difficultés de la Grèce à stopper elle-même le flux de migrants.

L'Autriche a elle une nouvelle fois défendu lundi ses initiatives, et plaidé pour un langage sans détour. Pour le ministre autrichien des Affaires étrangères, Sebastian Kurz, l'ouverture des frontières européennes en septembre dernier - affichée de concert par l'Autriche et l'Allemagne - a été une "grave erreur" devant être corrigée.

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