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06/03/2016 06:35 EST | Actualisé 07/03/2017 00:12 EST

L'UE compte sur la Turquie pour stopper les migrants, nouveau naufrage meurtrier

L'Union européenne va faire pression lundi à Bruxelles sur la Turquie pour qu'elle l'aide à maîtriser la crise migratoire qui met en péril son unité, et s'est traduite dimanche par un nouveau naufrage qui a coûté la vie à 18 personnes.

Parallèlement, l'Union se dit prête à assister la Grèce qui s'attend à devoir accueillir encore 100.000 migrants d'ici fin mars en provenance du voisin turc.

Les 28 vont partager lundi un déjeuner de travail avec le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu au moment où l'arrivée de 1,25 million de demandeurs d'asile divise comme jamais l'UE.

M. Davutoglu sera à Bruxelles dès dimanche soir pour "préparer le sommet" à huis clos avec la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE, selon des sources diplomatiques.

Ce nouveau sommet extraordinaire survient dans un climat de frictions récurrentes entre l'UE et la Turquie, candidate de longue date à l'adhésion, les Européens s'inquiétant de la répression contre les médias hostiles au président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan.

Fin novembre, l'UE avait déjà signé un "plan d'action" avec Ankara pour stopper les migrants quittant par milliers les côtes turques à destination des îles grecques.

Au moins 18 migrants sont encore morts dimanche dans un naufrage au large de la station balnéaire de Didim (sud-ouest de la Turquie), selon les autorités turques.

Après une récente tournée dans les Balkans, en Grèce et en Turquie, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a cru déceler "un consensus européen (...) autour d'une stratégie globale, qui, si elle est mise en oeuvre de façon loyale, peut aider à endiguer les flux" migratoires.

- Convaincre Ankara -

Sa solution: appliquer à la lettre les accords de libre circulation de Schengen, en ne laissant entrer en Grèce que les personnes qui déposent une demande d'asile. Ce qui doit permettre de lever d'ici fin 2016 les contrôles frontaliers décidés unilatéralement à l'intérieur de l'UE, puis d'expulser tous les "migrants économiques" vers la Turquie qui les renverra vers leur pays d'origine.

Reste à convaincre Ankara de tenir ses promesses, en mettant en oeuvre dès le 1er juin un accord de "réadmission" en Turquie des migrants irréguliers. En signe de bonne volonté, Ankara vient d'accepter de reprendre plus de 800 migrants originaires du Maghreb depuis la Grèce.

"On peut réduire le flux par des retours à grande échelle et rapides de tous les migrants" déboutés de leur demande d'asile, a plaidé M. Tusk.

Les Européens veulent aussi que la Turquie rencorce la lutte contre les passeurs qui opèrent au large de ses côtes, avec l'aide de navires de l'Otan en mer Egée. Un bâtiment français appareillera dans les prochains jours pour la région.

La situation reste néanmoins dramatique. Plus de 30.000 migrants demeurent bloqués en Grèce dans des conditions misérables en raison des restrictions imposées par plusieurs pays des Balkans.

Au cours des dernières 24 heures, la Macédoine n'a laissé filtrer que 240 personnes, selon des chiffres communiqués dimanche matin par la police grecque.

- Aider Athènes -

L'UE doit rapidement débloquer une aide inédite (700 millions d'euros sur trois ans) pour aider Athènes, plongée dans une terrible crise économique.

Mme Merkela jugé dimanche que "l'Union européenne doit et va soutenir la Grèce de façon solidaire".

Environ 2.000 migrants continuent d'arriver chaque jour de Turquie sur les côtes grecques - trois fois moins qu'en octobre, mais "encore beaucoup trop", s'alarment les dirigeants européens, qui craignent de nouvelles vagues lorsque le printemps rendra la traversée en mer Egée moins dangereuse.

"L'ironie de cette histoire, c'est que c'est à nous d'arrêter le flux, à nous de sauver l'UE", commente l'ambassadeur de Turquie auprès de l'UE, Selim Yenel. "Après avoir été ignorés ces 10 dernières années, on s'est soudainement souvenus de nous!".

En échange de sa coopération, Ankara a obtenu des contreparties substantielles: la suppression, peut-être dès l'automne, des visas imposés aux ressortissants turcs et surtout une relance de son processus d'adhésion à l'UE, sans oublier trois milliards d'euros d'aide pour les 2,7 millions de Syriens réfugiés dans le pays.

"On a demandé leur aide, ils nous le font payer très cher", observe un haut responsable, selon lequel les Européens devront aussi donner lundi des gages à Ankara sur un vaste programme onusien d'immigration légale de réfugiés syriens vers l'UE depuis la Turquie.

Mais hormis à Berlin, très peu de dirigeants sont jusqu'ici enclins à participer à un tel projet.

Les 28 profiteront également de leur sommet lundi pour tenter de remettre un peu de discipline collective au sein du bloc.

Plusieurs Etats membres refusent toujours de mettre en oeuvre la répartition de 160.000 réfugiés au sein de l'UE, agréée en septembre pour soulager la Grèce et l'Italie.

axr-agr/cr