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06/03/2016 04:43 EST | Actualisé 07/03/2017 00:12 EST

France: syndicats et mouvements citoyens à l'assaut de la réforme du droit du travail

Face au développement de la contestation contre son projet de réforme du droit du travail, jugé trop libéral, l'exécutif socialiste français, contesté dans son camp, entame lundi des négociations avec des syndicats dépassés par des mouvements "citoyens" inédits.

Cette réforme vise à "casser les barrières à l'entrée du marché du travail" dans un pays où le chômage stagne à 10% et frappe surtout les jeunes, a plaidé le Premier ministre Manuel Valls dans le Journal du Dimanche, en mettant en garde contre le danger du "statu quo".

"Réformer la France est vital" car son modèle social est "à bout de souffle", a insisté Manuel Valls, tenant d'un social-libéralisme sans complexe face au "conservatisme" de la société.

Mais le succès inattendu d'une pétition en ligne réclamant le retrait du projet (plus d'un million de signatures en deux semaines), la perspective d'une manifestation de jeunes mercredi à Paris et des sondages éloquents (70% des Français opposés au texte) ont convaincu le gouvernement, plus efficacement que des syndicats divisés, qu'il aurait été suicidaire de passer en force.

L'adoption du texte par le Conseil des ministres a été reportée de 15 jours, au 24 mars, le temps de trouver des compromis sur les points les plus contestés. La tâche s'annonce difficile, entre un patronat qui appelle le gouvernement à "aller jusqu'au bout" du projet, quelques syndicats qui veulent bien discuter et d'autres qui demandent son abandon pur et simple et appellent à faire grève le 31 mars.

Sans compter la grogne de députés socialistes qui ont obtenu que le Premier ministre vienne les rencontrer mardi soir pour un "séminaire" sur la réforme.

"Il faut répondre aux interrogations, aux inquiétudes et lever les ambigüités", mais aussi "faire cesser la désinformation", fait valoir Manuel Valls.

- 'Big bang social' -

Le projet de loi El Khomri - du nom de la ministre du Travail Myriam El Khomri - vise à réformer en profondeur le code du travail, "Bible" des droits des salariés à l'entreprise: salaire minimum, contrats de travail, temps de travail, droits syndicaux, formation professionnelle, protection en cas de licenciement, indemnisation du chômage... toutes les lois et décrets y sont réunis.

L'objectif affiché du gouvernement est de répondre aux évolutions du marché de l'emploi, toujours plus marqué par la précarisation du travail et les conséquences de la mondialisation. Il avance que la lourdeur des procédures dissuade les entreprise d'embaucher. La militante féministe Caroline de Haas, 35 ans, à l'initiative de la pétition en ligne "Loi Travail: non merci" sur le site change.org, parle elle d'un "big bang social sans précédent qui va juste détruire petit à petit le code du travail".

Les points les plus contestés - et sur lesquels le gouvernement se dit prêt à bouger - portent sur les licenciements économiques, dont les conditions seraient assouplies et l'indemnisation des licenciements abusifs.

Avec la réforme annoncée, si les grandes sociétés "veulent engager un plan social dans leur filiale française relevant d'un secteur donné, elles n'auront plus à se justifier sur la santé de leurs filiales à l'étranger évoluant dans le même secteur", a critiqué le juriste Antoine Lyon-Caen, qui avait été associé aux travaux préparatoires du projet.

Les syndicats, qu'ils soient réformistes ou contestataires, sont également hostiles au plafonnement des indemnités dues pour licenciement abusif. Ils refusent aussi les articles "qui accroissent le pouvoir unilatéral des employeurs", notamment sur l'aménagement quotidien du temps de travail.

"Ce qu'on reproche à ce projet de loi, c'est qu'il est trop libéral", a résumé Véronique Descacq, numéro deux du syndicat CFDT (réformiste).

Les centrales syndicales réformistes, au contraire de certains syndicats affiliés à la CGT, marquée à gauche, ne se sont pas associés à l'appel à manifester mercredi lancé par des organisations de jeunesse, très actives sur les réseaux sociaux. L'ampleur de la mobilisation dans la rue sera examinée avec attention par le gouvernement, avec l'espoir que son "travail pédagogique" soit parvenu à éteindre une contestation - une de plus - lourde de danger à un peu plus d'un an de la prochaine élection présidentielle.

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