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05/03/2016 20:45 EST | Actualisé 06/03/2017 00:12 EST

Divisée, l'UE compte sur la Turquie pour stopper les migrants dont elle ne veut pas

L'Union européenne, en quête d'unité, va faire pression lundi sur Ankara, consciente que la Turquie détient la clé pour l'aider à maîtriser la crise migratoire qui menace son existence même.

Les 28 doivent rencontrer lundi midi à Bruxelles le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, alors que l'arrivée de 1,25 million de demandeurs d'asile divise comme jamais l'UE.

Ce sommet, le deuxième en moins de quatre mois, survient dans un climat de frictions récurrentes entre l'UE et la Turquie, la première s'inquiétant de la répression contre les médias hostiles au président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan, comme l'a encore montré ce week-end la mise sous tutelle d'un quotidien d'opposition turc.

Fin novembre, l'UE avait déjà signé un "plan d'action" avec Ankara pour stopper les migrants quittant par milliers les côtes turques à destination des îles grecques.

Après une tournée dans les Balkans, en Grèce et en Turquie, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a cru déceler vendredi "un consensus européen (...) autour d'une stratégie globale, qui, si elle est mise en oeuvre de façon loyale, peut aider à endiguer les flux" migratoires.

Sa solution: appliquer à la lettre les accords de libre circulation de Schengen, en ne laissant entrer en Grèce que les personnes qui déposent une demande d'asile. Ce qui doit permettre de lever d'ici fin 2016 les contrôles frontaliers décidés unilatéralement à l'intérieur de l'UE pour arrêter l'avancée chaotique de migrants vers le nord de l'Europe, puis expulser en masse tous les "migrants économiques" vers la Turquie, qui les renverra vers leur pays d'origine.

- Convaincre Ankara -

Reste à convaincre Ankara de tenir ses promesses de novembre, en mettant en oeuvre dès le 1er juin un accord de réadmission en Turquie des migrants irréguliers.

Les Européens veulent aussi que les Turcs renforcent la lutte contre les passeurs qui opérent depuis ses côtes.

"On peut réduire le flux par des retours à grande échelle et rapides de tous les migrants" déboutés de leur demande d'asile, assure M. Tusk.

En signe de bonne volonté, Ankara vient d'accepter de reprendre plus de 800 migrants originaires du Maghreb depuis la Grèce.

La situation reste néanmoins préoccupante. 32.000 migrants sont bloqués en Grèce, dans des conditions misérables, depuis la fermeture successive des frontières des pays des Balkans et d'Europe centrale par lesquels ils ralliaient l'Allemagne et la Scandinavie.

L'UE devrait rapidement débloquer une aide inédite (700 millions d'euros sur trois ans) pour aider Athènes, plongée dans une terrible crise économique.

Environ 2.000 migrants continuent d'arriver chaque jour de Turquie sur les côtes grecques - trois fois moins qu'en octobre, mais "encore beaucoup trop", s'alarment les dirigeants européens, qui craignent de nouvelles vagues lorsque le printemps rendra la traversée en mer Egée moins dangereuse.

"L'ironie de cette histoire, c'est que c'est à nous d'arrêter le flux, à nous de sauver l'UE", commente l'ambassadeur de Turquie auprès de l'UE, Selim Yenel. "Après avoir été ignorés ces 10 dernières années, on s'est soudainement souvenus de nous!".

Les Européens, France et Allemagne en tête, ont commis "une erreur stratégique majeure il y a une dizaine d'années" en douchant tout espoir d'adhésion de la Turquie à l'UE, ce qui a durablement entamé la confiance mutuelle, reconnaît un haut responsable européen.

- Prix à payer -

Ankara a arraché des contreparties substantielles à sa coopération dans la crise migratoire: la suppression, peut-être dès l'automne, des visas imposés aux ressortissants turcs et une relance de son processus d'adhésion à l'UE, sans parler des trois milliards d'euros d'aide pour les 2,7 millions de Syriens réfugiés dans le pays.

"On a demandé leur aide, ils nous le font payer très cher", observe le haut responsable, selon lequel les Européens devront aussi donner lundi des gages à Ankara sur un vaste programme onusien d'immigration légale de réfugiés syriens vers l'UE depuis la Turquie.

Mais hormis à Berlin, très peu de dirigeants sont jusqu'ici enclins à participer à un tel projet.

Les 28 profiteront également de leurs retrouvailles lundi pour tenter de remettre un peu de discipline collective au sein du bloc. Plusieurs Etats membres refusent de mettre en oeuvre la répartition de 160.000 réfugiés au sein de l'UE, agréée en septembre pour soulager la Grèce et l'Italie.

axr-agr/mba