DIVERTISSEMENT
04/03/2016 01:08 EST | Actualisé 04/03/2016 01:10 EST

«Gesamtkunstwerk»: Dead Obies entre exécution et rassemblement (ENTREVUE/VIDÉOS)

Courtoisie

Le groupe de hip-hop québécois Dead Obies a fait jasé depuis la parution de son premier encodé Montréal $ud (2013). Leur rap nouveau genre, leur énergie scénique et leur usage du franglais dans leurs textes a soulevé les passions. Ce sextuor formé de jeunes allumés de la région de Montréal revient à la charge avec un ambitieux album de 14 titres intitulé Gesamtkunstwerk, conçu en partie grâce à des enregistrements de spectacles offerts au Centre Phi. En plus, un film documentaire de qualité a été réalisé au sujet du processus créatif. Rencontre avec trois des membres de la formation.

«Oeuvre d’art totale»

Exécution et rassemblement. Deux mots qui pèsent lourd dans cette nouvelle aventure de Dead Obies que les gars ont judicieusement nommée Gesamtkunstwerk, qui signifie «œuvre d’art totale» en allemand. L’essai La société du spectacle, de l’écrivain français Guy Debord, aurait inspiré le collectif à ce sujet.

Exécution parce que les gars ont trimé fort pour parvenir à accoucher d’un bébé qui a somme toute pas mal de personnalité : trois spectacles (complets) en trois jours (les 14-15-16 octobre 2015) livrés avec panache au Centre Phi de Montréal, dans un environnement « immersif » convaincant. Ces concerts, auxquels participaient des musiciens de Kalmunity, étaient par ailleurs enregistrés pour être par la suite utilisées en partie (environ à 50%) en studio pour réaliser l’album. L’effet est réussi. Le son est riche et les ambiances trichent avec le réel.

Exécution parce que le film noir et blanc de 21 minutes, Dead Obies in Gesamtkunstwerk: ein dokumentarfilm (Dead Obies dans l’œuvre d’art totale, le documentaire) bonifie l’expérience et la compréhension de l’œuvre Gesamtkunstwerk dans son ensemble. «Le but du documentaire (réalisé par Maxime Charron) était de servir de fenêtre sur cet univers Gesamtkunstwerk, explique Yes Mccan. Il sert de fer de lance au reste.»

Puisque tout est dans tout avec l’art total, Yes Mccan souligne en entrevue que l’idée d’exécution a plané au-dessus de toute la production de ce disque. Pour bien comprendre «le propos de Gesamtkunstwerk, il faut selon lui considérer autant la démarche et la réalisation de l’œuvre que seulement les textes.»

Rassemblement pour ce désir d’intégrer au maximum leurs fans en jouant avec les idées du vrai et du faux en musique (qu’est-ce qui provient du direct versus ce qui provient du studio? Quelle est la différence entre une expérience musicale en concert versus ce qui est partagé seul au salon). Rassemblement parce que les amateurs ont été impliqués dans la création de l’album, de la production sonore à l’habillement de l’objet physique comme les portraits photo. Outre la participation de quelques centaines de fans aux performances live, on entend des bruits de foule et même des commentaires de certains sur le disque.

Rassemblement aussi puisque les 14 titres, pas mal accrocheurs, proposent des musiques plus accessibles que celles retrouvées sur Montréal $ud. Pensons à Jelly, Johnny, Aweille! et Moi pis mes hommies (un morceau obsédant).

De la salle au studio

Durant l’entretien, 20Some s’est lancé dans un long exposé à propos des différents procédés de l’enregistrement de l’album. On n’aurait pu trouvé mieux pour donner une impression concrète du travail musical du collectif.

«Notre album démo était prêt environ un mois avant nos perfos au Centre Phi. Environ 90 % du matériel était là et c’est ce qu’on a donné aux musiciens pour apprendre les morceaux en vue des shows. Une fois qu’on avait ces squelettes, on a pratiqué les chansons pour les livrer sur scène et pour les enregistrer du même coup. En studio, on a surtout nettoyé les prises du live. Le travail a été très long, autant pour les beats que pour les vocals. Ici, c’était beaucoup de minutie et de gossage Pro Tools (la fameuse station audionumérique de Avid).

Une fois qu’on avait cleané les éléments enregistrés en live, ce fut au tour de VNCE (le producer, le beatmaker), de mixer les deux versions (studio et live) ensemble. Il faut que je rappelle que toute l’instrumentation a été faite sur scène (par la gang de Kalmunity). VNCE a ensuite ajouté des beats électroniques. Il a aussi enlevé ou modifié d’autres parties. Pour certains morceaux, comme Oh Lord, tout l’enregistrement live a été conservé. Sur Untitled, on n’entend que des instruments livrés en live…»

Au final, ça donne un album de post-rap ultra-dynamique qui transpire le party, les hooks et les refrains catchy… Le ton est donné avec le premier morceau DO 2 Get, avec les bruits de foule, les rythmes bien serrés et les voix très «clean» qui s’imbriquent l’une à l’autre dans une contagieuse et sympathique urgence. C’est peut-être parfois un brin trop juvénile, mais que pouvons-nous espérer d’autres ? On sent bien l’énergie de la scène et le trip de gang de Dead Obies et c’est l’idée. Tout ça sur des paroles franglaises traitant davantage de l’individu (dont les membres de Dead Obies) que de l’environnement envahissant de Montréal $ud.

Langue sale

«Chanter dans les deux langues, c’est Dead Obies, lance Jo RCA. On ne veut pas faire autrement. Mais bon, on n’a rien inventé. Plusieurs rappeurs montréalais sont passés par là (il cite Muzion). On ne sort pas de nulle part avec ça. C’est une réalité locale que l’on a seulement développée.»

«Disons que notre approche est peut-être juste plus moderne, renchérit Yes Mccan. C’est plus dense aussi. Mais il y a une genèse. Les gars comme Sans Pression, KC LMNOP ont influencé d’autres rappeurs que sont Maybe Watson, KenLo, Loud Lary… Nous, quelque part, on rappe en français et en anglais en partie grâce à tous ces gars-là. Le franglais existe depuis longtemps à Montréal. Et cette manière de chanter est devenue notre identité. »

Le prix à payer de chanter en deux langues, d’assumer son identité (outre celle de provoquer des débats qui commencent d’ailleurs à s’essouffler), c’est l’endettement. «Ce projet a coûté vraiment cher, souligne Jo RCA. Et on n’a pas de subvention parce qu’on gravite autour de deux langues - un mélange de plus ou moins 50 % du français de 50% d’anglais -. San se perdre dans les méandres du financement musical, aucune institution ne veut soutenir financièrement l’album en raison de la présence plus ou moins égale des deux langues officielles sur Gesamtkunstwerk. Grosso modo, chacun des six gars se sont endettés de huit mille dollars… Ce bon vieux système! Se travestir pour une subvention?

«Pas question», de lancer 20Some.

Dead Obies

Gesamtkunstwerk, sous étiquette Bonsound

Hip-hop

deadobies.com

La nouvelle tournée du groupe commencera au National de Montréal, le 10 mars. Notons qu’il offrira aussi un spectacle au Cercle de Québec, le 18 mars.

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