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04/03/2016 01:15 EST | Actualisé 04/03/2016 05:35 EST

La face cachée des objets urbains - Le banc de parc, bon pour la santé physique et mentale

Le Huffington Post Québec présente le premier article de sa série La face cachée des objets urbains dans laquelle le mobilier urbain est analysé et présenté sous des facettes insoupçonnées. Aujourd’hui: le banc public!

En attendant l’autobus, Forrest Gump y a trouvé le confort pour raconter sa vie entière à des étrangers. Brassens s’en est inspiré pour écrire l’une de ses chansons les plus connues, Les amoureux des bancs publics. Le banc de parc aurait-il cette propriété de rapprocher les gens?

En fait, le banc de parc, qui est presque aussi vieux que les villes, permet d’exister dans la cité, tout simplement. Chacun y trouve le degré de sociabilité qui est acceptable pour lui.

«C’est un endroit où la solitude autant que la sociabilité sont acceptées», explique Clare Rishbeth, du département d’aménagement de l’Université de Sheffield, au Royaume-Uni. La chercheuse chapeaute le Bench Project, qui scrute les propriétés sociales du banc public et qui a même accouché d’un manifeste du banc de parc, qu’on souhaite égalitaire, confortable et sécuritaire.

«Le banc offre une occasion de se poser et est donc réparateur pour la santé mentale des gens qui s’y arrêtent, poursuit-elle. Cette sociabilité peu exigeante est appréciée de plusieurs et est vitale pour des populations marginalisées et qui ne sont pas les bienvenues dans les cafés, au travail, à l’école…»

LA FACE CACHÉE DES OBJETS URBAINS:

» Voir le banc autrement : 5 visions du banc de parc

» Le banc de parc de Montréal… pour les nuls!

Dans son livre The Social Life of Small Urban Spaces, publié en 1985, l’urbaniste américain William Whyte disait que la qualité des environnements urbains se mesurait d’abord par la présence d’endroits confortables où les piétons pouvaient s’asseoir.

Bénéfique, le banc public l’est aussi pour la santé physique des citadins. «Ironiquement, le banc public est un grand incitatif à la marche, souligne Véronique Fournier, directrice générale du Centre d’écologie urbaine de Montréal. Quand on marche, il faut pouvoir s’arrêter. C’est d’autant plus important pour les piétons les plus vulnérables, comme les enfants et les personnes âgées ou à mobilité réduite.» Même l’Organisation mondiale de la santé prêche pour le banc public afin que les villes deviennent, entre autres, amies des aînés.

Le placottoir créé par Charles-Édouard Dorion et Camille Chabat. Photo: Jimmy Hamelin/Festival Mode et Design

En fait, le banc de parc crée des villes amies de leurs citoyens. «Si nous n’installons pas de bancs dans nos villes pour que la population s’approprient des lieux, tout ce qu’il nous reste, ce sont des espaces vides entre lesquels les gens se pressent», lance Phillippa Banister, chargée de projet pour Sustrans, une entreprise britannique de design urbain et communautaire. «Il n’y aurait plus aucune raison de s’arrêter, d’interagir, de se rencontrer.»

Le banc de parc serait l’outil numéro un d’acceptabilité social dans une ville. En théorie, il devrait être démocratique et permettre à tous de se sentir inclus dans la communauté. Dans les faits, il n’en est pas toujours de même (voir «Le banc antisocial», plus bas).

«Le banc public est intégré à l’espace urbain commun et doit donc être ouvert à tous. Il doit être démocratique», insiste Charles-Édouard Dorion, finissant au baccalauréat en design de l’environnement de l’UQAM et concepteur, avec Camille Chabat, du placottoir lauréat du Festival Mode et Design, en 2015.

«Pour qui dessinons-nous des places publiques? demande Phillippa Banister. Pour tout le monde. Le banc est un symbole d’espoir, qui nous fait passer par-dessus nos craintes et nos préjugés des populations parfois marginalisées. Il faut des bancs pour tricoter des liens entre les gens, pour favoriser le tissu social, à une époque où le citadin est plus seul que jamais.»

Galerie photo Des bancs publics aux quatre coins du monde Voyez les images

Les rôles du banc public

  • Servir de médiateur entre la ville et le citoyen
  • Transformer l’espace public en «salon» où l’on peut se rassembler
  • Rendre la ville plus heureuse et plus amicale
  • Offrir une halte pour le piéton
  • Créer un sentiment de sécurité en meublant un lieu

Le banc antisocial

Si dans les souhaits, le banc de parc est accueillant et démocratique, les villes ont trouvé des moyens pour repousser certaines personnes indésirables, comme les sans-abri ou les rouliplanchistes. Le mobilier antisocial – ou hostile – est devenu monnaie courante dans les métropoles. La tactique la plus répandue demeure l’installation d’accoudoirs au centre du banc – plutôt qu’à ses extrémités – afin d’empêcher les itinérants d’y dormir.

Un banc du square Cabot, dans Ville-Marie, dont les accoudoirs installés au centre

empêchent toute personne de s’y coucher. Photo: Vincent Fortier

À Vancouver, le refuge pour sans-abri RainCity Housing avait conçu, spécialement pour les itinérants, des bancs munis d’un rabat qui donnait un toit à qui venait s’y coucher. Bien que le projet n’ait été en place que six semaines à la fin de 2013, RainCity reçoit chaque mois des courriels à propos de l’idée et de sa conception.

Le banc-refuge de RainCity Housing, à Vancouver. Photos: RainCity Housing

Avec le projet Pay & Sit, l’artiste allemand Fabian Brunsing a même poussé à l’extrême, il y a quelques années, l’idée de mobilier hostile. Muni de pics, son banc de parc ne devenait accueillant que lorsqu’on y insérait un peu de monnaie.