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02/03/2016 10:47 EST | Actualisé 02/03/2016 10:47 EST

«Le mot irremplaçable a été inventé pour Benoît Lacroix» - Josée Blanchette (VIDÉO)

En s'en allant au terme d'un long siècle d'existence, le père dominicain Benoît Lacroix ne semble avoir laissé sur son chemin que des amis, tant les témoignages entourant son décès sont empreints d'humanité et de gratitude.

Tôt dans la journée de mercredi, le Québec a en effet perdu l'un de ses intellectuels les plus illustres en la personne de cet homme de foi, indépendant de pensée. Benoît Lacroix s'est éteint à Montréal après une brève maladie.

« Le mot irremplaçable a été inventé pour Benoît Lacroix », affirme Josée Blanchette, journaliste et chroniqueuse qui a eu le privilège d'être son amie pendant des années.

En entrevue à l'émission 24/60, Josée Blanchette, qui se dit athée, affirme que le père dominicain ne lui a jamais parlé de Dieu. Selon elle, sa grande force consistait justement à rallier, à unir, des gens de confessions différentes et des non-croyants comme elle. « Pour moi, c'est un pape qu'on a perdu [...] un homme de bien, de bonté », dit-elle.

« Il avait toujours de l'espoir chez lui, c'est ça qui était fascinant, il répétait ''l'homme est meilleur que ses actions, il est plus grand que ses actes''. Il n'était jamais dans le jugement et jamais dans le prosélytisme et ça, c'était très libérateur. »

— Josée Blanchette

Il croyait en l'être humain et en la vie

« Le rencontrer, c'était rencontrer l'amour. Moi j'ai compris l'amour avec lui, c'est pas compliqué. Pourtant, j'ai pratiqué beaucoup avant de le rencontrer », dit la journaliste avec humour.

L'amour, pas au sens charnel, mais dans le sens où cet homme parlait vrai : « Il s'ajustait toujours à la personne devant lui, il ne vous prenait pas de haut, jamais », explique Josée Blanchette.

« C'était un rebelle qui flirtait toujours avec la limite. Il remettait beaucoup en question l'institution et le fait que les femmes ne fassent pas partie de l'Église... Lui qui les aimait tant! Et il était beaucoup aimé des femmes. »

— Josée Blanchette

De l'avis de la journaliste, le père Lacroix n'a pas rayonné autant qu'il aurait dû. « Dans certains milieux, dans certains cercles, oui, dit-elle. Mais, malheureusement aujourd'hui, ce sont les humoristes qu'on entend ».

C'est un grand qui vient de nous quitter

Les comédiennes Françoise et Sophie Faucher l'ont bien connu aussi. Mère et fille s'entendent pour dire qu'« un grand vient de nous quitter ».

« Il y a un mot que disait Marguerite Yourcenar : ''À travers certains êtres, Dieu m'a beaucoup aimée'' et je suis reconnaissante au ciel d'avoir mis Benoît sur mon chemin », affirme Françoise Faucher.

La comédienne dit avoir côtoyé le père Lacroix dans des moments très précieux pour sa famille : le mariage de sa fille, le baptême de sa petite-fille et les funérailles de son époux, Jean Faucher.

« Il était tout amour, tout accueil, et qui que vous soyez, de quelque religion, de quelque pays que vous veniez, il était là les bras ouverts. »

— Françoise Faucher, comédienne

Le dépeignant comme une personne qui ne se plaignait pas et qui ne donnait jamais dans le grincement de dents, Françoise Faucher affirme que le père Lacroix « est parti doucement, comme il fallait qu'il parte ».

« C'était pas un intellectuel compliqué qui cherchait midi à quatorze heures. Il était d'une culture immense, mais il y avait en lui - et ça j'aimais infiniment - un bon fond de terroir de son Saint-Michel-de-Bellechasse. Et je pense que c'est là qu'il a tout appris, beaucoup plus que dans les livres. »

— Françoise Faucher, comédienne

Des origines campagnardes

Saint-Michel-de-Bellechasse auquel fait référence Mme Faucher est le village qui a vu naître Benoît Lacroix. Une terre ouverte sur le fleuve - qu'il adorait - dans la région de Chaudière-Appalaches. Une terre qui n'a jamais cessé d'habiter le père Lacroix, lui qui a pourtant passé la majeure partie de sa vie en ville, notamment à Montréal.

Benoît Lacroix était un érudit plein d'humilité. Une humilité que lui avait inspiré son père, qu'il citait souvent à la blague, disant que ce dernier se serait moqué de lui s'il l'avait vu « avec tous ses diplômes ». C'est Pierrot Lambert qui cite ce souvenir. Cet auteur, de concert avec son épouse, a publié trois livres d'entretiens avec le père Benoît Lacroix. Le plus récent, Rumeurs à l'aube, a été publié l'an dernier.

Pendant des mois, Pierrot Lambert a passé d'inlassables heures à discuter avec le père dominicain à des fins de publication, mais à titre d'ami, aussi. « C'était très agréable de travailler avec lui, il était tellement généreux et disponible », se souvient l'auteur.

Régulièrement, ces sessions de travail étaient interrompues par l'arrivée ou le coup de téléphone d'autres amis. Benoît Lacroix était une personne appréciée, entre autres pour son humour.

« Il était très intéressé par les courants de la religion au Québec et au Canada français et il s'est intéressé vivement au bouddhisme et à d'autres formes de traditions religieuses. Il avait beaucoup d'amis non croyants aussi. »

— Pierrot Lambert, auteur

À l'instar de la comédienne Sophie Faucher, Pierrot Lambert affirme que Benoît Lacroix « est l'être le plus libre que j'ai connu ».

Benoît Lacroix blaguait : « Maintenant je compte en siècle! »

Centenaire, le père Lacroix n'avait apparemment rien perdu de son extraordinaire vitalité. Josée Blanchette raconte qu'il a célébré pas moins de quatre baptêmes deux semaines avant sa mort.

Sophie Faucher l'a vu tout juste avant son décès. « Il était totalement présent jusqu'à la fin, dit-elle très émue, il était beau, l'œil bleu coquin. Il m'a fait un clin d'oeil. »

Cet aspect « coquin » de sa personnalité ressortait régulièrement, pour le plus grand plaisir de ses amis, raconte encore Sophie Faucher : « Quand on l'embrassait, il disait : ''Prenez votre temps!'' C'était un charmeur. Je l'ai adoré. Si les prêtres parlaient comme ça dans les églises, elles seraient autrement pleines ».

Les politiciens lui rendent hommage

De Vancouver, où il participe à la conférence des premiers ministres du pays, Philippe Couillard a souligné le départ d'un « grand intellectuel du Québec, quelqu'un qui a travaillé beaucoup sur l'histoire, sur l'analyse des grandes figures historiques et qui aura marqué le Québec ».

« Il a d'ailleurs été reconnu par l'Ordre national du Québec », a ajouté le premier ministre du Québec.

De son côté, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a déclaré: « C'est quelqu'un qui vivait avec beaucoup de grâce et on va ressentir sa perte pendant longtemps ».

Enfin, le maire de Montréal, Denis Coderre, a également reconnu la sagesse, l'humanité et les talents de communicateur du père Lacroix, soulignant qu'il laissait en héritage « un enseignement d'une grande richesse, empreint de tolérance pour l'autre et d'optimisme ».

Un grand communicateur

Gilles Routhier, doyen de la Faculté de théologie de l'Université Laval, décrit le religieux comme un grand communicateur qui, tout à la fois, savait être près des gens. « Ce qui l'a amené à être professeur et, en amont du professeur, il y a le chercheur », d'expliquer M. Routhier.

« Qu'est-ce qu'il cherchait? C'est de comprendre le Québec, de comprendre la culture. Le père Lacroix était un sourcier et quelles étaient ses sources? Il y a les grands textes médiévaux [...] il s'y abreuvait mais, également, il cherchait dans la vie et dans la vie populaire. Sa deuxième source était de connaître le peuple. »

— Gilles Routhier, doyen de la Faculté de théologie de l'Université Laval

Un être de lumière

Le départ du père Lacroix constitue une grande perte pour les Dominicains, ses confrères, ses frères quoi. « Des hommes qui font tant de bien dans l'ombre », dit Josée Blanchette.

« [C'était] un homme qui aimait les gens, une lumière pour tant de personnes. Il a été une lumière. Pas qui nous éblouit, mais qui nous éclaire puis qui nous réchauffe et nous accompagne. »

— Le père André Descôteaux, prieur provincial des Dominicains pour le Canada

« Il va nous manquer pour sa lumière à lui », conclut Sophie Faucher. Selon elle, le père dominicain a eu une vie extraordinaire et exceptionnelle. Et il était prêt pour le long voyage. [Il n'avait], dit-elle, « aucune crainte aucune peur; c'est un rendez-vous qu'il attendait depuis longtemps ».

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