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29/02/2016 07:16 EST | Actualisé 01/03/2017 00:12 EST

Manifestations islamistes au Pakistan après l'exécution de l'assassin d'un gouverneur

Des milliers de manifestants, rassemblés lundi au Pakistan à l'appel des milieux islamistes conservateurs, ont dénoncé la pendaison d'un de leurs "héros", qui avait assassiné un gouverneur souhaitant modifier une loi réprimant le blasphème.

Des rassemblements ont notamment eu lieu à Karachi, Lahore, et dans la capitale Islamabad. Mais les mobilisations sont restées limitées et la plupart se sont achevées sans incident majeur, sous haute sécurité.

Mumtaz Qadri avait été salué comme un "héros" par des islamistes après avoir abattu en 2011 Salman Taseer, gouverneur de la province du Pendjab, qui s'était déclaré favorable à une révision de la loi sur le blasphème, loi défendue bec et ongles par les conservateurs.

"Qadri a été pendu lundi matin dans la prison Adiala" à Rawalpindi, ville proche d'Islamabad, a confirmé à l'AFP Sajjid Gondal, haut responsable de la police locale.

Ses funérailles sont prévues mardi à Rawalpindi et pourraient s'accompagner d'un nouveau rassemblement.

"Les 24 prochaines heures seront très critiques pour le gouvernement", a souligné l'expert en sécurité Hasan Askari, estimant qu'il a pris le risque de mener une exécution susceptible de déclencher des violences afin d'"aller à l'encontre des soupçons" qu'il soutient les islamistes.

La principale manifestation s'est déroulée à Karachi, où environ 7.000 personnes ont défilé en scandant des hymnes religieux, drapeau vert en main. Un millier a défilé à Lahore, des centaines d'autres à Faisalabad, Multan (centre), Peshawar (nord-ouest) ou dans le Cachemire (nord-est), et près de 900 à Quetta (sud-ouest).

"L'exécution a été menée à la va-vite sans respecter la procédure légale", a déploré Sarwat Ijaz Qadri, le chef du mouvement conservateur Sunni Tehreek manifestant à Lahore.

La plupart des médias pakistanais ont limité leur couverture des manifestations, ouvrant plutôt leurs bulletins sur la victoire aux Oscars de la cinéaste pakistanaise Sharmeen Obaid-Chinoy, récompensée pour un documentaire dénonçant les crimes d'honneur.

- "Fier du martyr de mon fils" -

A Islamabad et Rawalpindi, des écoles ont été fermées et des routes ont été coupées par les autorités.

Autour du domicile de Qadri à Rawalpindi, un important dispositif de sécurité avait été déployé. Un long défilé de sympathisants sont venus se recueillir devant sa dépouille.

"Je suis fier du martyr de mon fils" a déclaré à l'AFP le père de Qadri, Bashir Awan, se disant prêt à sacrifier ses cinq autres fils "pour l'honneur du prophète".

"Je n'ai pas de regrets", avait auparavant dit à l'AFP le frère de Qadri, Malik Abid, les larmes aux yeux. La famille avait été informée de l'imminente exécution lors d'une ultime rencontre dimanche soir: "Nous nous sommes mis à pleurer mais il nous a serrés dans ses bras en scandant +Dieu est grand+", a indiqué M. Abid.

Le fils du gouverneur Taseer, Shehryar, a estimé que l'exécution du meurtrier de son père était "une victoire pour le Pakistan" mais pas pour sa famille, qui espère toujours le retour de son frère Shahbaz Taseer, kidnappé par des extrémistes en 2011.

Sur les réseaux sociaux, nombre de Pakistanais se réjouissaient, certains soulignant que "la justice a été rendue".

Mais Amnesty a déploré l'exécution, estimant que "tuer de nouvelles personnes est une façon déplorable de rendre hommage à la vie et au message de Salman Taseer", et appelant le Pakistan à rétablir le moratoire sur la peine de mort, levé fin 2014. En janvier, les autorités avaient indiqué avoir exécuté 332 personnes depuis.

Policier affecté à la protection de Salman Taseer, Qadri avait avoué l'avoir criblé de 28 balles dans le centre d'Islamabad.

Ses avocats avaient argué qu'en critiquant la loi sur le blasphème, Salman Taseer s'était lui-même rendu coupable d'offense à l'islam, ce qui le rendait passible de mort.

La loi prévoit jusqu'à la peine capitale pour le blasphème, un sujet extrêmement sensible au Pakistan où l'islam est religion d'Etat.

Les critiques soulignent que cette loi est souvent instrumentalisée pour régler des différends personnels via la diffusion de fausses accusations.

L'assassinat du gouverneur du Pendjab avait pétrifié une classe politique locale déjà très frileuse sur toute controverse impliquant l'islam.

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