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29/02/2016 01:59 EST | Actualisé 01/03/2017 00:12 EST

L'ONU s'apprête à livrer de l'aide au troisième jour de la trêve

L'ONU s'apprêtait lundi à livrer de l'aide à l'une des villes assiégées en Syrie, dans lesquelles la famine aurait fait des "milliers" de morts, au troisième jour d'un cessez-le-feu qui semble toujours tenir malgré quelques incidents.

La France a toutefois demandé lundi que le groupe de travail ("task force") chargé de surveiller la mise en oeuvre de la cessation des hostilités se réunisse "sans délai" à la suite d'informations sur la poursuite d'attaques aériennes "contre des zones contrôlées par l'opposition modérée".

Un convoi d'aide a pris la direction de Mouadamiyat al-Cham, ville rebelle située au sud-ouest de Damas et encerclée par les forces du régime, pour la première fois depuis l'entrée en vigueur samedi de la trêve.

L'ONU prévoit de faire parvenir dans les prochains jours de l'aide à plus de 150.000 personnes vivant dans des localités syriennes assiégées.

La privation forcée de nourriture pourrait avoir fait des milliers de morts dans ces zones, selon le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, alors que le conflit s'apprête à entrer dans sa sixième année avec son lot de morts et de tragédies humanitaires.

Des bombardements et des tirs limités ont entaché le troisième jour du cessez-le-feu, mis en place par un accord russo-américain. Il concerne régime et rebelles mais ne s'applique pas aux jihadistes comme ceux du groupe Etat islamique (EI) et du Front Al-Nosra.

La complexité de son application réside dans le fait qu'Al-Nosra, exclu de l'accord, est allié avec les rebelles dans plusieurs régions de Syrie.

A l'aube, des rebelles ont tiré des roquettes sur la partie gouvernementale de la ville d'Alep (nord) et des avions russes ont bombardé une localité dans le sud de Hama où les rebelles sont pourtant majoritaires, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Dix frappes aériennes ont par ailleurs touché la partie de la ville de Deir Ezzor (est) contrôlée par l'EI, d'après l'OSDH qui n'a pu fournir de bilan. Exclus de la trêve, les jihadistes peuvent être visés par l'aviation du régime et de son allié russe ou celle de la coalition internationale dirigée par Washington.

- '450.000 personnes prises au piège' -

La Russie et les Etats-Unis se sont montrés prudemment optimistes sur l'avenir de cette cessation des hostilités, globalement respectée malgré des accusations mutuelles de violations exprimées dimanche par les certaines parties au conflit.

"Les mesures principales ont été prises, le processus est en cours. Mais on savait à l'avance que cela ne serait pas facile", a déclaré lundi aux journalistes le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

"Nous savons que les obstacles sont nombreux", avait reconnu la veille un haut responsable américain. "Mais c'est vraiment dans notre intérêt, et surtout dans l'intérêt du peuple syrien, de donner une chance à ce processus".

Mettant à profit cette trêve sans précédent, l'ONU a annoncé qu'elle allait renforcer ses opérations humanitaires pour porter assistance dans les cinq prochains jours à 154.000 personnes dans des localités syriennes assiégées par l'un ou l'autre des belligérants.

"Un convoi transportant de l'aide sanitaire et des couvertures s'est dirigé ce (lundi) matin vers Mouadamiyat al-Cham", a indiqué à l'AFP une source à l'ONU à Damas.

C'est la première fois qu'une aide est livrée depuis le début de la trêve mais l'ONU avait déjà envoyé des aides à deux reprises à cette ville en février, ainsi qu'à d'autres localités assiégées.

"Plus de 450.000 personnes sont actuellement prises au piège dans des villes et des villages de Syrie - et parfois depuis des années", a rappelé le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein à Genève.

"La nourriture, les médicaments et d'autres produits d'aide humanitaire d'urgence sont bloqués de façon répétée. Des milliers de personnes pourraient être mortes de faim", a-t-il estimé.

- 'On est sorti jouer' -

Dans les grandes villes de Syrie, les habitants sont sortis dans les rues dimanche après une nuit paisible pour faire leurs emplettes, goûtant un calme inhabituel.

Dans les quartiers rebelles d'Alep, la grande ville du nord, les élèves habitués à raser les murs pour éviter les bombardements marchaient au milieu de la chaussée, selon des correspondants de l'AFP.

"Nos professeurs nous interdisaient avant d'aller dans la cour en raison des bombardements aériens mais aujourd'hui on est sorti jouer", affirme à l'AFP Ranim, une écolière de 10 ans dans le quartier rebelle de Boustane al-Qasr à Alep.

Et le calme était total aux abords de Damas, alors que les rues de la capitale étaient très animées, a constaté une journaliste de l'AFP.

Initié par la Russie et les Etats-Unis et soutenu par l'ONU, l'accord de cessation des hostilités est le premier de ce genre en cinq ans d'une guerre qui a fait 270.000 morts et des millions de déplacés et de réfugiés.

bur-ram/bpe