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29/02/2016 03:21 EST | Actualisé 01/03/2017 00:12 EST

Elections en Irlande: le dilemme des frères ennemis

Faute de vainqueur clair aux élections législatives, les deux principaux partis d'Irlande, habitués à ferrailler depuis près d'un siècle, sont confrontés à un dilemme: s'allier pour gouverner ou laisser le pays sombrer dans des mois d'instabilité politique.

En apparence, le Fine Gael et le Fianna Fail, qui se succèdent au pouvoir depuis 1932, semblent irréconciliables. Mais selon les analystes, ils pourraient mettre en veilleuse leur rivalité historique pour épargner à leur pays un scénario à l'espagnol, où il s'avère impossible de former un gouvernement plus de dix semaines après des élections qui ont fragmenté le paysage politique.

En fait, Fine Gael et Fianna Fail, ne se distinguent guère en termes idéologiques. Tous deux de centre droit, ils prônent à peu près les mêmes mesures économiques et sociales.

Leur rivalité trouve sa source dans la guerre civile irlandaise (1922-23), qui a suivi la signature du traité anglo-irlandais de 1921 mettant fin à la guerre d'indépendance pour donner naissance à l'Etat libre d'Irlande.

Le Fianna Fail, ou "guerriers de l'Irlande", y était opposé car il aboutissait à la partition de l'Irlande, avec le nord de l'île qui restait dans le giron britannique.

Le Fine Gael, ou "tribu des Irlandais", est lui une émanation du groupe qui a soutenu ce traité.

Le Fianna Fail, fondé par Eamon de Valera qui dirigea six gouvernements avant de devenir président de 1959 à 1973, devient la première force politique du pays. Une position qu'il occupe jusqu'à la gifle électoriale de 2011, en pleine crise économique, où il n'a obtenu que 20 sièges de députés.

C'est le Fine Gael qui en tire parti, reprenant le pouvoir dans une coalition formée avec les travaillistes.

Mais après les dernières législatives qui ont vu une grande partie des Irlandais se tourner vers les candidats indépendants et les partis anti-austérité, aucun des deux n'est en position de former un gouvernement stable sans l'aide de l'autre.

-'Qu'ils se mettent au lit ensemble!'-

Les appels se multiplient pour qu'ils fassent taire leur fierté et mettent fin à "un siècle de guerre civile politique".

Dès dimanche, le Sunday Independent les a appelés à écouter "la volonté des électeurs". "Il est temps pour ces deux partis nés de la Guerre civile de ne plus s'accrocher à leur passé et de montrer qu'ils sont capables de se renouveler et de travailler au bien commun", a plaidé le journal.

Pour le Fianna Fail, une éventuelle alliance risque d'être plus difficile à digérer. "Le Fianna Fail a le sentiment d'être le parti naturel de gouvernement, d'être le parti dominant", constate Gail McElroy, professeur de sciences politiques au Trinity College de Dublin. "S'il entre au gouvernement avec le Fine Gail, c'est l'abandon de ce rêve".

Pour Eamon O Cuiv, numéro deux du Fianna Fail et petit-fils de Valera, un accord avec le Fine Gael reviendrait aussi à briser une promesse de campagne et à s'aliéner son noyau fidèle de soutiens et de militants. "Les militants qui travaillent dur pour le parti... ils pensent qu'on est totalement incompatibles avec le Fine Gael", dit-il.

Une alliance transformerait les deux partis et bouleverserait le paysage politique irlandais.

Elle offrirait aussi un avantage stratégique au parti nationaliste de gauche Sinn Fein. L'ancienne vitrine politique de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) deviendrait le premier parti d'opposition du pays après avoir gagné des points avec son programme anti-austérité.

Son leader, Gerry Adams, qui veut pousser son avantage, les appelle donc à se marier. "Ce sont des partenaires naturels, ce sont des frères siamois, ils devraient se mettre au lit ensemble", a-t-il déclaré.

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