NOUVELLES
28/02/2016 02:29 EST | Actualisé 28/02/2017 00:12 EST

Turquie: Erdogan n'a "pas de respect" pour la décision de justice qui a libéré deux journalistes emprisonnés

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé dimanche qu'il "n'avait pas de respect" pour la décision de la Cour constitutionnelle qui a permis la libération de deux journalistes emprisonnés.

"Je ne suis pas en position d'approuver cette décision. Je le dis très clairement: je n'ai pas de respect pour elle", a martelé lors d'une conférence de presse le chef de l'Etat, avant de quitter le pays pour un visite en Afrique de l'Ouest.

Can Dündar, rédacteur en chef du quotidien d'opposition Cumhuriyet, et Erdem Gül, son chef de bureau à Ankara, ont été libérés vendredi, après plus de 90 jours de détention préventive. La Cour constitutionnelle avait estimé la veille que leurs droits avaient été "violés". Ils seront jugés à partir du 25 mars.

"Je crois fermement dans la défense de la liberté d'expression. Mais je ne crois pas que la liberté d'expression puisse être utilisée pour attaquer le pays de manière masquée. Et il ne s'agit pas ici de liberté d'expression, mais d'une affaire d'espionnage", a jugé le président turc.

"Il ne peut y avoir de liberté de la presse sans limites. Cela n'existe nulle part dans le monde".

Farouches adversaires du régime islamo-conservateur turc, MM. Dündar et Gül sont accusés d'espionnage, de divulgation de secrets d'Etat et de tentative de coup d'Etat.

En cause, la diffusion en mai d'un article et d'une vidéo sur l'interception par des gendarmes turcs en janvier 2014 à la frontière syrienne de camions appartenant aux services secrets turcs (MIT) et transportant des armes destinées à des rebelles islamistes en Syrie, une crise dans laquelle la Turquie s'est progressivement enlisée.

Publié à quelques jours des élections législatives de juin 2015, l'article incriminé avait provoqué la fureur du président turc, dont le gouvernement a toujours catégoriquement nié tout soutien aux groupes islamistes hostiles au président syrien Bachar al-Assad, dont il réclame avec insistance le départ depuis le début de la guerre civile en Syrie.

Les autorités avaient alors affirmé que le convoi intercepté contenait de "l'aide" destinée aux turcophones de Syrie.

Le chef de l'Etat, qui a personnellement porté plainte contre les deux journalistes avait promis qu'ils allaient payer "le prix fort". Le parquet d'Istanbul a requis à leur encontre la prison à vie, provoquant une onde de choc.

L'incarcération des deux journalistes avait suscité un tollé en Turquie comme hors de ses frontières. Le gouvernement turc au pouvoir depuis 2002 est régulièrement montré du doigt par les ONG de défense des droits de l'Homme et de la presse, qui lui reprochent ses pressions de plus en plus grandes sur les médias et l'accusent de vouloir museler la presse indépendante.

La Turquie pointe à la 149e place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières (RSF).

sjw-thm/jh