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28/02/2016 08:09 EST | Actualisé 28/02/2017 00:12 EST

Suisse: rejet de l'expulsion automatique des criminels étrangers (majorité des cantons)

Les Suisses ont rejeté dimanche, à la majorité des cantons, la proposition controversée de la droite populiste UDC d'expulser automatiquement les criminels étrangers, même pour des infractions mineures.

L'initiative populaire est un droit donné aux citoyens suisses de faire une proposition de modification de loi, mais l'adoption d'un tel projet requiert la majorité des suffrages et la majorité des cantons.

Selon les derniers résultats, le texte de l'Union démocratique du centre (UDC, premier parti suisse) a ainsi été refusé, la majorité des cantons l'ayant rejeté. Selon les projections de l'institut gfs.bern, les électeurs devrait aussi s'opposer à ce projet par 59%. Le pourcentage définitif est attendu en début de soirée.

Ce vote intervenait alors que plusieurs pays européens ont durci le ton vis-à-vis des migrants, après l'arrivée de plus d'un million de réfugiés sur le continent l'an dernier.

En 2010, les Suisses avaient accepté, à 52,9%, une première initiative de l'UDC demandant le renvoi des criminels étrangers. Mais le Parlement avait ensuite ajouté une clause, permettant aux juges d'éviter l'expulsion automatique des condamnés dans certains cas.

Cette fois, les Helvètes étaient consultés sur une initiative beaucoup plus dure réclamant "le renvoi effectif des criminels étrangers". Cette initiative de "mise en oeuvre" de l'automaticité élargissait la liste des motifs d'infraction entraînant l'expulsion.

"Cette initiative allait à l'encontre de l'Etat de droit, elle aurait muselé les juges", a expliqué à la télévision suisse Cristina Gaggini, une responsable de l'organisation faîtière economiesuisse, qui représente les milieux économiques.

Le texte présenté par l'UDC demandait le renvoi automatique de tout étranger ayant déjà été condamné au cours des 10 dernières années, qui serait reconnu coupable d'avoir commis des infractions mineures comme des "lésions corporelles simples" ou d'avoir participé à une rixe.

Le gouvernement et le Parlement avaient jugé la proposition de l'UDC contraire aux "règles fondamentales" de la démocratie. Aucun autre parti national ne soutenait l'initiative.

D'après l'Office fédéral de la statistique, la révision du code pénal adoptée l'an dernier par le Parlement aurait pu conduire en 2014 à l'expulsion de près de 3.900 personnes, contre 500 en moyenne. Avec l'initiative de l'UDC, ce chiffre aurait bondi à 10.200.

- Plus de 60% de participation -

Ce refus net des Suisses marque un coup d'arrêt pour l'UDC qui a fait ces dernières années de l'immigration son sujet phare.

Le parti, connu pour ses campagnes contre l'immigration et l'Union européenne, a notamment bousculé le jeu politique en Suisse ces dernières années avec notamment des campagnes réussies pour interdire la construction de minarets et contre ce qu'elle a appelé "l'immigration de masse".

Cette fois, les "excès" de l'initiative avaient été vivement dénoncés par les opposants à l'initiative.

Ils avaient mené une campagne virulente ces dernières semaines, en publiant notamment dans les gares une affiche polémique, représentant l'emblème suisse de la croix blanche sur fond rouge transformée en croix gammée et comparant la date du 28 février à celles de la nomination de Hitler comme chancelier allemand en 1933 et de l'introduction de l'apartheid en Afrique du Sud en 1948.

Albert Rösti, député UDC et bientôt nouveau président du parti, a souligné que "l'intensité, la grandeur" de la mobilisation du camp du non les avait "surpris".

D'après les premières estimations, la Suisse a frôlé des records de participation dimanche, à plus de 60%, soit un niveau beaucoup plus élevé que la moyenne habituellement enregistrée en Suisse (un peu plus de 40%). La dernière votation pour laquelle la participation s'est approchée de 60% remonte au 3 mars 2002: 58,4% des citoyens avaient alors voté sur l'adhésion de la Suisse à l'ONU.

Il y a trois mois, les premiers sondages avaient pourtant donné le camp du oui gagnant, mais le dernier sondage publié deux semaines avant le vote laissaient présager un résultat très serré, avec un léger avantage pour les opposants, à 49%.

"Le capital de soutien pour l'initiative s'est érodé. Ce n'est pas habituel", a souligné le politologue Pascal Sciarini.

Tous les trois mois, les Suisses votent sur des sujets divers.

Dimanche, ils ont ainsi dit oui à 57%, selon les premières projections, à la construction d'un deuxième tunnel routier sous le massif alpin du Saint-Gothard, principal axe Nord-Sud.

Le gouvernement souhaite construire ce tunnel afin de pouvoir rénover le premier, qui date de 1980, sans interrompre le trafic routier.

Le suspense demeure sur la fiscalité des couples mariés, une initiative défendue par le Parti démocrate-chrétien (PDC, centre), mais rejetée par le gouvernement. Elle réclame une égalité de traitement devant l'impôt des couples mariés et des concubins, qui sont actuellement moins taxés.

apo/mr