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28/02/2016 08:15 EST | Actualisé 28/02/2017 00:12 EST

Irlande/législatives: toujours l'incertitude, longues négociations en vue

L'Irlande était plus que jamais dans l'incertitude dimanche soir après des législatives sans vainqueur net, au point qu'était même évoquée une impensable alliance historique entre les deux partis de centre droit Fine Gael et Fianna Fail, les frères ennemis qui se succèdent au pouvoir depuis 1932.

Tous les scénarios restaient donc possibles, avec aussi un gouvernement de minorité ou encore de nouvelles élections, alors que les derniers résultats définitifs ne sont attendus que pour lundi au plus tôt.

Une certitude néanmoins: le gouvernement de coalition sortant, entre le Fine Gael (centre droit) du Premier ministre Enda Kenny et le Parti travailliste, ne sera pas reconduit, faute de suffrages suffisants. Et les tractations s'annoncent longues.

Il a fait les frais de la colère des Irlandais qui, excédés par des années d'austérité, disent ne pas ressentir suffisamment la reprise économique, alors que le pays affiche une croissance de 7% en 2015 et que le chômage est retombé à 9%.

"La démocratie peut être formidable mais aussi sans pitié", a réagi M. Kenny dans la nuit de samedi à dimanche.

Le Premier ministre, dont le parti n'a conservé qu'une courte avance dans les sondages à la sortie des bureaux de vote, s'est néanmoins engagé à tenter de former un nouveau gouvernement dans les jours à venir.

Les résultats partiels indiquent que seule l'alliance des deux principaux partis de centre droit, Fine Gael et Fianna Fail, devrait être en mesure de rassembler suffisamment de sièges pour obtenir une majorité absolue d'au moins 80 députés, indispensable à la formation d'un gouvernement stable.

En début de soirée dimanche, alors que 126 des 158 sièges étaient pourvus, le Fine Gael était en tête avec 38 sièges.

Il était suivi du Fianna Fail (36) et du parti de gauche nationaliste Sinn Fein (18), l'ex-vitrine politique de l'IRA qui devient la troisième force du pays.

Le Labour, partenaire de coalition du Fine Gael, a, lui, été lourdement sanctionné et ne comptait que six sièges.

Beaucoup d'Irlandais ont voté pour des indépendants, les petits partis (Verts, sociaux-démocrates...) et les mouvements anti-austérité, en nette hausse par rapport à 2011.

- Coalition des frères ennemis ? -

"Je vois trois options possible. De nouvelles élections en 2016. Un gouvernement de minorité du Fine Gael qui aurait l'appui du Fianna Fail depuis les bancs de l'opposition mais qui serait très instable. Ou une solution plus radicale aux yeux des Irlandais qui serait une coalition entre Fine Gael et Fianna Fail", explique Gail McElroy, professeur de sciences politiques au Trinity College de Dublin, à l'AFP.

Vu de loin, une coalition entre les frères ennemis, qui se succèdent au pouvoir depuis 1932, semble une solution évidente par la proximité de leur positionnement politique.

Mais elle butte sur des décennies d'affrontements et d'inimitiés politiques qui remontent jusqu'à la guerre civile dans les années 1920.

Une telle coalition a été exclue tout au long de la campagne par les deux partis et dimanche encore des sources au sein du Fianna Fail ont insisté sur leur incompatibilité.

Dans son éditorial du Sunday Independent, Brendan O'Connor a pourtant appelé les deux partis "à se boucher le nez, se serrer les coudes et à s'allier pour former un gouvernement".

"Les électeurs ont voté pour le changement pas pour le chaos", a-t-il insisté.

Enda Kenny pourrait tout de même voir d'abord si d'autres alliances sont possibles dans un paysage politique fragmenté, sachant que le Sinn Fein a déjà exclu toute participation.

Ou tenter de former un gouvernement de minorité, avec le risque d'un retour rapide aux urnes.

"Rebellion", a titré dimanche le Irish Sun qui, a l'ensemble de toute la presse, a insisté sur le désaveu infligé à M. Kenny.

Le bookmaker Paddy Power a même lancé des paris sur l'éventualité de la démission du Premier ministre, une hypothèse écartée par M. Kenny, lui-même.

Les partis ont jusqu'au 10 mars et la première réunion du Dail (parlement) pour trouver une solution à une situation qui n'est pas sans rappeler celle de l'Espagne, toujours sans gouvernement plus de dix semaines après les élections.

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