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25/02/2016 09:16 EST | Actualisé 25/02/2017 00:12 EST

Le Sénat italien valide une union gay sans enfants ni fidélité

Le Sénat italien a adopté jeudi, en votant la confiance au gouvernement, une version de la loi sur les unions gays qui n'évoque plus ni les enfants ni le devoir de fidélité, au grand dam des associations homosexuelles.

Après avoir échoué à faire passer le texte en l'état avec le soutien du Mouvement 5 Etoiles (M5S), qui s'est rétracté à la dernière minute la semaine dernière, le Parti démocrate (PD) du Premier ministre Matteo Renzi avait conclu mercredi soir un accord avec ses alliés du centre-droit.

Jeudi après-midi, le gouvernement a engagé sa responsabilité sur un "super-amendement" retirant de ce texte la possibilité d'adopter les enfants naturels de son conjoint et l'obligation de fidélité au sein du couple.

Ce texte ne concerne que des partenaires de même sexe, et il n'est pas question de mariage mais de "formation sociale spécifique".

Mais dans le dernier grand pays d'Europe occidentale à ne reconnaître aucun statut aux couples de même sexe, le texte établit l'obligation d'assistance morale et matérielle réciproque, le bénéfice de la pension de réversion, le titre de séjour pour le conjoint étranger, le droit de visite à l'hôpital, la possibilité de prendre le nom de son conjoint... L'union est scellée devant un officier d'état civil.

Et il ne ferme pas la porte aux demandes d'adoption déposées au cas par cas et dont une poignée ont déjà été récemment validées par certains tribunaux au nom de l'intérêt supérieur de l'enfant à une "continuité affective".

En outre, un chapitre distinct fixe pour la première fois les droits et les devoirs des concubins, de même sexe ou pas, n'ayant contracté ni mariage ni union civile.

Par 173 voix contre 71, le Sénat a voté la confiance et validé le "super-amendement". Le vote de la loi en elle-même apparaît désormais comme une formalité, avant un passage devant la chambre des députés, où M. Renzi, qui y dispose d'une majorité plus solide, entend obtenir un feu vert définitif dans un délai de deux mois.

"L'accord sur les unions civiles est un fait historique pour l'Italie. Cette fois c'est vraiment la bonne", s'était félicité M. Renzi mercredi soir sur Twitter.

- 'Révolution contre nature' -

Pour Angelino Alfano, ministre de l'Intérieur et chef de file de ces petites formations centristes propulsées au rang d'arbitres, il s'agit d'"une victoire du bon sens".

"Nous avons fait un beau cadeau à l'Italie en empêchant que deux personnes du même sexe puissent avoir un enfant, comme la nature le leur interdit. Nous avons empêché une révolution contre nature", s'est-il réjoui devant la presse.

Monica Cirinna, la sénatrice PD aux boucles blondes qui portait la loi depuis plus de deux ans, a expliqué, "le coeur brisé", que l'accord au rabais avec le centre-droit était la seule solution, après la volte-face du M5S, pour éviter "la roulette russe" des votes secrets sur une kyrielle d'amendements pièges.

Militants et sympathisants homosexuels ont pour leur part exprimé leur amertume devant un "premier pas" aussi timide.

"Nous n'avons pas attendu 30 ans pour ça", ont dénoncé dans un communiqué conjoint jeudi une trentaine d'associations de défense des homosexuels, en s'engageant à exprimer leur "indignation (...) dans les rues, devant les tribunaux et dans les urnes". Une grande manifestation est déjà prévue le 5 mars à Rome.

"C'est comme si, au moment de signer l'union civile devant le maire avec ma compagne, je me retourne pour faire la photo avec nos enfants et qu'ils sont devenus des fantômes", avait expliqué mercredi à l'AFP Marilena Grassadonia, présidente de Famiglie Arcobaleno (familles arc-en-ciel).

Quant au retrait de l'obligation de fidélité, jugée trop proche du mariage par les centristes, le journaliste et militant Stefano Bucci a dénoncé "une bêtise souveraine, un énième stéréotype. Ou, pire encore, une offense que le monde gay ne mérite pas".

En réaction, des sénateurs PD ont déposé jeudi matin une proposition de loi pour retirer l'obligation de fidélité également du mariage civil.

Mais pour les défenseurs de la famille traditionnelle, la loi va déjà trop loin. Les élus qui l'ont voté "iront en enfer", a lancé Roberto Calderoli, sénateur de la Ligue du Nord.

Et Massimo Gandolfini, porte-parole du "Comité défendons nos enfants", a promis que "le peuple du Family Day" saurait se souvenir de cette "offense", en particulier lors du référendum sur la réforme constitutionnelle prévue en octobre.

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