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25/02/2016 18:00 EST | Actualisé 25/02/2017 00:12 EST

L'Irlande, fatiguée de l'austérité, vote pour des législatives à l'issue incertaine

Les Irlandais, fatigués de l'austérité, votent vendredi pour des législatives aux résultats particulièrement incertains, le parti Fine Gael (centre-droit) au pouvoir étant attendu en tête mais sans majorité suffisante pour constituer un gouvernement.

Les bureaux de vote seront ouverts de 07h00 GMT à 22h00 GMT. Les premières tendances du vote ne seront connues que samedi matin via un sondage sortie des bureaux de vote publié par la chaîne nationale RTE avant le début du décompte des voix prévu samedi à 09h00 GMT.

Et il faudra probablement patienter jusqu'à dimanche pour obtenir des résultats définitifs qui pourraient même se faire attendre davantage.

- Rejet de l'austérité et des partis traditionnels -

Le dernier sondage Red C crédite le Fine Gael de 30% des suffrages (soit six points de moins qu'aux élections de 2011), devant le Fianna Fail (centre droit, 20%, +2,6 points) et le Sinn Fein (15%, +5 points). Le Labour, au pouvoir avec le Fine Gael, s'effondrerait à 7% (-12,4 points), sanctionné pour n'avoir pas préservé l'Etat-providence.

Signe du morcellement du paysage politique, les candidats indépendants, les petits partis (Verts, sociaux-démocrates, etc.) et mouvements opposés à l'austérité rassembleraient quant à eux 28% des suffrages (+13 points par rapport à 2011).

Dans les rues de Dublin, le rejet de l'austérité tutoie celui des partis traditionnels dans des élections qui suscitent peu d'enthousiasme.

"Je vais voter indépendant, je connais beaucoup de gens qui vont faire de même, mais je suis sûre que le Fine Gael va revenir" au gouvernement, a confié jeudi à l'AFP Silvia Doran, une retraitée de 72 ans.

Évoquant encore le parti du Premier ministre Enda Kenny, elle dit "ne rien croire de ce qu'ils racontent". "Ils ont trop pris aux retraités", estime-t-elle. "La dernière fois j'ai voté pour eux, mais jamais plus!"

Dean Murphy, un maçon au chômage de 30 ans, espère, lui, que "le Sinn Fein ira jusqu'au bout" et sera le premier parti d'Irlande.

Le parti nationaliste de gauche de Gerry Adams, à la popularité en forte hausse, espère conquérir le vote des jeunes et des classes populaires avec son discours anti-austérité, même si son passé sulfureux en Irlande du Nord engendre encore beaucoup de méfiance.

Jeudi, l'ancienne voix politique de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) a répété aux Dublinois d'une rue commerçante du centre-ville que cette élection serait "le jour du peuple", appelant la jeunesse à l'aider à remporter la "bataille d'idées entre les cercles privilégiés et le peuple".

- Une reprise économique pas perceptible par tous -

Pour Michael Gallagher, un entrepreneur dans le secteur des tuiles de 72 ans, "plus vite" cette élection "sera finie, mieux ça sera".

"Je suis dans les affaires et j'espère que la reprise dont le Taoiseach (Premier ministre) parle sans cesse sera visible par tous, parce que pour le moment elle n'est pas arrivée là où je vis dans le comté de Louth" (nord-est), dit-il.

Comme nombre des quelque 3,2 millions d'électeurs irlandais, il votera pour la reconduction du Fine Gael sans grande conviction mais avec l'espoir que le dynamisme de la croissance économique du pays -+7% sur les neuf premiers mois de 2015 - se concrétise.

Les électeurs voteront pour élire 158 députés soit huit de moins que le Dail Eireann, la chambre basse du Parlement, n'en comptait jusqu'à présent.

Trois scénarios semblent possibles: la reconduction du gouvernement de coalition formé par le Fine Gael et le Labour probablement élargi à des personnalités indépendantes et des petits partis, la tenue de nouvelles élections ou la formation d'une coalition historique entre les deux partis ennemis de centre-droit qui gouvernent alternativement le pays depuis 1932: le Fine Gael et le Fianna Fail.

Jeudi, Enda Kenny a affirmé n'avoir "aucune intention de passer un accord avec Micheal Martin", le patron du Fianna Fail, accusant le parti "d'avoir fait sombrer l'économie du pays" pendant et après la crise économique de 2008.

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