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24/02/2016 21:29 EST | Actualisé 24/02/2017 00:12 EST

A Shanghai, un G20-Finances en quête de coordination face aux menaces sur l'économie

Réunis vendredi et samedi à Shanghai, les grands argentiers du G20 examineront les multiples risques qui menacent l'économie mondiale, ébranlée par une reprise atone, l'essoufflement des émergents et la chute des cours des matières, mais ils restent divisés sur une réponse coordonnée.

Sous présidence chinoise, ce rassemblement des ministres des Finances et représentants des banques centrales des vingt plus grandes puissances mondiales intervient en plein assombrissement de la conjoncture planétaire.

L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) vient d'amputer ses prévisions pour la seconde fois en trois mois, tablant désormais sur une croissance mondiale de 3% pour cette année, contre 3,3% en novembre dernier.

Il y a "des risques accrus de déraillement de la reprise au moment où l'économie mondiale est fortement vulnérable", a abondé le Fonds monétaire international (FMI) dans un rapport publié mercredi.

Les sujets d'inquiétude ne manquent pas: les grands pays émergents continuent de trébucher; la croissance de la Chine --moteur de la croissance planétaire-- a ralenti au plus bas depuis 25 ans; les prix des matières premières s'enfoncent dans des abysses, du pétrole au charbon en passant par le cuivre, pénalisant durement les pays producteurs.

Et de vives turbulences des marchés financiers, alimentées par de violents à-coups des Bourses chinoises, exacerbent encore les inquiétudes, tout comme la perspective d'une possible sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne.

Le FMI a appelé les grands argentiers du G20 à mener d'urgence des "actions fortes" pour doper la croissance comme ils s'y sont engagés dans le passé, et à réfléchir à de nouveaux "filets de sécurité financière".

"Moins de la moitié" des mesures économiques-clés promises par les grandes puissances ont été mises en oeuvre, déplore le Fonds.

-'Pas de réponse de crise'-

Les Etats-Unis ont néanmoins par avance minimisé la portée de la réunion de Shanghai.

"Il ne faut pas s'attendre à une réponse de crise dans un environnement sans crise", a évacué le secrétaire au Trésor américain, Jack Lew, interrogé mercredi par Bloomberg TV, rappelant que la reprise mondiale ne peut dépendre des seuls Etats-Unis.

Washington "exhortera" donc les membres du G20 à faire "un plus grand usage" des instruments économiques à leur disposition, selon un haut responsable américain, s'exprimant sous couvert d'anonymat.

Outre les politiques monétaires, déjà largement sollicitées, "il est de plus en plus important (...) que les pays disposant d'une marge budgétaire l'utilisent pour soutenir leur demande intérieure", a-t-il insisté, visant les Etats disposant d'importants excédents dans leurs comptes courants --allusion transparente à l'Allemagne.

Au grand dam de Berlin: "Il faut éviter de s'envoyer des reproches à la figure (...) ce qui nous détourne de nos problèmes", a répliqué le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, cité par l'agence DPA.

La Chine, elle, a promis de laisser filer son déficit budgétaire pour stimuler l'activité, mais reste déterminée à ne pas réitérer son plan de relance massif réalisé après la crise économique de 2008.

- Intérêts divergents -

"Une action concertée des banquiers centraux du G20 serait la meilleure solution pour enrayer la dynamique négative en place" et soutenir la reprise, estimaient les analystes de Saxo Banque.

Mais les experts de HSBC se disaient "sceptiques" sur les chances du G20 d'adopter cette semaine des "mesures concrètes, étant donné les intérêts divergents entre les principaux pays" en termes de politique monétaire.

A cet égard, M. Schäuble a vivement fustigé la communication de la Réserve fédérale américaine (Fed), l'accusant d'avoir commencé par annoncer en décembre un resserrement de sa politique monétaire "avant de donner des indications dans l'autre sens quatre semaines plus tard", déconcertant les marchés.

L'appréciation du dollar a récemment intensifié la pression sur les émergents, en accélérant en particulier la dépréciation du yuan.

Par ailleurs, "le G20 discutera d'une meilleure supervision des marchés financiers" et les politiques de l'hôte chinois seront "sans aucun doute examinées", estime Chen Yu, professeur de Finances à l'université Yale.

Et de pointer les interventions déstabilisatrices de Pékin sur les Bourses chinoises --qui se sont effondrées de 40% l'été dernier avant de trébucher à nouveau lourdement cette année--, ainsi que ses efforts pour contrôler le cours du yuan, après une soudaine dévaluation l'été dernier.

La question de la lutte internationale contre le financement du terrorisme sera également à l'ordre du jour, après la remise d'un rapport du Groupe d'action financière (Gafi), chargé d'évaluer les progrès des Etats en ce domaine.

bur-jug/ple/pt