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21/02/2016 22:45 EST | Actualisé 21/02/2017 00:12 EST

Sur la frontière turque, des marmites géantes pour nourrir les réfugiés syriens

Ils n'ont pas le droit d'entrer en Turquie mais il faut les nourrir: pour ravitailler les milliers de réfugiés syriens massés à la frontière, l'ONG humanitaire turque IHH a construit près de Kilis (sud de la Turquie) un immense complexe qui tourne seize heures par jour.

Dans les cuisines, des dizaines de marmites géantes de 2 mètres de diamètre, si lourdes quand elles sont pleines qu'il faut les porter à deux, contiennent de quoi fournir chaque jour 25.000 repas chauds. Dans des faitouts scellés de film plastique, les ragoûts, plats de riz et de pâtes sont chargés tous les matins dans des semi-remorques, destination le poste-frontière tout proche.

A côté, les machines de la boulangerie industrielle où s'activent 25 personnes crachent 100.000 pains traditionnels syriens par jour, grâce à une chaîne allemande dernier-cri.

Le directeur, Abdulsalam al-Sharif, règne sur 365 employés, des hommes en grande majorité, et des installations flambant-neuves, terminées il y a quatre mois, peintes en beige et vert. A l'entrée, des vigiles privés passent au détecteur de métaux les sacs des visiteurs.

"Nous nous concentrons sur les besoins des réfugiés à l'intérieur de la Syrie" explique-t-il à l'AFP. "Ceux qui sont en Turquie sont pris en charge par le gouvernement. En tout, il y a de l'autre côté, près de Kilis, plus de 110.000 déplacés syriens, dont 30 à 35.000 récemment arrivés, répartis en huit camps".

"Leur nombre fluctue sans cesse", dit-il. "Certains parviennent à entrer illégalement en Turquie, d'autre partent chez des amis ou de la famille, d'autres rentrent chez eux si la situation se calme. Ça bouge sans arrêt".

Dans les entrepôts, où un terrain de football tiendrait à l'aise, sont entassés sur quatre niveaux des milliers de tonnes de farine, des matelas, couvertures, conserves, sacs de riz, cartons d'huiles et de féculents.

- Manque de tentes -

Abulsalam al-Sharif montre aussi, en souriant, des dizaines de canapés, fauteuils, meubles, cuisinières offerts par la population turque. Il faut les stocker même s'ils ne servent à rien, pour des réfugiés installés sous des tentes.

"C'est de ça dont nous manquons actuellement", dit-il. "Des tentes. Avec la dernière vague arrivée à cause des bombardements russes, nous n'en avons plus. Nous en avons dressé plus de 3.000, dont 81 grandes, pouvant loger cinquante personnes. Nous avons lancé un appel aux donateurs".

Fondée en 1992 pour venir en aide aux musulmans bosniaques lors des guerres de Yougoslavie, la Fondation pour l'aide humanitaire (IHH), est une puissante ONG islamique proche du gouvernement du président turc Recep Tayyip Erdogan, financée par les pays du Golfe, en particulier le Qatar.

Parfois soupçonnée de collusion avec des groupes islamistes radicaux, c'est elle qui avait affrété en mai 2010 le bateau Mavi Marmara, qui a tenté de briser le blocus maritime de la bande de Gaza et a été pris d'assaut par les commandos de marine israéliens, faisant dix morts à son bord.

La quasi-totalité des employés du centre de Kilis sont des réfugiés syriens, salariés. "Les règles imposées par le gouvernement turc sont strictes: nous devons leur donner tous les jours les noms de ceux qui entrent en Syrie. Leurs passeports sont tamponnés chaque fois, vérifiés pour des questions de sécurité", assure le directeur.

Comme souvent en pareil cas, il raconte en souriant l'histoire de ce paysan des environs venu donner trois vaches qui ont été transformées en ragoût ou celle de cette adolescente modestement vêtue venue tenter d'offrir son seul bien, une fine bague en or.

"L'homme peut être magnifique", dit-il. "Si je lance un appel, en une heure j'ai cent volontaires dans cette cour. Mais l'homme peut être terrible : en une seconde, un jet peut larguer deux bombes et réduire tout çà en cendres..."

mm/pa/ros