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22/02/2016 04:14 EST | Actualisé 22/02/2017 00:12 EST

Référendum sur l'UE: Boris Johnson et David Cameron face à face

Le soutien apporté par le maire de Londres Boris Johnson au camp du non à l'Union européenne va le voir affronter le Premier ministre David Cameron, conservateur comme lui et dont il ambitionne la place depuis des années.

"Boris Johnson électrise la campagne référendaire" sur l'appartenance à l'UE, commentaient plusieurs journaux lundi.

Son entrée officielle dans le débat dimanche est en effet accueillie comme un fort stimulant pour le camp de ceux qui veulent quitter l'UE, jusqu'ici divisé et qui manquait cruellement d'une figure de proue.

Pour le quotidien de centre-gauche The Guardian, cette décision, dont Cameron n'a été averti que quelques minutes plus tôt, constitue "une humiliation" pour le Premier ministre qui était allé jusqu'à promettre un ministère de poids à Boris Johnson en échange d'un ralliement.

Pour le conservateur Daily Mail, il a "poignardé" Cameron mais il n'avait pas le choix car l'accord que le Premier ministre a obtenu à Bruxelles pour réformer l'UE est "pathétique".

C'est surtout une décision logique pour l'eurosceptique notoire, qui flirtait depuis des mois avec le camp du non à l'UE, selon les analystes.

Car bien qu'il se défende avec véhémence de tout calcul politique, c'est en votant non à l'UE qu'il a le plus de chance de succéder à Cameron à la tête du Parti conservateur et du gouvernement, une ambition dont il se cache peu. Et il est prêt pour cela à entrer en conflit avec lui.

"C'est la bataille que David Cameron et Boris Johnson ont essayé d'éviter depuis des années", a commenté Matthew d'Ancona, chercheur à l'université Queen Mary de Londres, dans le Guardian.

-Meilleur choix tactique-

Les deux hommes partagent le même parcours si ce n'est la même personnalité: ils ont fréquenté le prestigieux collège d'Eton, ont appartenu au très sélect club Bullingdon à l'université d'Oxford et sont entrés au Parlement en 2001.

Tous deux voulaient aussi devenir Premier ministre mais c'est David Cameron qui l'a fait en 2010.

Boris avait lui été élu lui maire de Londres pour la première fois en 2008, le contraignant à renoncer à son mandat de député qu'il a décidé de récupérer en 2015, pour pouvoir prendre les rênes du parti pour mener la prochaine campagne des législatives en 2020.

Si le oui à l'UE l'emporte, ce sera un échec pour lui mais très relatif et il sera loin d'"être fini", a estimé pour l'AFP Tim Oliver chercheur à la London School of Economics (LSE).

Les eurosceptiques, très nombreux dans le camp conservateur, pourraient en effet le choisir pour champion pour le récompenser de sa prise de position.

Une analyse partagée par Anand Menon, du King's College de Londres (KCL), selon qui Johnson "a fait le calcul que même s'il perdait le référendum il pourrait quand même devenir le leader du Parti conservateur" face aux deux autres candidats à la succession de Cameron, le ministre des Finances George Osborne, et la ministre de l'Intérieur Theresa May, qui vont tous eux faire campagne pour rester dans l'UE.

Et si c'est le camp non qui l'emporte, alors "il pourrait devenir Premier ministre", affirme Tim Oliver.

Mais ce sera alors à lui qu'incombera la tâche très concrète et difficile de négocier les termes de la sortie de l'UE ou un nouvel accord, ce que "Cameron pourrait observer avec une joie maligne".

Quoiqu'il arrive, Matthew Goodwin de l'université du Kent estime qu'il ne faut pas non plus exagérer le poids de Boris Johnson.

"Certes c'est un responsable politique influent mais il y a peu de chance qu'il puisse changer le résultat du vote", déclare-t-il à l'AFP, notant qu'il aura face à lui David Cameron, Theresa May et George Osborne réunis.

Pour Tim Oliver, les Britanniques écouteront volontiers "ses blagues et ses commentaires percutants" mais "Cameron bénéficiera d'une écoute plus sérieuse en tant que Premier ministre".

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