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22/02/2016 08:58 EST | Actualisé 22/02/2017 00:12 EST

Présidentielle au Niger: poursuite du vote dans des régions reculées

Les opérations de vote pour la présidentielle se sont poursuivies lundi au Niger où le président sortant Mahamadou Issoufou espérait obtenir un second quinquennat dès le premier tour, face à une opposition divisée qui dénonçait déjà des fraudes.

Le vote a été prorogé dans de nombreuses villes qui n'avaient pas reçu le matériel électoral dimanche, comme "près de Tahoua (ouest, fief électoral du président Issoufou), Agadez (nord) et près de Zinder (sud)", a indiqué à l'AFP Ibrahim Boubé, le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), qui a réitéré ses appels à ne pas publier de résultats partiels.

En fin d'après-midi, vers 16H30 GMT la Céni a commencé à annoncer des résultats partiels, notamment de la diaspora et de certaines communes du sud du pays.

La longue litanie de résultats, annoncée dans huit langues pratiquées, devait se prolonger toute la nuit sans qu'on sache quand des résultats plus généraux donnant des indications solides sur le scrutin seraient disponibles.

Quelque 7,5 millions de Nigériens étaient appelés à choisir entre quinze candidats pour présider ce pays de 18 millions d'habitants, parmi les plus pauvres du monde et vivant sous la menace des groupes jihadistes sahéliens et des islamistes nigérians de Boko Haram. Le scrutin était couplé à des législatives.

Surnommé le "Lion", le président Issoufou a prédit une victoire par "un coup KO" dès le premier tour, face à une opposition divisée mais qui a promis de s'unir au second tour.

L'opposition accuse le président de préparer un "hold-up" et la crainte de troubles post-électoraux gagne les esprits.

Elu en 2011, M. Issoufou, 63 ans, affronte trois adversaires principaux: deux anciens Premiers ministres, Seïni Oumarou et Hama Amadou, ainsi que Mahamane Ousmane, premier président démocratiquement élu du Niger (1993-1996).

- Gagner 'à la régulière' -

Certaines tendances se dessinaient comme à Niamey, fief traditionnel de l'opposant Hama Amadou, où celui-ci est largement en tête comme prévu, de sources concordantes.

"Il y aura un second tour", affirme Moussa Harouna, le représentant M. Oumarou, citant les tendances recueillies par ses militants.

"Que son coup KO échoue, c'est déjà une victoire pour nous et un échec pour lui parce qu'il en avait fait un point d'honneur", a-t-il assuré, promettant que l'opposition serait victorieuse au second tour.

"Ce matin, je vois beaucoup d'opérateurs économiques du pouvoir qui sont paniqués", ironise l'opposant, critiquant le "travail mal fait de la Céni" et agitant le spectre de la fraude.

"Nous attendons les rapports des représentants sur le terrain (...) mais la Cour Constitutionnelle va avoir du travail", a-t-il ajouté, interrogé s'il reconnaîtrait une éventuelle défaite.

Il cite l'exemple de Bosso (sud-est), où selon lui des éléments armés ont tenté de s'emparer des urnes.

Chez l'autre principal opposant, Hama Amadou, incarcéré depuis novembre en raison d'une affaire controversée de trafic d'enfants, on refuse de commenter officiellement le vote. "Les résultats vont au-delà de nos espérances. Nous sommes très, très, très confiants" et "comme promis, (Hama Amadou) va aller de la prison à la présidence", souffle un représentant du candidat.

"Tout s'est bien passé au niveau sécuritaire", a précisé à la mi-journée à l'AFP le ministre de l'Intérieur Hassoumi Massaoudou. Il s'est aussi montré "très confiant", balayant les accusations de fraude.

"Les élections sont libres et transparentes, assure-t-il. La preuve, c'est que l'opposition arrive largement en tête à Niamey. Si on voulait faire un +hold-up+, pourquoi on ne l'a pas fait à Niamey alors?".

"Ils racontent n'importe quoi. Nous allons gagner à la régulière", promet-il.

La campagne, très tendue, a été marquée par des échauffourées entre partisans du président et opposants qui contestent la régularité du fichier électoral. Elle a été précédée de l'arrestation de personnalités et l'annonce d'un putsch raté par le pouvoir.

Signe de cette tension: un incident s'est produit à Tassara, à la frontière avec l'Algérie. Le président local de la Céni a dû se réfugier à la gendarmerie et les gendarmes faire "des tirs de sommation devant des 4x4 venus d'Algérie qui encerclaient le bâtiment", selon un délégué du parti de M. Issoufou, Mohamed Ibrahim. Celui-ci a ajouté qu'il s'agissait d'un contentieux électoral au sujet des législatives.

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