POLITIQUE
22/02/2016 07:48 EST | Actualisé 22/02/2016 09:36 EST

Motion pro-Israël : divisions chez les libéraux de Justin Trudeau

OTTAWA – Les partis d’opposition à Ottawa sont d’avis qu’il y a un « malaise » au sein du gouvernement Trudeau à propos de la motion pro-Israël, et ce, même si elle a été adoptée par une majorité de ses députés.

La motion de deux députés de l’opposition, Tony Clement et Michelle Rempel, a été adoptée lundi après-midi à la Chambre des communes, avec 229 voix pour et 51 contre. Une douzaine de libéraux se sont abstenus lors du vote et trois d’entre eux ont voté contre.

Plusieurs ont aussi quitté juste avant le vote. Un député conservateur de la Saskatchewan, David Anderson, s’est demandé sur Twitter pourquoi ils s’éclipsaient juste avant la motion pour rejeter le mouvement « Boycott, désinvestissement et sanctions » qui vise l’État d’Israël.

Si la motion rappelle l’amitié entre le Canada et l’Israël, ainsi que leurs relations économiques et diplomatiques, les conservateurs demandaient également de condamner toute personne ou organisation qui ferait la promotion de la campagne BDS contre Israël.

« C’est important d’avoir un message clair de la Chambre des communes pour cet enjeu parce qu’il est important d’avoir un allié comme Israël et d’avoir un plan pour la paix dans cette région. Il ne s’agit pas de pointer du doigt chaque pays », a commenté Tony Clement, l’un des instigateurs.

Tous les députés conservateurs en Chambre – dont l’ancien premier ministre Stephen Harper – ont voté en faveur de la motion. La majorité des députés libéraux, Justin Trudeau en tête, se sont aussi levés pour condamner le mouvement BDS.

Mais l’absence de certains libéraux a fait sourciller les membres des partis d’opposition.

« Je me suis demandé s’ils avaient la gastro de leur côté ou peut-être des occupations dans leur circonscription! » a lancé Alexandre Boulerice, député de Rosemont-La Petite-Patrie, à la sortie de la période des questions.

« Manifestement, il y a un malaise », a laissé tomber le chef du Bloc québécois, Rhéal Fortin.

Pour sa part, le conservateur Tony Clement, dit qu’il est « clair » que le sujet ne fait pas l’unanimité dans le caucus libéral. Une affirmation que le député libéral de Mont-Royal, Anthony Housefather, rejette complètement.

« La grande majorité des libéraux a voté pour la motion et je suis très content », s’est réjoui Housefather, un politicien bien connu dans la communauté juive de Montréal.

L’un de ses collègues libéraux dissidents, Nick Whalen, dit que même s’il est contre le mouvement de boycott d’Israël, il veut protéger le droit d’en débattre.

Dans un échange sur Twitter, il a expliqué à un internaute qu’il s’oppose à la répression des manifestations non violentes et la liberté de parole.

Le bureau du premier ministre, Justin Trudeau, n’a pas répondu à notre demande de commentaires.

Tout comme C-51

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Bloc québécois, qui ont voté contre la motion, disent tous deux qu’elle porte atteinte à la liberté d’expression.

« Ce n’est pas le rôle du Parlement de dire aux gens quoi penser, puis comment agir, tant que c’est fait selon la loi et de façon pacifique. On trouve ça dommage que les libéraux soient tombés dans le piège offert par les conservateurs là-dessus », estime Alexandre Boulerice.

À son avis, « ce n’est pas le rôle du Parlement de dire aux gens quoi penser, puis comment agir ». Une idée partagée par son chef, Thomas Mulcair, qui compare cette condamnation au projet de loi C-51 sur le terrorisme.

« C’est très décevant pour les nombreux Canadiens qui pensaient que les libéraux croyaient dans nos libertés fondamentales comme la liberté d’expression et la liberté d’opinion », a-t-il dit en point de presse.

Le chef par intérim du Bloc, Rhéal Fortin, pense qu’il est « dangereux » de manipuler les libertés individuelles et que le gouvernement n’a pas sa place dans cette situation.

« Les gens ont le droit de boycotter. On peut être d’accord ou pas avec le boycott – ça, c’est correct. Mais de venir légiférer ou adopter une motion pour interdire ou condamner, ça me rappelle de mauvais souvenirs », a indiqué le chef.

Le parti indépendantiste a d’ailleurs adopté à l’unanimité une proposition pour réitérer son appui à la Palestine « dans sa lutte pour l’autodétermination de son peuple », lors de son Conseil général, la fin de semaine dernière.

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