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22/02/2016 07:48 EST | Actualisé 22/02/2017 00:12 EST

Le choix de l'Ukraine d'une Tatare de Crimée pour la représenter à l'Eurovision irrite des députés russes

Plusieurs responsables politiques, à Moscou et en Crimée, se sont élevés lundi contre la décision de l'Ukraine de faire concourir à l'Eurovision une Tatare de Crimée, péninsule ukrainienne annexée par la Russie en mars 2014, y voyant un choix politique visant à dénigrer la Russie.

"C'est un choix étrange. Je suis persuadé que ce vote vise une fois de plus à offenser la Russie", a déclaré à l'agence de presse russe Ria Novosti Vadim Denguine (LDPR, nationaliste), chef de la commission sur l'information politique à la Douma (chambre basse) russe.

Jamala, une cantatrice de formation devenue star du jazz en Ukraine, a été sélectionnée dimanche soir pour représenter son pays à l'Eurovision en mai prochain à Stockholm avec sa chanson "1944", consacrée à la tragédie vécue par son peuple, déporté par Staline.

"C'est un choix politique", a lui aussi estimé, à l'antenne de la radio Echo de Moscou, Leonid Sloutski, chef de la commission parlementaire aux relations avec les ex-républiques soviétiques. Il a toutefois appelé à ne pas réagir de manière trop "dure".

Les autorités prorusses de Crimée ont pour leur part accusé Kiev "d'instrumentaliser" la tragédie des Tatars de Crimée.

"Les autorités ukrainiennes vont essayer d'utiliser la chanson" à des fins politiques, "capitalisant sur la tragédie des Tatars pour imposer au spectateur européen une fausse image du prétendu harcèlement des Tatars dans la Crimée russe", a déclaré à Ria Novosti un vice-Premier ministre prorusse de Crimée, Rouslan Balbek.

Inspirée par les souvenirs de son arrière-grande-mère, déportée avec ses cinq enfants de la péninsule en 1944 avec 240.000 autres Tatars, Jamala a elle-même écrit cette chanson, désignée pour représenter l'Ukraine à l'issue d'un vote du public et des juges.

Les Tatars de Crimée, qui n'ont commencé à retourner dans la péninsule qu'après la chute de l'URSS en 1991, se sont majoritairement opposés à son annexion par la Russie en mars 2014.

Depuis celle-ci, des militants tatars ont été placés en détention ou ont vu leurs domiciles perquisitionnés, et des dirigeants de la communauté ont été interdits d'entrée sur ce territoire par les autorités russes.

tbm/lpt