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22/02/2016 02:42 EST | Actualisé 22/02/2017 00:12 EST

L'ombre des essais nucléaires français plane sur la visite de Hollande en Polynésie

L'indemnisation des victimes des essais nucléaires est au coeur de la visite que le président François Hollande a entamée dimanche soir (heure locale) en Polynésie française, deuxième étape d'un périple autour du monde qui le mènera ensuite en Amérique latine.

De 1966 à 1996, la France a effectué 193 essais nucléaires depuis les atolls de Mururoa et Fangataufa, non sans dommages pour la population locale.

Ces atolls sont situés dans l'archipel des Tuamotu, où étaient basées les installations du Centre d'expérimentation du Pacifique (CEP). Et c'est au dessus de Fangataufa, en août 1968, que la France fit exploser sa première bombe H (thermonucléaire) de 2,6 mégatonnes (Mt) - une bombe à fusion, beaucoup plus puissante que celle à fission.

"Sensible politiquement", selon les propres mots du chef de l'Etat, cette visite présidentielle est la première depuis 2003, durant le second mandat de Jacques Chirac.

Hautement symbolique, le premier geste de François Hollande lundi matin (heure locale) sera de déposer une gerbe sur la tombe de Pouvanaa a Oopa, figure du mouvement anticolonialiste et considéré par de nombreux polynésiens comme le père de la Nation.

Mais le président français est particulièrement attendu sur un autre sujet: l'indemnisation des victimes civiles et militaires des essais nucléaires.

Environ 2.000 personnes résidaient pendant les essais dans le secteur défini par une loi d'indemnisation votée en 2010. Et certains de ces essais ont eu des retombées radioactives "très importantes" en raison des conditions météorologiques sur les îles alentour.

Pourtant, seuls une vingtaine de dossiers sur un millier ont fait l'objet d'une indemnisation, selon la présidence française, alors que les Polynésiens considèrent que ces essais sont la cause de nombreux cancers dans l'archipel.

"J'aurai des annonces à faire", a confié le président Hollande à des journalistes en route pour le Pacifique sud.

- 'Dette nucléaire' -

Il sera également question de la "dette nucléaire", une dotation annuelle de 150 millions d'euros qui visait à compenser la perte d'activité économique engendrée par la cessation des essais en 1996. Elle s'est effritée au fil du temps et les élus polynésiens souhaiteraient la voir pérennisée.

François Hollande va aussi devoir composer avec la complexité de la politique locale.

L'autonomiste Edouard Fritch, le président polynésien, est en froid avec son mentor et prédécesseur Gaston Flosse et a créé son propre parti politique... la veille de l'arrivée du chef de l'Etat.

François Hollande rencontrera aussi l'ancien président indépendantiste Oscar Temaru qui entend présenter sa candidature à la présidentielle de 2017 pour s'offrir une tribune.

Le chef de l'Etat qui effectuera l'essentiel de sa visite en Polynésie lundi, aura vécu deux lundi 22 février à la faveur du franchissement dans un sens puis dans l'autre de la ligne de changement de date qui passe entre les archipels polynésien et de Wallis-et-Futuna, îles françaises du Pacifique sud où il a fait escale.

En campagne, le candidat Hollande avait promis de visiter les onze territoires d'outre-mer habités. "Mission" accomplie, s'est-il félicité devant les élus de l'archipel.

De la Polynésie, le président français s'envolera mardi vers le Pérou pour "saluer" le concours de ce pays au succès de la conférence sur le climat COP21, organisée à Paris en décembre, avant de rejoindre l'Argentine mercredi et l'Uruguay jeudi.

Même si le chef de l'Etat est accompagné de plusieurs chefs d'entreprises, aucun contrat n'est attendu lors de cette tournée sud-américaine, qui vise à renforcer les liens scientifiques, universitaires et culturels qui unissent ces trois pays à la France.

ha/mat/mw/ros

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