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22/02/2016 07:45 EST | Actualisé 22/02/2017 00:12 EST

France : le gouvernement promet une évacuation "par la persuasion" de la Jungle de Calais

Le gouvernement français a promis lundi aux migrants de Calais (nord) un processus d'évacuation "progressif, par la persuasion", à la veille d'un ultimatum fixé aux résidents du sud de la "Jungle" pour quitter les lieux.

Venus du Soudan, de Syrie, d'Erythrée... quelque 4.000 réfugiés ont échoué dans cet immense bidonville aux conditions extrêmement précaires, d'où ils rêvent d'un passage vers l'Angleterre toute proche.

Lundi, six d'entre eux ont comparu devant le tribunal de Boulogne-sur-Mer pour avoir tenté de forcer le passage vers la Grande-Bretagne. Des peines d'un an de prison ferme ont été requises à leur encontre, ainsi que 1.000 euros d'amendes pour deux Français qui les soutenaient.

Le 23 janvier, après une manifestation réclamant l'ouverture de la frontière avec le Royaume-uni, ils avaient enfoncé une clôture - au sein d'un groupe d'une cinquantaine de personnes - et grimpé à bord d'un ferry en provenance de Douvres (Royaume-Uni), avant d'être évacués.

Face à cette intrusion inédite dans le port de Calais, poumon économique de la zone, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve avait promis "la totale fermeté de l'Etat".

Autre signe de raidissement du gouvernement: après avoir déplacé fin janvier pour raison de sécurité environ 600 migrants installés à proximité de la rocade portuaire et des habitations des riverains les autorités souhaitent désormais vider la zone sud du bidonville.

Elles ont donc lancé un ultimatum aux occupants de la moitié sud de la "Jungle" : ils doivent quitter leurs abris d'ici à mardi 19H00 GMT, faute de quoi les forces de l'ordre interviendront.

Bernard Cazeneuve a toutefois assuré lundi que les autorités agiraient "de façon progressive et en privilégiant à chaque instant le dialogue, la persuasion et l'information des migrants". "Cette opération se fera dans le respect des personnes", a-t-il ajouté, en évoquant une opération de "mise à l'abri" de migrants.

Car les tensions se sont exacerbées ces dernières semaines à Calais et dans sa région, avec des manifestations de soutien ou d'hostilité aux migrants et une recrudescence des agressions à leur encontre.

Préfecture et associations humanitaires divergeaient lundi sur le nombre de personnes concernées : "3.450 personnes dont 300 mineurs isolés", selon l'organisation britannique Help Refugees contre "800 à 1.000" selon les autorités.

- Soutien de Jude Law -

Pour se reloger, les migrants ont le choix entre un Centre d'accueil provisoire ouvert en janvier dans la partie nord du camp ou différents centres d'accueil ailleurs en France.

Ces solutions ne sont pas "suffisantes", ont dénoncé lundi les associations d'assistance aux migrants lors d'un point presse commun. Tout en rappelant qu'elles n'étaient pas "pour le maintien du bidonville", elles ont de nouveau demandé aux autorités de suspendre son démantèlement.

Beaucoup de migrants refusent de rejoindre des centres d'accueil "car n'ayant pas renoncé à leur projet de rejoindre l'Angleterre, ils ne veulent pas quitter Calais", a souligné un bénévole au Secours Catholique, Vincent De Coninck.

Les occupants de la "Jungle" ont reçu dimanche le soutien de l'acteur Jude Law et d'autres personnalités britanniques, venus à Calais pour alerter l'opinion britannique sur le sort des mineurs isolés.

"Je suis venu pour voir de mes propres yeux, me faire ma propre opinion de ce qui se passe ici", a déclaré l'acteur à l'AFP, vêtu d'une épaisse veste rembourrée et de bottines vite recouvertes de boue. "J'ai rencontré des gens extraordinaires, et il m'a semblé important de montrer que c'était des êtres humains. J'ai été particulièrement ému par des centaines d'enfants, mineurs, seuls qui ne devraient pas être là et qui ont besoin qu'on s'occupe d'eux, c'est aussi simple que ça".

Plusieurs migrants ont saisi en urgence le tribunal administratif de Lille (nord) "pour faire suspendre la décision" de la préfecture au nom de la violation des droits fondamentaux, a affirmé à l'AFP leur avocate Julie Bonnier.

Le tribunal devrait se prononcer mardi.

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