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21/02/2016 01:15 EST | Actualisé 21/02/2016 01:21 EST

«Les pays d'en haut» s'invitent aux Rendez-Vous du cinéma québécois

Bertrand Calmeau/Courtoisie

On jase aussi télévision aux Rendez-Vous du cinéma québécois (RVCQ). Samedi, une poignée d’inconditionnels des Pays d’en haut ont débuté leur soirée avec un visionnement, en primeur, du septième épisode de la série, qui sera diffusé à Radio-Canada lundi (il n’en restera ensuite que trois!)

Une heure où les nouvelles visées romantiques de Donalda (Sarah-Jeanne Labrosse) avec le docteur Jérôme Marignon (Alexis Lefebvre) créent des remous, et où le nouveau statut de jeune mariée d’Angélique Pothier (Madeleine Péloquin) lui monte un tantinet à la tête.

Marie-Louise Arseneault a ensuite conduit une discussion avec les principaux artisans de la populaire fiction historique, qui attire chaque semaine plus d’un million de téléspectateurs.

Plusieurs des têtes d’affiche des Pays d’en haut avaient répondu à l’appel et étaient venues rencontrer le public à la Cinémathèque québécoise : Vincent Leclerc (Séraphin), Sarah-Jeanne Labrosse, Madeleine Péloquin et Anne-Élisabeth Bossé (Caroline Malterre) y étaient, en plus de l’auteur Gilles Desjardins, du réalisateur Sylvain Archambault et des producteurs Sophie Deschênes (de Sovimage) et François Rozon (d’Encore Télévision). Les spectateurs les plus curieux se sont passés le micro pour poser leurs questions et exprimer leur engouement envers Les pays d’en haut et ses créateurs. Les témoignages d’affection ont été nombreux!

Chaque année, Radio-Canada s’associe aux Rendez-Vous du cinéma québécois pour organiser un «Grand Rendez-Vous Télé», où l’une de ses émissions-phares de la saison est à l’honneur. Dans le passé, Nouvelle adresse, Série noire, Unité 9, Apparences et 19-2 ont toutes eu leur heure de gloire aux RVCQ. Souvent, les réalisateurs des séries sélectionnées pour cet événement spécial se sont aussi démarqués au grand écran.

Les Rendez-Vous du cinéma québécois se poursuivent jusqu’au 27 février.

Voici quelques faits saillants de l’échange avec l’équipe des Pays d’en haut:

C’est le producteur François Rozon qui a eu l’idée de revisiter le classique qu’est toujours Les belles histoires des pays d’en haut dans une facture plus moderne et réaliste, à la Deadwood. Pierre Grignon, neveu de Claude-Henri Grignon, auteur de la célèbre saga, a cédé les droits des textes originaux de son oncle décédé, puis François Rozon a contacté Sophie Deschênes, Gilles Desjardins et Sylvain Archambault pour donner corps à l’idée. Gilles Desjardins ne connaissait alors pas encore cette histoire mythique mais, en regardant les épisodes de la première mouture télévisée, un jour de grosse fièvre, a tout de suite été happé par le potentiel «western» de ce triangle amoureux campé à l’époque de la colonisation du Nord. «Pour moi, c’était carrément un western, a tranché l’auteur. Chaque personnage a son archétype. Et, comme dans tout bon western, il y a l’arrivée du chemin de fer!»

Aux dires de Sylvain Archambault, en ce qui concerne la direction d’acteurs, le boulot d’un réalisateur s’effectue principalement au moment du choix de ses comédiens. «80% du travail se fait au casting, a-t-il soutenu. Si les bons rôles sont attribués aux bons acteurs, je n’ai pas à «faire pleurer une roche»…» «Je me suis entouré des meilleurs», a ajouté Archambault. Si plusieurs visages des Pays d’en haut se sont imposés d’eux-mêmes, trouver «la» figure principale de la fresque, le fameux Séraphin, a été plus ardu. «Puis, un jour, on a vu la lumière», a souligné Sylvain Archambault, en parlant de Vincent Leclerc.

Justement, ce Vincent Leclerc, que tous encensent et qui est une révélation pour plusieurs cet hiver, défend bec et ongles les agissements durs de son Séraphin… avec, tout de même, un sourire au coin des lèvres. «C’est une victime et un grand incompris, a-t-il blagué. L’objectif est tout à fait noble, tendre, sain. Mais la façon de s’y prendre…» À une spectatrice qui lui demandait s’il craignait d’être indéfiniment étiqueté au rôle de Séraphin comme l’a jadis été Jean-Pierre Masson, Vincent Leclerc a répondu que l’honneur en valait la chandelle. «J’aurais été un imbécile fini de dire non à une partition aussi riche, a plaidé le comédien. Je serais peut-être passé à côté du plus beau rôle de ma carrière…»

Sarah-Jeanne Labrosse n’a pas caché que le fait d’incarner la légendaire Donalda revêtait pour elle un caractère tout spécial. «Je n’avais jamais joué d’aussi gros rôle. Je revenais du tournage brûlée, mais heureuse. On voulait que ça soit exigeant, on voulait se dépasser… En lisant les textes, je ne pouvais pas m’attendre à ce que ce soit léger, mais c’était le plus beau défi de ma vie.» Même son de cloche du côté de Madeleine Péloquin. «C’est jouissif pour une comédienne. Il y a plein de couches. Gilles (Desjardins) écrit des personnages de femmes incroyables, forts, nuancés, pleins de contradictions (…) Ces femmes sont des survivantes et des entrepreneures et vivent dans des conditions très difficiles…»

La productrice Sophie Deschênes a précisé que rien n’est laissé au hasard dans la construction des Pays d’en haut. En raison du coût élevé de l’entreprise, chaque scène est scrutée à la loupe sur papier avant le tournage, et les chefs de tous les départements artistiques de la production, les producteurs et le réalisateur, s’allient afin de trouver des solutions pour diminuer les coûts et imaginer des prouesses pour faciliter le processus. «Et ils réussissent à le faire sans mettre la santé et le moral de personne en danger», a martelé Vincent Leclerc. Pour ceux qui l’ignorent, une majorité d’images a été filmée au Village Canadiana, à Rawdon, dans Lanaudière, où l’équipe a séjourné pendant un mois et demi, l’été dernier. «On a tourné dans les mouches noires, les maringouins, la boue…», s’est remémoré Sophie Deschênes. Le Village Canadiana a également servi de décor au film Chasse-Galerie : la légende, qui prendra l’affiche le vendredi 26 février, ainsi qu’à plusieurs autres films et séries d’époque.

Fait cocasse, énoncé par Sylvain Archambault : il en coûte souvent plus cher d’avoir un cheval qu’un comédien sur un plateau de tournage. «Si vous voyez une charrette passer sans cheval pour la tirer, c’est un gars en running shoes qui la tire», a badiné le réalisateur. Téléspectateurs attentifs, ouvrez donc l’œil lorsque vous regarderez vos Pays d’en haut! D’ailleurs, Sarah-Jeanne Labrosse et Madeleine Péloquin ont spécifié avoir dû apprendre rapidement à manier la calèche, entre deux enregistrements.

Pour Anne-Élisabeth Bossé, c’est justement le souci du détail technique dans Les pays d’en haut qui rend justice au contexte historique de la série, et non pas le jeu des comédiens. À ses yeux, les acteurs n’ont pas à déployer d’efforts supplémentaires pour faire croire avec justesse que les intrigues se situent dans le passé. «Peu importe ce qu’on joue, le corset, la perruque, le maquillage, ça fait la job. Pour moi, jouer ça, ou jouer autre chose, il faut seulement être connecté sur la bonne émotion. On raconte une histoire, une action…»

Selon Gilles Desjardins, le Curé Labelle est le protagoniste le plus important des Pays d’en haut, bien au-delà des amours déchues de Donalda, Alexis et Séraphin. «Si le Curé Labelle n’avait pas parti le mouvement de colonisation, le Québec se serait arrêté à Mont-Laurier, et le reste appartiendrait à l’Ontario», a exposé l’auteur. D’après ce dernier, plusieurs personnes, et même des historiens, ignorent le rôle crucial que le «vrai» Curé Labelle (formidable Antoine Bertrand dans la série) a joué dans le développement de notre province. Gilles Desjardins a avoué écarquiller les yeux d’ahurissement lorsqu’il entend des gens dire que le Curé Labelle n’a pas été important pour le Québec.

Une deuxième saison des Pays d’en haut a été confirmée par Radio-Canada.

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