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20/02/2016 20:45 EST | Actualisé 20/02/2017 00:12 EST

Evo Morales, l'ancien berger de lamas président, face à l'usure du pouvoir

Evo Morales, premier président amérindien de Bolivie, aspire à un quatrième mandat (2020-2025) en s'appuyant sur un soutien populaire, ses succès économiques et en matière de lutte contre la pauvreté, mais après 10 ans au pouvoir, son image est écornée par des scandales de corruption.

Quelque six millions d'électeurs se prononcent dimanche lors d'un référendum.

"Moi aussi je veux savoir si le peuple m'aime ou pas, c'est ce qu'il y a de plus démocratique", répète dernièrement cet ancien berger de lamas, né dans la misère de l'Altiplano, pour expliquer la révision de la Constitution.

La construction du téléphérique urbain le plus haut et le plus long du monde, premier vrai transport public du pays, la mise en orbite d'un satellite, des résultats tangibles dans la lutte contre la pauvreté et la faim, salués au niveau international, ont transformé le quotidien des Boliviens.

A des années-lumière, l'histoire personnelle d'Evo Morales, dans l'aride et glaciale cordillère, montre à quel point il a su venir à bout de l'adversité.

Il y a quelques années, dans une autobiographie, il racontait l'influence déterminante d'une famille unie et laborieuse vivant au rythme ancestral d'une communauté aymara de Oruro (centre) coupée du monde, sans eau ni électricité.

Sur ses sept frères et soeurs, quatre mourront de maladie et de malnutrition.

"Jusqu'à 14 ans, j'ignorais l'existence des sous-vêtements. Je dormais avec mes habits" que "ma mère m'enlevait seulement pour deux raisons : chercher les poux ou faire une reprise au coude ou au genou", raconte-t-il.

Un bref passage dans un collège, des débuts prometteurs de trompettiste, l'émigration vers la région tropicale du Chaparé où il devient cultivateur de feuilles de coca, puis enfin le syndicalisme, feront son éducation.

C'est à l'âge adulte, en devenant leader syndical des producteurs de coca puis député, qu'il découvre le monde, malgré sa timidité et sa difficulté à parler espagnol.

- 'Marié à la Bolivie' -

Le 22 janvier 2006, Evo Morales Ayma, élu avec 54% des voix, devient le premier président indigène de l'histoire du pays avec pour héros Tupac Katari, leader aymara d'une révolte indienne contre l'occupation coloniale espagnole, mais aussi Fidel Castro, le révolutionnaire cubain.

Au pouvoir, il ne change pas de style : épais cheveux noirs et visage tanné, celui qui se décrit comme "l'Indien noir et laid au nez de perroquet" aime arborer des tenues andines chatoyantes. L'ancien "cocalero" plaide pour une dépénalisation internationale de la feuille de coca.

Proche de Cuba et de l'ancien président vénézuélien Hugo Chavez, il fait de Washington son principal ennemi, nouant des alliances avec l'Iran, la Russie et la Chine.

"Nous avons lutté et lutté contre l'Empire nord-américain. Le peuple est anti-colonial, le peuple est anti-impérialiste, le peuple est anti-capitaliste", clame-t-il, plaidant pour "la libération de tout le peuple bolivien". Il est réélu en 2009 avec 64% de votes, puis en 2014 avec 61% des voix pour un troisième mandat.

A 56 ans, il est le plus ancien président en exercice d'Amérique latine.

Infatigable, il donne des rendez-vous de travail dès 05H00 du matin et sillonne constamment le pays, capable de se rendre en une journée jusqu'à cinq meetings en différents endroits.

"Nous avons une énorme responsabilité, celle de continuer à améliorer l'économie, et continuer à réduire l'extrême pauvreté et la pauvreté", dit-il.

"Aujourd'hui nous sommes dignes. Plus jamais nous ne serons mendiants, ni humiliés", aime-t-il à répéter depuis son arrivée à la tête de ce pays enclavé, aux finances dopées par la nationalisation des hydrocarbures.

Ce passionné de football et père célibataire de deux grands enfants de mères différentes dit être "marié à la Bolivie", se voulant discret sur sa vie privée.

Mais c'est par l'intermédiaire de son ex-compagne de 28 ans qu'il se retrouve éclaboussé dans un scandale de trafic d'influence supposé : Gabriela Zapata, une dirigeante de l'entreprise chinoise CAMC qui a signé des contrats avec le gouvernement pour 576 millions de dollars (516 millions d'euros).

Plusieurs enquêtes sur cette affaire sont en cours, tandis que d'autres cas de corruption concernent des dirigeants de son parti, le Mouvement vers le socialisme (MAS).

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