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21/02/2016 12:37 EST | Actualisé 21/02/2016 12:37 EST

«Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran» : Éric-Emmanuel Schmitt sur scène en chair et en os

Antigone

Écrivain à succès derrière les bestsellers L’Évangile selon Ponce Pilate ou Ma vie avec Mozart et homme de théâtre fécond, le Français Éric-Emmanuel Schmitt n’a pas hésité à monter sur les planches pour défendre sa pièce Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran. Rencontre.

Car si Éric-Emmanuel Schmitt est aujourd’hui devenu acteur de théâtre, c’est par un pur hasard a-t-il confié en entrevue lors de son passage à Montréal. «J’ai remplacé à Paris le chanteur et comédien Francis Lalanne qui ne pouvait pas assurer toutes les dates. Alors, malgré la nervosité et l’inexpérience, je me suis lancé sur l’arène.»

Un gros défi pour le dramaturge qui ne s’était jusque-là jamais considéré comme un véritable comédien. «Ma seule légitimité, c’est que je suis la source de l’oeuvre que j’interprète. Je n’ai qu’à ouvrir mon petit théâtre intérieur et mes personnages sont déjà présents. Par contre, je ne sais pas encore si je serais vraiment capable de jouer le texte d’un autre.»

Il reste que se présenter devant un public curieux de voir l’auteur en pleine action fût une grande épreuve à surmonter. «J’ai tout le temps des craintes. Je ne sais jamais si je vais être capable de réussir ce que j’entreprends. Mais j’aime la peur. Quand j’arrêterais d’avoir peur, j’arrêterais tout puisque je me suis rendu compte que c’est grâce à la peur que je suis vivant.»

Un hymne à la tolérance

Troisième volet d'une trilogie spirituelle sur les monothéismes, ce texte tendre qui met en scène un seul personnage raconte l’amitié improbable entre Momo, alias Moïse, enfant juif de la rue Bleue à Paris, et de Monsieur Ibrahim, un vieux épicier Arabe emplie de mysticisme. Le récit, situé dans les années 1960, évoque à sa manière le roman La Vie devant soi de Romain Gary.

«J’incarne Momo adulte qui revient sur son enfance compliquée tout en se remémorant sa rencontre avec Monsieur Ibrahim. Chaque fois, j'ai finalement beaucoup de plaisir à livrer ce monologue. C’est un peu comme une guérison de la solitude de l'écrivain.»

La découverte improbable entre deux âmes solitaires est aussi l’occasion pour Éric-Emmanuel Schmitt de rappeler une simple leçon de tolérance mise à mal par les montées des extrêmes.

«J’ai écrit la pièce pour Bruno Abraham-Kremer il y a de cela quinze ans. Les tensions identitaires qui ressurgissent un peu partout rappellent l’urgence de vivre ensemble. On ne peut pas laisser les terroristes d’un côté et les populistes de l’autre vaincre cette bataille dont les conséquences seraient catastrophiques.»

Adapté au cinéma en 2003, le film éponyme mettait à l’affiche le regretté Omar Sharif qui décrocha le César du meilleur acteur. «Il ne voulait plus jouer, mais dès qu’il a lu le scénario que je lui avais tout de même envoyé, il a changé d’avis. Pour me convaincre de lui donner le rôle, il m’a dit: "Des vieux acteurs, tu peux en trouver quelques-uns, mais un vieil Arabe, il n'y a pas meilleur que moi!" Et il avait bien raison.»

La pièce Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran sera en tournée dans 23 villes du Québec à partir du 16 novembre 2016.

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