POLITIQUE
17/02/2016 07:23 EST | Actualisé 19/02/2016 04:03 EST

Industrie navale canadienne : Ottawa navigue en eaux troubles

OTTAWA – Le gouvernement Trudeau s’attire les foudres d’une partie de l’industrie navale canadienne, qui craint de voir de lucratifs contrats lui filer entre les doigts.

Services publics et Approvisionnement Canada a fait savoir, dans divers médias, que la construction des remorques et des bateaux-pompes pouvait se faire à l’extérieur du pays.

Une décision qui va à l’encontre de la Stratégie nationale d'approvisionnement en matière de construction navale (SNACN) du gouvernement conservateur de Stephen Harper.

Irving Shipbuilding s'est mérité environ 26 G$ en contrats en 2011. (Photo : La Presse Canadienne)

« C’est très frustrant de voir que le gouvernement se résigne à aller en dehors du Canada pour faire faire des bateaux qui pourraient être faits ici, par des gens ici », s’indigne Philippe Filion, directeur des affaires publiques du Groupe Océan inc.

Les chantiers Seapan, à Vancouver, et Irving Shipbuilding, à Halifax, ont obtenu les plus grosses parts du gâteau de SNACN. Les plus petits constructeurs devaient avoir droit au reste des contrats.

"Le gouvernement canadien ne devrait pas utiliser l’argent des contribuables canadiens pour aider les chantiers étrangers" - Williams Cairns

Selon le quotidien Ottawa Citizen, le département de la Défense nationale cherche à privatiser une partie de sa flotte. Mais l’Association des constructeurs navals du Canada ne veut pas que ce changement se fasse au détriment des entreprises canadiennes.

« Dans le climat économique actuel, quand la priorité devrait être de remettre les Canadiens au travail, le gouvernement canadien ne devrait pas utiliser l’argent des contribuables canadiens pour aider les chantiers étrangers », a critiqué l’ancien vice-amiral Williams Cairns, président de l’association.

Steven Blaney, porte-parole conservateur en matière d'Approvisionnement, rappelle que les libéraux brisent leur promesse d’investir pour la marine canadienne en achetant des avions plus abordables que les F-35.

« Je dénonce cette volonté-là manifestée par le gouvernement fédéral d’abandonner les chantiers canadiens au moment où l’économie canadienne montre des signes de vulnérabilité », dit l’ancien ministre.

À son avis, il s’agit d’une deuxième trahison pour le gouvernement Trudeau, qui a octroyé le contrat du Projet Resolve à l’arraché au chantier de la Davie, à Lévis.

« Franchement, je pense que c’est une obligation. Le gouvernement se doit d’encourager l’économie du pays et notamment l’économie du Québec », a pour sa part déclaré le chef par intérim du Bloc québécois, Rhéal Fortin.

Philippe Filion, du Groupe Océan inc., rappelle que le renouvellement de la flotte devait générer des retombées économiques et maintenir l’expertise au Canada. En campagne électorale, les libéraux promettaient de créer plus d'emplois dans ce secteur.

« Il existe, au Québec et au Canada, des chantiers navals qui sont très bien équipés afin de répondre à la demande du gouvernement fédéral. On ne comprend pas, en ce moment, [sa] position », déplore-t-il.

Pourtant, le changement de gouvernement n’est pas à blâmer : les libéraux soutenaient la Stratégie nationale d'approvisionnement des conservateurs.

Un comité du conseil des ministres serait en train d’examiner le programme en raison de la forte augmentation des coûts.

Les autres joueurs dans l’industrie navale, eux, pourraient tenter de faire pencher la balance en leur faveur afin de faire changer la stratégie.

« On n’exclut pas un contact prochain avec le gouvernement fédéral pour aller expliquer notre position », conclut Philippe Filion.

Avec La Presse Canadienne.

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