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15/02/2016 03:40 EST | Actualisé 15/02/2016 03:42 EST

Les bandes dessinées chères au cœur de Michel Rabagliati

Paméla Lajeunesse

On a jasé bandes dessinées avec Michel Rabagliati, le «papa» de Paul à Québec, Paul dans le métro, Paul à la campagne, et tous les autres Paul, à l’auditorium de la Grande Bibliothèque, jeudi dernier, à l’heure du midi.

Dans une causerie animée par un Matthieu Dugal visiblement fin connaisseur dans le domaine, le célèbre auteur-dessinateur a dressé la liste des 14 bouquins illustrés qui ont marqué sa vie d’homme et d’artiste.

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Galerie photo Michel Rabagliati à la Grande Bibliothèque Voyez les images

Pourtant, enfant, Michel Rabagliati a évolué autant dans un univers de magazines que d’histoires en cases. Il a confié à Matthieu Dugal que sa mère lisait jadis les Paris Match, People, Life et autres valeurs sûres de l’époque en papier glacé. Les femmes de son clan étaient aussi amoureuses de Bécassine, la bande dessinée de Joseph Porphyre Pinchon. Lui a un jour fait la connaissance de Tintin, l’un de ses premiers coups de cœur littéraires. C’est son père qui l’alimentait en bandes dessinées.

Déjà, dans sa jeunesse, Michel Rabagliati adorait dessiner et n’était pas tellement porté vers le sport. «J’étais assez facile d’entretien», a-t-il rigolé, alléguant qu’il ne lui fallait qu’une boîte de crayons Prismacolor pour être heureux.

Sélectif

Pour sa rencontre à la Grande Bibliothèque, Michel Rabagliati a choisi de faire découvrir au public des bandes dessinées «pas à cinq piastres», des œuvres graphiquement «fabuleusement léchées», ou «fabuleusement simples», où l’enfance est un thème récurrent.

«Je possède des bandes dessinées plus pointues, à tirage confidentiel, difficiles à trouver en librairie, mais ces livres sont tous des chefs-d’œuvre pour moi», a soutenu celui qui dit ne pas être un grand collectionneur d’albums du genre, en entrevue avec le Huffington Post Québec après la présentation.

«Je suis très pointilleux. Je ne suis pas un acheteur, par exemple, de fonds, comme les Ricochet, ou les séries franco-belges. Je n’ai pas tous les Lucky Luke et ces affaires-là, même si j’en lisais dans mon enfance. J’ai maintenant mes auteurs préférés, et j’achète environ cinq bandes dessinées par année. Je lis davantage de romans, surtout des romans policiers. Mes périodes de lecture sont le soir, avant de dormir.»

De l’avis de Michel Rabagliati, les Québécois sont-ils friands du neuvième art?

«Dans le monde, c’est à peu près partout pareil au niveau de la population. C’est, genre, 0,003% de la population qui lit de la BD. Sauf qu’en France, ils sont 70 millions, alors ça crée un marché. Ici, 0,003% de sept millions de Québécois, ça ne fait pas tant de lecteurs. Mais les gens sont très partants. Les lecteurs sont généreux, indulgents. Il s’agit de leur mettre les BD dans les mains, et la plupart du temps, ça fonctionne. Ils ne savent juste pas quoi choisir.»

«C’est sûr que, souvent, dans les magasins grande surface, on est souvent laissés à nous-mêmes, expose Rabagliati. On entre parfois chez nous avec un livre qui a coûté 25$, dont on aimait la couverture, mais qui est finalement ennuyant. Ça prend des libraires, un travail de fond en librairie. C’est peut-être mieux, pour cette raison, d’aller chez Raffin, chez Planète BD ou dans les librairies un peu plus petites, où les libraires ont tout lu. Pour un vrai libraire, c’est long, vendre un livre à un client. Ça prend une demi-heure, il faut parler, parler, et donner des idées.»

Tournant

À l’automne, Michel Rabagliati a lancé Paul dans le Nord, huitième volet des aventures de Paul, dans la foulée de la sortie en salle du long-métrage Paul à Québec, de François Bouvier, inspiré de l’ouvrage du même nom.

Alors que Paul dans le Nord marque un tournant dans le parcours de Michel Rabagliati, qui a indiqué que le prochain tome mettra en scène un Paul plus âgé, plus collé à la réalité présente de son créateur, plusieurs personnes ont été initiées pour la première fois au petit monde de Paul grâce au saut au cinéma de Paul à Québec.

«On a vendu beaucoup de Paul à Québec cette année. Pour moi, c’a été un léger crescendo normal de succès depuis 16 ans, mais le film a donné un petit boost. J’espère surtout que les gens qui ont lu Paul à Québec et qui ont vu le film vont ensuite avoir le goût de lire Guy Delisle, Marjane Satrapi et d’autres auteurs de BD, de faire des découvertes», a conclu Michel Rabagliati.

Notons que l’activité Dans la bibliothèque de… se tient à la Grande Bibliothèque de Montréal environ six fois par année. Matthieu Dugal en est l’hôte depuis deux saisons. Les prochains invités seront Chloé Sainte-Marie (17 mars) et le designer industriel Michel Dallaire (21 avril). Les entretiens sont ensuite diffusés quelques semaines plus tard au Canal Savoir. Pour plus d’informations, consultez le site officiel de la BAnQ.

Les coups de cœur BD de Michel Rabagliati

L’arabe du futur, de Riad Sattouf. «C’est l’histoire de l’enfance de l’auteur, en Libye et en Syrie.»

L’ascension du Haut Mal, de David B. «Ça raconte l’histoire d’une famille aux prises avec un enfant malade, atteint d’une grave épilepsie.»

Là où vont nos pères, de Shaun Tan. «Ça parle de voyage, d’immigration, du fait de changer de pays. De s’habituer à un nouveau pays.»

Blankets, de Craig Thompson. «C’est une histoire d’amour d’adolescence, dans des familles religieuses, un peu rigides.»

Tamara Drewe, de Posy Simmonds. «Une résidence d’écrivains en Angleterre, perturbée par l’arrivée d’une jeune femme.»

Ghost World, de Daniel Clowes. «La fin d’été de deux adolescentes aux Etats-Unis, le moment des choix de vie et de carrière.»

Building Stories, de Chris Ware. «Dans un édifice, un triplex, à Chicago. La propriétaire vit au rez-de-chaussée, et les locataires, en haut et au milieu. Chacun a son histoire. Ce sont 14 bandes dessinées à lire dans le désordre. C’est une prouesse graphique fabuleuse.»

Pyongyang, de Guy Delisle. «C’est un séjour en Corée du Nord. Les observations de quelqu’un qui a la chance d’être là, comme Occidental, et qui fait un compte-rendu de son voyage en Corée du Nord.»

Maus – L’intégrale, de Art Spiegleman. «L’extermination des Juifs par le compte-rendu d’une enfance. Une bande dessinée géniale, de presque 300 pages.»

La Marie en plastique (toute entière), de Pascal Rabaté et David Prudhomme. «Une famille française très normale, une chronique de vie. Les grands-parents habitent avec la famille et sont en constante confrontation. La grand-mère est une bigote super catholique, et le vieux est un ancien communiste. Un jour, ils vont à Lourdes et achètent une Sainte Vierge en plastique qui, à un moment donné, se met à pleurer du sang. Et ça perturbe tout le monde.»

Un privé à la cambrousse, de Bruno Heitz. «Ce sont de petites enquêtes policières dans un village très creux, en France. Un commis d’épicerie qui s’improvise détective à temps partiel, pour arrondir ses fins de mois. C’est très cute.»

Quartier lointain, de Jirô Taniguchi. «C’est une espèce de récit d’enfance très long. C’est un peu simpliste. Le personnage est dans un cimetière, il regarde le ciel et se retrouve dans son enfance. Il est dedans ; ce n’est pas un rêve, il est vraiment dedans. Il retourne donc dans son enfance, 40 ans plus tôt, et revit sa jeunesse avec son esprit d’adulte. Si on se laisse embarquer, c’est assez bon.»

La guerre d’Alain, de Emmanuel Guilbert. «Ça raconte l’histoire d’un simple soldat, pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce sont des propos recueillis par Emmanuel Guilbert. Ce sont trois volumes, très, très bien dessinés. C’est du grand art.»

Le petit Christian, de Blutch. «Une autre histoire d’enfance, à travers les bandes dessinées que l’auteur lisait. Il lit beaucoup de Spirou, de Pif Gadget, et il s’identifie tellement à eux qu’il devient littéralement les personnages.»

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