NOUVELLES
14/02/2016 08:39 EST | Actualisé 14/02/2017 00:12 EST

Un an après les attentats de Copenhague, le Danemark, divisé, se souvient

Sous haute surveillance, le Danemark célébrait dimanche les valeurs démocratiques fondamentales lors des commémorations des attentats de Copenhague du 14 février 2015, qui avaient fait deux morts, un cinéaste et un fidèle juif.

"Nous devons vivre en harmonie (...), devons protéger la démocratie et la tradition que nous avons depuis des années au Danemark de vivre côte à côte même si nous croyons en un dieu différent", a affirmé à la presse le Premier ministre, Lars Løkke Rasmussen.

Après avoir déposé dans la matinée des gerbes devant le centre culturel et la synagogue visés par les attaques, il a participé à un événement organisé par l'association Finn Nørgaard, du nom du cinéaste tué lors d'une des deux attaques, et qui soutient principalement les jeunes issus de l'immigration.

"Notre défi est de passer de l'émotion à la réflexion et de la réflexion à l'action. C'est le but même, je crois, de cette initiative", s'est félicité l'ambassadeur de France au Danemark, François Zimeray, qui était présent dans le centre culturel il y a un an.

- Une "ville différente" -

"Avec l'association, nous voulons nous assurer que cette chose insensée qui nous a privé de Finn ne se reproduise plus", a expliqué à l'AFP le fondateur de l'organisation, Jesper Lynghus. "Copenhague est aujourd'hui une ville différente d'il y a un an", affirme-t-il.

"Nous n'allons ni céder, ni renoncer", a martelé le chef du gouvernement. "Nous sommes dans une situation où il y a toujours une sérieuse menace contre le Danemark. Ça n'a pas changé. Mais nous avons aussi agi. (...) Nous avons équipé nos services de renseignement et notre police", a-t-il martelé.

Le 14 février 2015, Omar El-Hussein, avait ouvert le feu à l'arme automatique sur un centre culturel où des personnalités participaient à une conférence sur le thème "Art, blasphème et liberté".

Parmi ces personnalités, le dessinateur suédois Lars Vilks, cible des islamistes depuis ses caricatures du prophète Mahomet publiées en 2007.

Le cinéaste danois Finn Nørgaard, 55 ans, est tué, trois policiers sont blessés. L'assaillant parvient à s'enfuir et, le soir même, il abat un fidèle juif de 37 ans, Dan Uzan, devant une synagogue, touchant également deux policiers.

Le jeune homme, qui sortait de prison pour une agression au couteau, est abattu quelques heures plus tard dans un échange de tirs avec la police.

- L'immigration en question -

Depuis un an, l'enquête progresse à l'abri des regards du public. On sait que, sur Facebook, Omar El-Hussein, 22 ans, avait prêté allégeance à l'organisation État islamique.

Dans un cybercafé, peu avant sa mort, ce jeune Danois d'origine palestinienne avait écrit à ses "frères", se vantant d'avoir gagné sa place au "paradis" et leur transférant ses économies.

Il y a quelques jours, une radio a affirmé qu'il portait sur lui un Coran de poche en arabe quand il a été tué.

La police n'a toutefois toujours pas commenté publiquement les motivations de ses actes même si elles n'ont jamais fait de doute. "Cela peut s'expliquer par le fait qu'on n'ait pas souhaité donner du crédit à l'amalgame fait entre islam et terrorisme", a justifié un ancien haut responsable des services de sécurité, Hans Jørgen Bonnichsen, cité par l'agence Ritzau.

Au cours de l'année écoulée, le ton du débat sur l'intégration des musulmans au Danemark s'est sensiblement durci, se retrouvant mêlé à celui sur la politique migratoire du pays.

Le Danemark a enregistré 21.000 demandes d'asile en 2015, devenant -- proportionnellement à sa population -- l'un des pays européens à accueillir le plus de réfugiés, avec l'Allemagne, la Suède, l'Autriche et la Finlande.

Ancien champion des droits des réfugiés, le petit royaume a progressivement changé son fusil d'épaule sous l'influence du Parti populaire danois (DF, anti-immigration), soutien au Parlement des gouvernements de droite.

Une veillée devait être organisée dimanche soir entre les deux lieux des attaques, reliés par une chaîne de 1.800 bougies, le tout sous une importante surveillance policière.

nsb-cbw/cel