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13/02/2016 19:21 EST | Actualisé 13/02/2017 00:12 EST

Pyongyang siphonnait 70% des salaires versés à Kaesong par Séoul (ministre sud-coréen)

Séoul a justifié dimanche sa décision unilatérale de fermer le complexe industriel intercoréen de Kaesong en affirmant que Pyongyang ponctionnait 70% des salaires versés aux ouvriers nord-coréens pour financer ses programmes nucléaires et balistiques.

Quelques jours après un tir nord-coréen de fusée à longue portée, un mois après le quatrième essai nucléaire du Nord, Séoul a annoncé mercredi la suspension des opérations à Kaesong, où 124 entreprises sud-coréennes employaient 53.000 Nord-Coréens.

En réaction, Pyongyang a expulsé tous les cadres sud-coréens présents dans le complexe de Kaesong, situé sur son territoire à une dizaine de kilomètres de la frontière, et déclaré le site zone militaire.

Financé par la Corée du Sud, le complexe de Kaesong avait été célébré à son ouverture en 2004 comme un symbole de la "réconciliation" entre les deux Corées et demeurait un des ultimes projets communs de coopération.

Sa fermeture a donc acté une aggravation brutale des tensions sur la péninsule coréenne.

En 12 ans, les sociétés sud-coréennes ont versé l'équivalent de 560 millions de dollars de salaires aux autorités nord-coréennes supervisant les ouvriers travaillant à Kaesong. Rien que pour 2015, l'enveloppe s'est chiffrée à 120 millions de dollars.

Dimanche, le ministre sud-coréen de l'Unification, Hong Yong-pyo, a affirmé que "70%" de cet argent avait en fait été utilisé par le Parti des travailleurs au pouvoir à Pyongyang pour financer ses programmes d'armement.

"Toute devise étrangère gagnée par la Corée du Nord est transférée au Parti des travailleurs, qui utilise cet argent pour développer des armes nucléaires ou des missiles, ou acheter des produits de luxe", a-t-il dit dans un entretien à la chaîne KBS TV.

"Environ 70% des salaires versés en dollars sont en fait utilisés par les autorités, tandis que les ouvriers reçoivent des tickets pour acheter de la nourriture et d'autres produits et des devises nord-coréennes."

Séoul avait jusqu'alors choisi de fermer les yeux sur ces détournements, compte tenu du symbole que représentait Kaesong.

"Nous avons cette fois décidé de cesser les opérations car le Nord allait continuer à intensifier le développement de ses armes, or nous souhaitions prendre une mesure radicale pour calmer l'inquiétude de la population en matière de sécurité", a-t-il expliqué.

Source cruciale de devises étrangères pour le régime le plus isolé au monde, Kaesong était né dans le sillage de "la diplomatie du rayon de soleil" poursuivie par Séoul de 1998 à 2008, et qui visait à encourager les contacts entre les deux frères ennemis.

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