POLITIQUE
12/02/2016 10:18 EST | Actualisé 13/02/2016 11:20 EST

Cellulaires en prison : L'efficacité des brouilleurs d'ondes mise en doute

DanHenson1 via Getty Images
Prison Cell Bars - Black and White

QUÉBEC – Les détenus qui utilisent des téléphones cellulaires ne sont pas près d’être embêtés. Aucun brouilleur d’ondes n’a été installé dans les prisons québécoises, malgré des préoccupations croissantes depuis l’évasion d’Orsainville.

«Non, on n'a pas encore acquis de brouilleurs d'ondes», a confirmé le sous-ministre associé au ministère de la Sécurité publique, Jean-François Longtin, lors de son passage en commission parlementaire mercredi.

Il met même en doute l’efficacité de cette technologie. «Je n'entrerai pas dans les détails pour ne pas donner d'information privilégiée en matière de sécurité, mais ce n'est pas une technologie qui est 100 % efficiente et pas dans toutes les circonstances non plus», a-t-il dit en réponse à une question du critique péquiste en matière de sécurité publique, Pascal Bérubé.

Jean-François Longtin a aussi révélé que son ministère a procédé à un projet-pilote de brouilleur d’ondes et qu’un second aura lieu bientôt. Le gouvernement fédéral teste également la technologie. «Il y a quand même une certaine limitation aux brouilleurs d'ondes», a-t-il répété.

Pour Pascal Bérubé, l’absence de mesures pour bloquer les téléphones cellulaires est due à un manque de directive de la part du ministre de la Sécurité publique. «Le gouvernement ne semble pas décidé à prendre les mesures nécessaires pour empêcher les communications», dit-il en entrevue. Même une technologie imparfaite serait préférable à la situation actuelle. «Même si ça ne fonctionne pas à 100%, qu’est-ce qu’il a de mieux à offrir?», demande-t-il.

Les détenus, principalement ceux liés au crime organisé, utilisent les téléphones cellulaires pour gérer leurs réseaux à l’extérieur des murs ou planifier l’entrée de marchandise illégale. On soupçonne même les évadés d’Orsainville d’avoir coordonné ainsi leur fuite avec le pilote d’hélicoptère.

En commission parlementaire, le sous-ministre associé a également expliqué que le ministère tente de trouver une technologie qui pourrait contrer à la fois les ondes cellulaires et celles utilisées pour piloter les drones, de plus en plus utilisés pour faire entrer des produits illicites. «Vu les coûts élevés de ces technologies-là, on va essayer de trouver une solution qui, globalement, nous dessert le mieux», a dit Jean-François Longtin.

Le nombre de téléphones cellulaires saisis dans les centres de détentions a chuté ces dernières années, un recul que le ministère de la Sécurité publique attribue aux mesures mises en place ces dernières années. Le Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec, lui, croit plutôt que la baisse du nombre de saisies est liée à la diminution des fouilles générales dans les centres de détention.

Par ailleurs, le sous-ministre associé a dévoilé mercredi que le nombre de «saisies de substances s’apparentant à des drogues» était en hausse constante ces dernières années. Elles sont passées de 784 en 2012-2013 à 826 en 2015-2016.

Le phénomène des drones est «extrêmement préoccupant», estime-t-il. Les observations de drones autour des prisons sont passées de quatre en 2013-2014, à 18 en 2014-2015, et «on en a déjà 14 en 2015-2016», a souligné Jean-François Longtin.

«Donc, oui, c'est un phénomène qui est en croissance», a-t-il ajouté.

Le ministère se donne trois mois pour évaluer diverses technologies. Ses représentants ont d’ailleurs assisté mercredi à une présentation des forces aériennes de la sécurité nationale françaises pour échanger de l’information sur le phénomène des drones.

Entre-temps, les prisons québécoises ne sont toujours pas dotées de filets pour éviter l’entrée d’objets illégaux par la voie des airs. «Mais on a des cours clôturées avec une toiture grillagée», a précisé le sous-ministre associé.

En octobre dernier, 15 cours grillagées avaient été installées sur un total prévu de 21 emplacements, comme le révélait Le Huffington Post Québec. Il s’agit toutefois de petits espaces grillagés, et non de cours complètes qui auraient été recouvertes (voir la photo ci-dessous).

Pour Pascal Bérubé, ces informations sont inquiétantes. «Il n’y a rien qui me démontre qu’on est pleinement équipé pour faire face à la menace d’évasion ou d’entrée de matériel à l’intérieur des centres de détentions», dit-il.

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