POLITIQUE
11/02/2016 06:42 EST | Actualisé 11/02/2016 06:42 EST

Politique énergétique: Philippe Couillard tournera une page complète

Alice Chiche

QUÉBEC _ Le premier ministre Philippe Couillard a confié, jeudi, son ambition de développer le sentiment d'autonomie des citoyens grâce à l'installation de panneaux solaires sur le toit de leur résidence.

M. Couillard a déclaré devant un parterre de représentants du secteur des énergies renouvelables que les personnes habitant ces maisons pourront vendre leurs surplus à Hydro-Québec.

Selon le premier ministre, qui a esquissé dans un discours les contours de la prochaine politique énergétique de son gouvernement, pareil développement répondrait à un désir d'autonomie vis-à-vis des gouvernements.

"Vous comblez vous mêmes une bonne partie de vos besoins d'énergie renouvelable pour votre maison, et s'il y a des surplus vous les vendez à Hydro-Québec sur le réseau", a-t-il dit.

Environ 80 maisons québécoises disposent actuellement de tels panneaux, reliés à une batterie, qui réduisent leur dépendance à l'approvisionnement d'Hydro-Québec, a indiqué le premier ministre.

"Dans cette circonstance qu'on connaît actuellement où les gens vivent une certaine aliénation face au gouvernement, on en a un exemple au sud de la frontière et en Europe aussi, cette question de la prise de pouvoir des citoyens sur leur destinée ou sur leurs choix est bien essentielle", a-t-il dit.

Alors qu'Hydro-Québec accumule des surplus d'électricité, le premier ministre a affirmé qu'il s'agissait au contraire d'un élément de développement économique, pour l'exportation ou attirer des entreprises.

"Je suis toujours surpris d'entendre des gens dire: c'est terrible on a des surplus, a-t-il dit. Il n'y a pas un pays sur la planète qui rêverait pas d'être dans une situation comme la nôtre."

Aux membres de l'Association québécoise de la production d'énergie renouvelable (AQPER), M. Couillard a déclaré que la prochaine politique énergétique du Québec marquera un tournant important.

"Elle va marquer une page qu'on tourne, a-t-il dit. Et pas qu'on tourne à moitié. Une page qu'on tourne véritablement."

Cette politique 2016-2025, attendue au cours des prochaines semaines, réduira la "dépendance au pétrole mais de façon progressive et sage".

"Elle doit également d'abord parler de cette transition énergétique mais cette transition doit également développer notre économie et créer de l'emploi", a-t-il dit.

Le Québec se fixera des cibles pour augmenter la proportion des énergies renouvelables dans son portefeuille, qui est de 46 pour cent actuellement, a indiqué le premier ministre.

Concernant les projets hydroélectriques d'Hydro-Québec, M. Couillard est demeuré plus réservé à ce sujet.

"Les grands projets hydroélectriques, oui il en reste peut-être qu'on pourrait identifier, mais ils sont en cours ou déjà faits, a-t-il dit. Donc on va vers des projets différents et encore une fois beaucoup vers l'énergie renouvelable."

Le premier ministre a évoqué un développement éolien "réfléchi", "avec une mission spécifique".

M. Couillard a insisté sur l'importance d'une politique qui sera cohérente et qui n'empêchera cependant pas certains compromis lorsque nécessaire.

Citant la Gaspésie, où le gouvernement a soutenu la construction d'un projet de cimenterie qui fera exploser les gaz à effet de serre, le premier ministre a maintenu que le développement économique sera parfois la priorité.

"Il faut que les gens travaillent et ils ont le droit aussi d'accéder à l'emploi industriel", a-t-il plaidé.

Au passage, il a évoqué les débats suscités par son rejet de l'exploration des hydrocarbures sur l'île d'Anticosti, un projet dont le gouvernement est partenaire.

"Le mot cohérence pour moi est absolument capital, a-t-il dit. Les débats de cette semaine sont une illustration magistrale de ça. On ne peut pas avoir d'une part une politique de lutte aux changements climatiques, une politique énergétique et une politique économique sans liens étroits."

Alors que sa position sur Anticosti lui a valu des critiques, en raison de l'incertitude qu'elle introduit pour les investisseurs, M. Couillard a donné une indication du message qu'il destine aux entreprises.

"En investissant au Québec, vous investissez dans un milieu véritablement et concrètement engagé dans la lutte aux changements climatiques et la transition vers encore plus d'énergies renouvelables", a-t-il dit.

Au sujet du fonds vert, dont les décisions ont été critiquées, M. Couillard a affirmé que des changements législatifs seront nécessaires pour améliorer sa gestion.

"Avant même l'adoption des mesures législatives on va déjà apporter des changements dans cette direction-là", a-t-il dit.

Jean-François Samray, président-directeur de l'AQPER, a déclaré que le potentiel de développement de l'énergie solaire, dont les coûts de l'équipement sont de plus en plus abordables, est méconnu.

"À Québec il y a plus d'ensoleillement, de radiations solaires qu'à Paris ou Berlin, deux endroits où il y a énormément de solaire", a-t-il dit.

M. Samray a affirmé que les déclarations de M. Couillard sur Anticosti ne semblent pas avoir eu d'effet dans son secteur.

"De notre côté il y a énormément d'appétit du côté du secteur financier pour aller investir, aller faire des prêts dans les énergies renouvelables", a-t-il dit.

Galerie photo Comprendre les projets de pipelines Voyez les images