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11/02/2016 09:06 EST | Actualisé 11/02/2016 09:06 EST

Benoit Gouin: l'acteur caméléon (ENTREVUE/PHOTOS)

Courtoisie

Gentil directeur d’école dans Nouvelle Adresse, tueur à gages dans Karl et Max, contrôleur du délateur dans Le Clan, Benoit Gouin change de personnage aussi aisément qu’il enchaîne les projets à la télé, au cinéma et au théâtre. D’ici quelques jours, le comédien foulera les planches du théâtre Duceppe dans la pièce Race, où le racisme, les classes sociales et les jeux de pouvoir sont mis au banc des accusés.

Si certains acteurs accumulent les rôles pendant deux ou trois ans avant d’être remplacés par de nouvelles saveurs du « mois », d’autres réussissent à s’ancrer à long terme dans l’imaginaire collectif des Québécois, comme c’est le cas de Benoit Gouin.

Conscient de la situation envieuse de sa carrière – son CV compte plus de 30 rôles à la télé et 17 au cinéma depuis 15 ans –, l’acteur dit carburer à la diversité des projets, des auteurs, des réalisateurs et des techniques de jeu que sa carrière lui offre. « J’adore l’approche épurée que commandent la télévision et le cinéma, où l’on doit concentrer notre énergie et laisser la caméra venir chercher nos émotions. Au théâtre, j’aime le sentiment de fouler les planches, de jouer avec une réaction immédiate du public, de vivre avec les aléas du direct, de raconter une histoire de A à Z tous les soirs et d’être entouré de la même famille de travail pendant trois mois. »

Pourtant, un jour, l’enfilade de projets a restreint son enthousiasme. « J’ai commencé ma carrière en faisant énormément de théâtre. J’ai toujours adoré ça, mais ça demande beaucoup d’énergie. À un moment donné, j’ai compris que mon plaisir diminuait et que je m’économisais en répétitions, parce que j’avais un show en soirée. J’ai réalisé que je ne pouvais pas faire quatre pièces par année. Avec le temps, j’ai décidé de faire environ une pièce par année. »

Pour la première moitié de 2016, son unique arrêt sur scène sera consacré à Race, une pièce où l’avocat d’origine caucasienne qu’il interprète débat avec un collègue et une stagiaire (Frédéric Pierre et Myriam De Verger), tous deux de race noire, afin de déterminer s’ils défendront un riche homme d’affaires blanc (Henri Chassé), accusé du viol d’une jeune femme noir. Une histoire où, pourtant, rien n’est tout à fait blanc ou noir…

« On ne sait jamais vraiment ce qui s’est passé dans la chambre d’hôtel. Est-ce un viol ou une histoire entre amant et maîtresse qui a mal virée? L’homme a-t-il essayé d’acheter son silence? Selon l’auteur, les deux sujets où l’on retrouve le moins de vérité sont les races et la sexualité. Il dit que les gens se protègeront toujours eux-mêmes et que la vérité est un concept nébuleux. Il y a donc autant de versions possibles que celles que les gens sont prêts à fabriquer pour convaincre les autres de ce qui s’est passé… »

Prenant l’affiche en plein mois de l’histoire des Noirs et devancée par une controverse sur l’absence des acteurs de couleurs aux Oscar, sans oublier la tempête médiatique provoquée par les commentaires de Louis Morissette sur les « moustiques » du web, la pièce écrite en 2009 soulève plusieurs questions sur des enjeux encore bien actuels. « La pièce est un véritable coup de poing! Elle parle de races, de genres, de classes sociales et de sexualité. Tout y est. »

Dans la foulée, Benoit Gouin explique avoir été séduit par le caractère de son personnage, Jack, un avocat lucide, passionné et intense, qui arrive toujours à faire son chemin. « Son collègue Henry dit de lui qu’il est comme un cheval de guerre avec du sang sur le nez. Il aime aller dans les tranchées. C’est un guerrier qui apprécie les causes difficiles et les joutes intellectuelles. »

À l’inverse, son vis-à-vis est méthodique, cartésien et cérébral. « Henry voit très rapidement que la cause est glissante et que le procès est une bombe à retardement pour le bureau. Ce qui est fascinant, c’est que l’argumentaire de chacun se tient. Les deux peuvent avoir raison ou tort. »

Le texte est né de la plume percutante de David Mamet, dont les mots résonnent depuis une semaine sur les murs du Rideau Vert, où est joué le classique Glengarry Glen Ross. « Si on compare les deux pièces, le langage est plus relevé dans Race, puisqu’on adopte un discours juridique. Mais ça demeure des gens qui sont dans leur quotidien, qui sacrent, qui parlent beaucoup et qui ne s’écoutent pas. Mamet a pris le langage de la rue et l’a mis sur scène. La pensée des personnages est toujours en mouvement. Ça contribue à créer un véritable suspense. »

Un suspense comme celui qui plane sur les prochains mois de la carrière du comédien, qui attend de voir si les diffuseurs commanderont une deuxième saison aux trois séries dans lesquelles il a joué récemment : Le Clan, Karl et Marx, ainsi que Marche à l’ombre. Gouin sait d’ores et déjà qu’une tournée de la pièce Le tour du monde en 80 jours, où il tient le rôle du voyageur Phileas Fogg, est en préparation.

La pièce Race sera présentée chez Duceppe du 17 février au 26 mars 2016. Cliquez ici pour plus de détails.

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