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09/02/2016 18:16 EST | Actualisé 09/02/2017 00:12 EST

USA: Bernie Sanders, apôtre d'une "révolution politique"

Bernie Sanders avait démarré la campagne présidentielle avec tous les handicaps : quasi inconnu, sans argent, et opposé à Hillary Clinton. Porté notamment par les jeunes, il a écrasé mardi l'ancienne secrétaire d'Etat dans le New Hampshire.

Sénateur du tout petit Etat du Vermont (nord-est), "démocrate socialiste" revendiqué, grand pourfendeur de Wall Street et des inégalités qui se creusent aux Etats-Unis, Bernie Sanders est un homme en colère.

A 74 ans, il dénonce un système politique manipulé selon lui par Wall Street et les lobbies, et un système économique "truqué".

Infatigable défenseur de la classe moyenne, il veut augmenter à 15 dollars le salaire minimum (7,25 dollars actuellement au niveau fédéral), prêche pour une assurance maladie universelle en citant le modèle européen, martèle qu'il veut un gouvernement "qui fonctionne pour tout le monde, pas seulement une poignée de gens au sommet". Il voit le réchauffement climatique comme une menace très sérieuse.

Il fait de la politique depuis toujours, mais est perçu comme un outsider. Il n'est ni un grand orateur, ni particulièrement charismatique. Opiniâtre, un peu voûté, cheveux blancs indisciplinés et regard fermé, il ne cherche pas vraiment à plaire.

Mais après Donald Trump, c'est lui qui attire les plus grandes foules à ses meetings. Dans l'assistance, de nombreux jeunes, séduits par ce septuagénaire aux costumes froissés, qui promet une "révolution politique", parle avec les mains, et promet la gratuité de l'université, dans un pays où la dette moyenne des étudiants atteint 35.000 dollars.

Pour ces jeunes, le mot "socialiste" n'est pas le repoussoir qu'il était pour leurs parents. Certaines jeunes électrices revendiquent de préférer "ce vieux gars blanc" à celle qui pourrait devenir la première femme président.

Lui même a été surpris par son succès, alors qu'un sondage, au niveau national, le donnait à quasi égalité avec Mme Clinton cette semaine (44% à 42%, selon Quinnipiac).

Quand Hillary Clinton l'attaque sur son manque de connaissances en politique étrangère, il répond que le vote le plus important de l'histoire moderne américaine a été celui sur la guerre d'Irak, qu'elle a voté pour et qu'il a voté contre.

Quand on l'accuse d'être trop radical, il évoque notamment l'exemple scandinave. "Je ne pense que ce soit une idée terriblement radicale de dire que quelqu'un qui travaille 40 heures par semaine ne devrait pas vivre dans la pauvreté".

Il admet sans hésiter qu'il augmentera les impôts.

Et dans une campagne où les attaques personnelles ont atteint une méchanceté jamais vue, et où Bill Clinton accuse sa campagne de "sexisme" et de malhonnêteté, Bernie garde le cap. Il parle d'intégrité, et préfère "croire en l'avenir", son slogan.

Il souligne aussi fièrement qu'il est le candidat à la présidentielle ayant reçu le plus grand nombre de dons financiers de toute l'histoire des Etats-Unis : 3,5 millions, de plus d'un million de personnes, de 27 dollars en moyenne. Et pas de "Super-PAC" (comité d'action politique) qui peuvent lever des sommes d'argent colossales pour leurs candidats.

- Homme authentique -

Ses fans saluent un homme authentique dans un monde politique ultra-scripté. Ils soulignent qu'il n'a jamais dévié de ses convictions, depuis le temps où il était maire de Burlington (1981-1989), la plus grosse ville du Vermont (42.000 habitants).

En 1990, il est élu à la Chambre des Représentants, réélu sans discontinuer jusqu'en 2007, année où il devient sénateur. Il a été indépendant toute sa carrière, jusqu'à l'an dernier, quand il est devenu démocrate pour la campagne.

Il est né à Brooklyn, de parents juifs polonais. La famille est modeste. Le jeune Bernie, très vite s'intéresse à la politique. Etudiant à l'université de Chicago, il rejoint la Ligue des jeunes socialistes, milite contre la guerre du Vietnam, s'engage pour le mouvement des droits civiques, rejoint les mouvements pacifistes.

Il déménage ensuite dans le Vermont, s'engage dans le parti de l'Union de la Liberté, né du mouvement pacifiste, se présente à plusieurs élections sous cette étiquette et perd à plates coutures.

Sa carrière politique démarre quand il est élu maire de Burlington avec 10 voix d'écart en 1981, à la faveur d'une triangulaire, l'emportant sur le maire démocrate.

Marié deux fois, il est père d'un fils et beau-père de trois enfants adultes.

S'il devait être élu, il serait le plus vieux président à jamais entrer à la Maison Blanche.

bd/lb