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09/02/2016 06:11 EST | Actualisé 09/02/2017 00:12 EST

Turquie : le chef du parti pro-kurde accuse le pouvoir de "massacre" dans une ville kurde, Ankara dément

Le leader du parti pro-kurde de Turquie, Selahattin Demirtas, a accusé mardi les forces de l'ordre d'avoir commis un "massacre" de civils dans une ville kurde lors d'une opération contre les rebelles du PKK, ce que le gouvernement dément.

"Ils ont commis un massacre de masse à Cizre et ne veulent pas l'annoncer", a affirmé le leader du Parti de la démocratie des peuples (HDP), troisième force politique du parlement turc, lors d'un discours devant ses députés.

Cizre fait partie des villes kurdes du sud-est à dominante kurde où l'armée et la police mènent depuis deux mois des opérations d'envergure pour déloger des rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui y ont proclamé une "insurrection", en creusant des tranchées et érigeant des barricades.

Selon des rumeurs circulant sur les réseaux sociaux depuis plusieurs jours, soixante habitants de Cizre, dont des blessés, qui se seraient retranchés dans la cave d'un bâtiment auraient été exécutés lors du week-end par les forces de sécurité.

Par ailleurs, un manifestant kurde de 17 ans a perdu la vie mardi dans des circonstances encore floues lors de la répression par la police d'un rassemblement dans le centre-ville de Diyarbakir, le chef-lieu du sud-est anatolien, a-t-on appris de source de sécurité locale.

Selon la chaîne d'information CNN-Türk, le jeune homme a été touché à la tête par une balle et succombé à ses blessures à l'hôpital. Environ 3.000 personnes manifestaient pour dénoncer l'opération des forces turques à Cizre, sous couvre-feu depuis deux mois.

Lundi, le Premier ministre islamo-conservateur Ahmet Davutoglu avait catégoriquement démenti toute attaque visant des civils, affirmant que "l'Etat turc lutte seulement contre les terroristes" et "fait tout pour épargner les civils".

Son ministre de l'Intérieur Efkan Ala a parlé mardi d'une information erronée" et de "désinformation". "Rien n'est caché, l'endroit en question n'existe même pas. (...) Nous menons ces opérations dans le cadre des règles démocratiques", a-t-il insisté devant la presse.

M. Demirtas a pourtant affirmé que "70 à 90 personnes" s'étaient réfugiées dans le sous-sol en question, attaqué, selon lui, par des tanks. "D'après nous ils ont tué tous les occupants de ce lieu. (...) Les autorités ont ensuite dispersé les corps des victimes dans les rues et les maisons dévastées (par les combats) comme si les cadavres étaient déjà là", dans l'objectif de dissimuler leur action, a-t-il dit.

L'armée turque a annoncé lundi que "dix terroristes ont été neutralisés à Cizre", sans aucune référence à des pertes civiles, portant à environ 750 le nombre de rebelles tués depuis décembre.

Ce bilan n'est pas vérifiable de source indépendante.

Depuis l'été, les combats meurtriers ont repris après une accalmie de deux ans entre l'armée, la police et les rebelles. La reprise du conflit a également causé des dizaines de victimes civiles, plus de 200 selon les ONG, et provoqué l'exode de dizaines de milliers d'autres.

BA/mct