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09/02/2016 04:39 EST | Actualisé 09/02/2017 00:12 EST

Plus d'un million de Syriens sont coincés dans des zones assiégées

NEW YORK — Plus d'un million de Syriens sont coincés dans des zones assiégées, affirme un nouveau rapport rendu public mardi.

Le document contredit directement la position de l'ONU, qui calcule que seulement la moitié moins de gens sont pris au piège et à qui certaines organisations humanitaires reprochent de sous-estimer la gravité de la crise.

Le rapport «Siege Watch» publié mardi par l'organisation néerlandaise PAX et l'Institut Syrie, à Washington, fait surface un mois après que des images d'enfants et d'adultes émaciés aient provoqué la stupeur de la communauté internationale. De rares convois d'aide humanitaire ont alors pu rejoindre quelques communautés syriennes.

La ville de Madaya, où ont été tournées ces images, n'apparaissait pas sur la liste des communautés considérées comme assiégées par l'ONU. Des travailleurs humanitaires qui s'y sont rendus ont fait état d'habitants squelettiques et de parents qui donnaient des somnifères à leurs enfants pour leur faire oublier leur faim.

Le rapport affirme que 1,09 million de personnes sont coincées dans 46 communautés assiégées en Syrie, soit nettement plus que les 18 évoquées par l'ONU. La plupart des victimes se trouveraient dans des banlieues de Damas encerclées par les forces gouvernementales, et dans la ville de Homs.

À Deir el-Zour, dans l'est du pays, quelque 200 000 personnes sont assiégées aussi bien par le gouvernement que par le groupe armé État islamique. Le rapport dénote deux communautés assiégées par des groupes d'opposition armés.

«L'électricité et l'eau potable ont habituellement été coupés et l'accès à la nourriture, au carburant et aux soins de santé (quand il existe) est limité», affirme le document, qui fait aussi état de décès causés par la malnutrition, la maladie, l'hypothermie et les empoisonnements causés par des aliments avariés.

Certaines communautés sont assiégées depuis des mois, voire des années.

L'ONU estime que 486 700 personnes sont prises au piège, soit nettement moins que ce qui est calculé par différentes organisations humanitaires. Ces dernières rappellent que les chiffres onusiens influencent la réponse humanitaire internationale et sont d'avis qu'il y a urgence d'intervenir.

«Plusieurs demeurent ignorants de l'ampleur de la crise, et la réponse internationale est conséquemment insuffisante», prévient le rapport.

L'ONU considère qu'un secteur est assiégé s'il est entouré par des «acteurs armés», si l'aide humanitaire ne peut s'y rendre régulièrement et si des civils, y compris les malades et les blessés, ne peuvent en entrer et en sortir.

«Évidemment, il y aura des divergences d'opinion», a réagi une porte-parole de l'ONU, Amanda Pitt.

Le groupe humanitaire Médecins sans frontières (MSF) calcule quant à lui que 1,9 million de Syriens sont coincés dans des secteurs assiégés.

L'ONU place 4,5 millions de personnes dans la catégorie distincte de «difficiles à rejoindre», soit un cran de moins que «assiégés». MSF ne fait pas cette distinction puisque «les conséquences médicales dans les deux types de régions sont similaires». Les fournitures médicales ne peuvent pratiquement jamais entrer et les évacuations médicales sont rarement permises, a dit le groupe.

Depuis que les convois humanitaires ont rejoint Madaya le mois dernier, ajoute MSF, au moins 16 personnes sont mortes de faim. L'ONU considère dorénavant que la ville est assiégée.

Par ailleurs, l'explosion d'une voiture piégée conduite par un kamikaze a fait au moins dix morts mardi, près d'un commissariat de police de Damas. Les dégâts matériels sont aussi considérables.