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08/02/2016 20:45 EST | Actualisé 08/02/2017 00:12 EST

Peter Saunders, victime d'abus pédophiles mais écarté par le Vatican, se sent trahi

Ecarté de la commission d'experts du Vatican contre la pédophilie, Peter Saunders, ancienne victime, a expliqué lundi à l'AFP qu'il se sentait trahi par le pape François et par une Eglise qui ne fait "presque rien".

"Le pape François fait partie du problème", a insisté ce Britannique de 58 ans, fondateur d'une association d'aide aux victimes.

"Cela me brise le coeur parce que quand je l'ai rencontré il y a 18 mois, j'ai trouvé qu'il avait une sincérité et une volonté de faire avancer les choses, mais j'ai peur que tout soit oublié maintenant", a-t-il expliqué.

M. Saunders avait déjà exprimé plusieurs fois sa frustration devant la lenteur des travaux et surtout le refus du Vatican de voir la commission ou l'un de ses membres s'impliquer dans des cas particuliers de membres du clergé soupçonnés d'avoir commis ou couvert des actes pédophiles.

La semaine dernière, l'un des 17 experts a raconté à la commission avoir été approché par deux prêtres italiens désemparés: ils avaient découvert que l'un de leurs collègues commettait des agressions sur des enfants, mais leur évêque leur avait demandé de se taire et la police italienne les avait renvoyés vers l'évêque.

"C'est au-delà de l'inacceptable, à l'heure où nous parlons, il y a des enfants en danger qui pourraient être protégés", a expliqué Peter Saunders, frémissant à l'idée que le prêtre soit juste changé de paroisse ou envoyé dans un autre pays.

"La commission ne s'occupe pas de cas individuels", a-t-il tempêté. "Mais ce cancer de l'Eglise ne sera jamais pris en compte tant que nous resterons autour d'une table à discuter de comment mieux recruter les prêtres à l'avenir ou à adapter le droit canon".

"Clairement, le Vatican ne comprend pas. Nous ne parlons pas d'histoire ancienne. C'est un problème d'aujourd'hui, et il faut l'affronter maintenant. Et le pape pourrait faire tellement plus, et il ne fait presque rien", a-t-il insisté.

- 'Poudre aux yeux' -

Peter Saunders n'a en particulier pas digéré un discours du pape François évoquant les souffrances des évêques américains face aux scandales pédophiles, ni la décision du pontife argentin de confirmer un évêque chilien soupçonné d'avoir protégé un prêtre accusé de pédophilie et à ce titre vivement contesté par les fidèles.

"C'est un problème général de société -- la plupart des enfants violés le sont par des membres de leur famille --, mais si l'Eglise, qui se targue d'un leadership moral dans le monde, ne mène pas le combat sur ce sujet, alors on pourra avec raison la considérer en faillite morale sur tout le reste", a-t-il déclaré.

Au Vatican, ce franc-parler n'a pas plu. "Il a été décidé" que M. Saunders prenne un congé de cette commission créée en 2014, a annoncé samedi un communiqué laconique. Lundi, le Saint-Siège a répété que les experts n'avaient pas "pour mandat d'enquêter et de juger de cas particuliers" mais de proposer au pape "les initiatives les plus opportunes".

Peter Saunders n'a cependant pas du tout pris congé: "Je n'ai pas démissionné, j'ai demandé un entretien avec le pape, parce que le pape m'a nommé et à ma connaissance, il est le seul à pouvoir me renvoyer, alors je n'irai nulle part avant d'y réfléchir sérieusement".

La prochaine réunion de la commission est prévue en septembre, ce qui lui laisse le temps de décider, sans trop d'illusions: "l'Eglise ne nous laissera rien faire. Le travail de la commission n'est que de la poudre aux yeux. Il ne se passe rien de vrai".

"Rien n'arrivera de l'intérieur, à moins que les membres de l'Eglise, les vrais, les laïcs, les bons prêtres, et il y en a beaucoup, se soulèvent et disent +assez+", a-t-il insisté.

Et le militant a prévenu: "Nous sommes en guerre, j'en ai peur, et cela va durer longtemps. Au moins Dieu est de notre côté".

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