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08/02/2016 20:45 EST | Actualisé 08/02/2017 00:12 EST

Les frondeurs Islandais prêts à porter le Parti pirate au pouvoir

Les Islandais ont le plein-emploi, une société pacifique, un État-providence qui fonctionne, et pourtant, lassés de leur classe politique ils sont prêts à porter au pouvoir le Parti pirate.

Les législatives sont encore un peu loin, au printemps 2017, mais la domination dans l'opinion des "Píratar" a pris des proportions spectaculaires, avec 41,8% d'intentions de vote selon un sondage publié le 28 janvier.

Cette ascension surprend jusqu'aux membres de cette formation contestataire, fondée il y a un peu plus de trois ans par une militante de WikiLeaks, Birgitta Jonsdottir, pour promouvoir une modernisation de la législation entourant Internet.

Quand on demande à la députée Asta Helgadottir, 25 ans, s'ils sont aujourd'hui prêts à gouverner, elle répond en toute franchise: "non".

"Mais je pense que quand il faut y aller, il faut y aller. Si nous obtenions autant de suffrages, nous serions les premiers à avoir le droit de former un gouvernement. Ce serait notre devoir vis-à-vis de nos électeurs de nous en charger", avance-t-elle.

L'inexpérience de cette formation entrée au Parlement en 2013 n'effraie pas les Islandais, bien au contraire. Ils semblent vouloir rompre avec le niveau de compromission de leur classe politique avec la haute finance qu'a révélé l'effondrement du système bancaire en 2008.

Andrea Gudmundsdottir, chef cuisinière de 54 ans, dit à l'AFP s'être détournée de l'opposition classique de gauche, en difficulté dans les sondages, au profit de ce parti libertaire.

Elle veut envoyer un message à tous les partis traditionnels, "en particulier le Parti de l'indépendance et le Parti du progrès", membres de la coalition gouvernementale de centre-droit. "Pour leur dire que nous en avons marre de la politique telle qu'ils la mènent", affirme-t-elle à l'AFP.

Helga Vala Eysteinsdottir, serveuse de 24 ans, voit dans l'ascension du Parti pirate "un pas dans la bonne direction". "Je suis sûre que le parti obtiendra de bons résultats l'année prochaine. Et je leur fais confiance pour gouverner".

Vu de loin, difficile pourtant de comprendre ce qui suscite cette fronde. On chercherait en vain en Islande la colère qui a amené Syriza au pouvoir en Grèce et Podemos à 20% des voix en Espagne.

- Banquiers condamnés -

Le chômage a fini l'année 2015 au taux impressionnant de 1,9%. Le pouvoir d'achat a été dopé par des hausses vigoureuses des salaires.

Les inégalités sont parmi les plus faibles au monde, et la fin du boom de la finance les a même fait baisser. L'espérance de vie très élevée (83 ans) reflète les bonnes performances du système de santé.

Le pays n'a globalement pas problème de criminalité, si bien que sa Justice a pu se consacrer aux banquiers responsables de la crise financière. Près d'une trentaine d'entre eux ont été condamnés.

Mais l'un des thèmes récurrents du débat politique est la frustration face aux baisses d'impôt accordées aux plus riches par le centre-droit. Le Parti pirate y voit le résultat d'un système politique élitiste, opaque, trop rarement réformé depuis l'indépendance en 1944.

Sous le gouvernement de gauche (2009-2013), l'Islande avait lancé un projet spectaculaire de nouvelle Constitution. Des citoyens avaient participé à la rédaction d'un nouveau texte introduisant une bonne dose de démocratie directe. Approuvé par référendum à 66% des voix, il est resté en rade au Parlement.

Ce Parlement "fonctionne encore comme au XIXe siècle", dit Mme Helgadottir. Avec ses collègues députés Pirates, elle a découvert toutes les embûches semées sur le parcours de l'élu qui entend contrôler efficacement l'exécutif.

Dans l'enceinte de l'Althingi, ils ont insisté sur leurs thèmes favoris: transparence de la vie publique, droits de l'Homme, protection des libertés individuelles sur Internet.

Plus floues sont les propositions en matière de politique économique.

Stefania Oskarsdottir, professeur de science politique à l'Université d'Islande, parie qu'il ne pourra pas durablement séduire les électeurs de l'extrême gauche au centre-droit.

Elle rappelle que la fondatrice des Pirates, Mme Jonsdottir, "voit le parti comme étant de gauche et est attirée par l'idée de former une alliance électorale avec les partis de gauche. Cette évolution va en refroidir certains".

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