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09/02/2016 00:25 EST | Actualisé 09/02/2017 00:12 EST

Le procès princier reprend en Espagne pour les premiers interrogatoires

L'infante Cristina d'Espagne et son mari Iñaki Urdangarin ont retrouvé mardi leur place parmi les accusés au procès d'une vaste affaire de détournements de fonds publics, prêts à écouter le premier interrogatoire d'un de leurs anciens amis au gouvernement des Baléares.

Comme il doit désormais le faire quatre matinées par semaine, le couple a dû rejoindre peu avant 9H00 la zone industrielle de Palma de Majorque où le tribunal s'est délocalisé, entre les murs d'un établissement qui, ironie de l'histoire, enseigne habituellement les règles de l'administration publique, à quelques centaines de mètres d'une prison.

Des dizaines de photographes et caméramen attendaient, de nouveau, la princesse de 50 ans, soeur du roi d'Espagne, sobrement vêtue de sombre, et son époux de 48 ans, pour la reprise de ce premier procès impliquant un membre de la famille royale dans une affaire de détournements de subventions publiques.

Sociétés écrans, fausses factures pour des évènements n'ayant jamais eu lieu, emplois fictifs: tels sont, selon l'accusation, quelques uns des ingrédients de cette affaire ayant terni l'image de la famille royale au point de précipiter l'abdication du roi Juan Carlos Ier en 2014 au profit de son fils Felipe VI.

A la tête de l'institut Noos, M. Urdangarin et son associé Diego Torres sont accusés d'avoir détourné plus de 5,8 millions d'euros de fonds publics attribués entre 2004 et 2007 par les gouvernements régionaux autonomes des Baléares et de Valence, alors dirigés par le Parti populaire (PP, droite).

Entamé le 11 janvier, le procès avait été suspendu le temps pour les trois juges d'examiner des points de droit et de conclure notamment que l'infante Cristina devait bien être jugée pour complicité de fraude fiscale. Elle détenait la moitié d'une société écran destinataire de fonds détournés.

Son époux est jugé pour détournement de fonds publics, fraude fiscale, trafic d'influence, escroquerie et blanchiment d'argent. L'ancien handballeur du FC Barcelone, double médaillé olympique, encourt jusqu'à 19 ans de prison. D'ici au 26 février, il devra écouter les interrogatoires de 13 des 17 accusés avant que vienne son tour, puis que Cristina soit entendue, la dernière.

Un ancien ami d'Urdangarin, né en 1968 et comme lui ex-médaillé olympique aux JO d'Atlanta de 1996, doit être le premier à être entendu: José Luis Ballester "Pepote", ex-champion de voile devenu, de 2003 à 2007, directeur général des Sports des Baléares.

Au cours de l'instruction, Pepote le "repenti" avait accepté de collaborer avec la justice en échange d'une réduction de peine. Selon la presse, il aurait expliqué comment le président régional avait attribué sans appel d'offres, des contrats à Noos, pour complaire au gendre du roi.

- rendez-vous au palais d'été de la famille royale -

Les Baléares étaient alors présidées par un ex-ministre de l'ancien chef de gouvernement José Maria Aznar, Jaume Matas, déjà mis en cause dans un autre scandale de corruption. A l'issue du premier interrogatoire mardi, le tribunal doit entendre trois autres personnalités régionales du PP, au pouvoir à Madrid.

Selon l'accusation, Urdangarin avait invité dès 2003 MM. Matas et Ballester, "Pepote", à la résidence d'été de la famille royale à Palma. Il avait rapidement décroché par leur biais des contrats en or, comme l'organisation d'un congrès Tourisme et Sport, facturé 1,2 million d'euros pour deux jours.

"Un prix complètement disproportionné", basé sur "un budget fictif", selon le parquet, qui a considéré que MM. Urdangarin et Torres avaient créé Noos dans "le seul but" de profiter du "prestige social de prétendues actions altruistes" et "d'avoir accès à des subventions".

"Les fonds obtenus d'organismes publics et de sociétés privées alimentaient des entités commerciales appartenant au président et du vice-président", accuse le parquet anticorruption.

Une des sociétés-écrans, Aizoon, aurait ainsi finalement financé des dépenses personnelles du couple princier (voyages, travaux, fêtes, cours de danse...).

Seconde fille de Juan Carlos Ier et Sofia, Cristina a semblé très affectée à l'ouverture du procès. Déjà bannie de tous les actes officiels de la royauté, privée de son titre de duchesse de Palma, elle encourt jusqu'à huit ans de prison.

La princesse n'a cependant jamais renié son mari et père de ses quatre enfants. Sa défense plaide qu'elle lui faisait une confiance aveugle.

Le procès doit durer jusqu'au 30 juin.

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