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08/02/2016 20:45 EST | Actualisé 08/02/2017 00:12 EST

"Comme des otages": les civils en danger après la fermeture d'un checkpoint dans l'Est rebelle de l'Ukraine

Irina est désormais contrainte d'emprunter un champ truffé de mines pour aller travailler ou faire ses courses, après la fermeture par Kiev d'un important point de passage dans l'Est séparatiste de l'Ukraine, devenu la cible d'échanges de tirs de plus en plus fréquents.

Long de 14 km, ce poste de contrôle qui traverse les localités de Zaïtsevé, Maïorsk et Odradivka, à une cinquantaine de km au nord du bastion rebelle de Donetsk, a été fermé le 3 février en raison de l'intensification des tirs malgré une fragile trêve globalement respectée entre les belligérants.

C'est par là que des milliers de personnes passaient chaque jour depuis les territoires aux mains des séparatistes vers les zones loyales à l'Ukraine.

Pour le militaire ukrainien Andriï Mirochnitchenko dont le bataillon 17, l'un des plus expérimentés, vient d'être déployé dans cette zone, cette décision est tout à fait justifiée.

"Le chemin emprunté chaque jour par des milliers de civils est devenu une zone où l'on tire pour tuer", assure le militaire de 33 ans, près du barrage dépeuplé.

Selon lui, la situation "s'est considérablement aggravée" dans la zone ces derniers jours.

"L'adversaire tire sur nos positions jusqu'à 100 obus par nuit. Ils utilisent des armes de calibre interdit" par les accords de paix de Minsk signés il y a un an grâce à la médiation franco-allemande, assure Andriï.

Le militaire ne croit pas au respect des accords de paix et craint que les petits villages qui viennent de reprendre un semblant de vie normale ne deviennent au printemps une nouvelle ligne de front dans un conflit qui a déjà fait plus de 9.000 morts depuis avril 2014.

Il montre un éclat d'obus tombé à 700 mètres du barrage. "Si le poste de contrôle avait été ouvert, cela aurait pu faire des centaine de morts", dit-il.

- Inquiétude de l'ONU -

Les habitants locaux qui vivent aux sons de bombardements partagent les craintes des soldats, mais dans l'immédiat, la fermeture du barrage rend leur déplacement de l'autre côté de la ligne du front encore plus dangereux.

Irina, 42 ans, employée d'une usine de pompage qui habite dans la "République populaire de Donetsk" (DNR), autoproclamée par les séparatistes, mais travaille sur le territoire sous contrôle de Kiev, traverse la ligne du front à pied en contournant le poste de contrôle par les champs, risquant à tout moment de marcher sur une mine.

Deux civils ont récemment été ainsi blessés près de Zaïtsevé, selon la mission de surveillance de l'OSCE sur place.

"Quand le poste a été fermé, les tirs sont devenus plus intenses, non seulement la nuit, mais aussi le jour", raconte-t-elle en portant de gros sacs remplis de provisions.

Le barrage du côté des rebelles a également été fermé et une patrouille armée a été déployée.

"Cela n'a plus de sens de laisser passer des gens parce que le barrage est fermé du côté ukrainien", explique un rebelle de 48 ans répondant au nom de guerre Iakout.

Derrière lui, des combattants sont en train d'ériger de nouvelles fortifications.

"Auparavant, nous laissions passer jusqu'à 6.000 voitures par jour. Je pense qu'ils (les Ukrainiens) ont fermé le poste pour intensifier les tirs, cela devient chaud aux environs de Gorlivka", bastion rebelle situé à une dizaine de km de là, raconte-t-il.

Cette situation inquiète l'ONU qui avait appelé le gouvernement ukrainien à ne pas fermer les checkpoints qui permettent de passer de la zone séparatiste en zone sous contrôle de Kiev dans l'Est du pays.

"En cas d'aggravation du conflit, les civils risquent de se retrouver dans des zones dangereuses, seuls face aux violences et aux explosions de mines et d'obus", avait récemment souligné Neal Walker, coordinateur de l'ONU chargé des questions humanitaires.

Pour l'instant, le gouvernement ukrainien tout comme les rebelles ignorent ces recommandations, et les civils, eux, se sentent pris en otages.

"Les uns vivent leur vie dans la DNR, les autres vivent leur vie en Ukraine et nous payons pour tout le monde", soupire Irina.

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