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09/02/2016 09:52 EST | Actualisé 09/02/2017 00:12 EST

Afrique du Sud: la défense de Zuma concède l'erreur du président dans le scandale de sa résidence privée

Sous la pression de l'opposition, la défense du président sud-africain a concédé mardi devant la justice que le chef de l'Etat avait eu tort de ne pas rembourser une partie de l'argent public dépensé pour sa résidence privée, une affaire qui empoisonne le mandat de Jacob Zuma.

"Le président accepte que la médiatrice de la République (chargée de veiller à l'utilisation des deniers de l'Etat) exigeait une action réparatrice" dans l'affaire Nkandla, du nom de la résidence privée du président, a déclaré l'avocat du chef de l'Etat, Jeremy Gauntlett, devant la Cour constitutionnelle.

"Nous acceptons que le président doive réparer" son erreur, a-t-il ajouté, alors que 5.000 partisans de l'opposition, à l'origine de la saisine de la Cour constitutionnelle, manifestaient devant la Cour à Johannesburg.

Le scandale Nkandla, du nom du village en pays zoulou où se trouve la propriété privée du chef de l'Etat, est devenu un véritable boulet pour le président, et un symbole des accusations de corruption qui planent sur son gouvernement et son parti, le Congrès national africain (ANC).

En 2014, la médiatrice de la République, Thuli Madonsela, avait rendu un rapport accusant Jacob Zuma d'avoir "indûment bénéficié" des travaux. Elle avait recommandé qu'il rembourse une partie des sommes.

Mais Jacob Zuma refusait depuis des mois de rembourser un centime des quelque 220 millions de rands dépensés (20 millions d'euros de l'époque). A la surprise générale, il a cependant admis la semaine dernière l'idée d'un remboursement partiel, sans pour autant avancer de chiffre.

Ce changement de tactique intervient à quelques mois d'élections locales clés et à quelques jours du discours, jeudi devant le parlement, de Jacob Zuma sur l'état de la nation.

L'année dernière, cette session solennelle avait été interrompue par les députés du parti de gauche radicale EFF (opposition) interpellant le président pour qu'il rembourse l'argent de Nkandla. Ils avaient été brutalement évacués par les services de sécurité.

- Piscine et poulailler-

Devant la Cour constitutionnelle mardi, la défense de Zuma a confirmé la nouvelle position du président, alors qu'à l'extérieur les manifestants de l'EFF scandaient "Zuma doit partir" et "Rends l'argent!".

"Nous avions dit que le président goûterait un jour au tribunal et personne ne nous avait crus", jubilait Julius Malema, leader de l'EFF, devant ses partisans. "Le président va devoir rembourser l'argent!"

Les cris des manifestants pouvaient être entendus dans l'enceinte du tribunal, où l'audience retransmise en directe à la télévision s'est transformée en tribune pour l'opposition.

Les deux principaux partis à l'origine de la procédure, l'EFF et l'Alliance démocratique (DA), ont plaidé pour obtenir du président qu'il rembourse une partie des 20 millions d'euros.

"Nous soutenons que le mépris du président à l'égard de la médiatrice de la République enfreint ses obligations telles que définies par la Constitution", a déclaré l'avocat de l'EFF, Wim Trengove.

"Cette affaire va beaucoup plus loin que la question des pouvoirs de la médiatrice", a argumenté Anton Katz, avocat du parti libéral DA. "Il y a eu un abus de biens publics d'un niveau extraordinaire, au profit d'une seule famille, dans un pays où la plupart des familles ont tout juste accès à la nourriture, l'éducation, la santé et le logement."

La Cour constitutionnelle doit déterminer si les recommandations de la médiatrice de la République sont légalement contraignantes ou non. Le tribunal rendra son jugement à une date ultérieure, après cette audience d'une journée.

Le chef de l'Etat, affaibli, essuie un feu de critiques nourri en raison de scandales de corruption et de la crise économique: l'Afrique du Sud souffre de la chute de la monnaie locale et des cours des matières premières, tandis que le chômage dépassé les 25%.

"Le président Zuma, c'est n'importe quoi!", tempêtait Abel Moeketsi, militant de l'EFF venu manifester devant la Cour.

Jacob Zuma avait déclaré plusieurs fois qu'il n'avait pas ordonné la rénovation de sa propriété privée. Une enquête du ministre de la Police, Nathi Nhelko, avait conclu l'année dernière qu'il s'agissait de travaux de "sécurité", y compris la piscine, décrite comme "un réservoir d'eau" en cas d'incendie, et un poulailler destiné à éviter que les bêtes ne s'égarent près des systèmes de sécurité.

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