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08/02/2016 09:43 EST | Actualisé 08/02/2017 00:12 EST

Les rebelles syriens pris en tenaille à Alep, appel à l'Otan sur les migrants

Les rebelles étaient pris en tenaille lundi par le régime, les forces kurdes et le groupe jihadiste Etat islamique (EI) dans le nord de la Syrie, où 30.000 Syriens fuyant les violences restaient bloqués à la frontière turque.

Devant le flux des migrants vers l'Europe, notamment ceux venant de la Syrie en guerre, la chancelière allemande Angela Merkel, en visite en Turquie, et le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu ont annoncé leur intention de demander l'aide de l'Otan.

Une semaine après le début de leur offensive appuyée par les frappes de l'allié russe dans la province d'Alep, les troupes de Bachar al-Assad se trouvaient pour la première fois depuis 2013 à une vingtaine de km de la frontière turque, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

L'armée a progressé vers Tall Rifaat, un des trois derniers fiefs rebelles dans le nord de la province. Elle a infligé d'importantes pertes aux insurgés frustrés devant l'évolution du conflit.

Les rebelles sont désormais "pris en tenaille par l'armée qui progresse vers le nord, les forces kurdes qui avancent du côté ouest, et l'EI qui domine l'est avec notamment la ville d'Al-Bab", explique le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane.

"L armée évite les combats en zone urbaine, trop difficiles. Elle progresse en rase campagne et coupe les lignes de communications des rebelles qui décrochent ensuite. La stratégie finale est de fermer la frontière turque pour priver les rebelles du soutien logistique", a indiqué le géographe spécialiste de la Syrie, Fabrice Balanche.

- 'Nous avons faim et froid' -

"Nous estimons qu'il y a 31.000 nouveaux déplacés dont 80% de femmes et d'enfants", a affirmé Linda Tom, porte-parole de l'ONU pour les Affaires humanitaires, à propos des Syriens bloqués dans la localité de Bab al-Salama, près de la frontière turque après avoir fui l'offensive du régime et les raids russes.

Malgré les efforts des ONG, les déplacés attendent depuis plusieurs jours face au poste-frontière d'Oncupinar dans une situation précaire, la Turquie ayant jusque-là gardé sa frontière fermée.

"Nous avons faim et froid. Les gens dorment dans la rue", a témoigné à l'AFP, Mohamad Rahma, 15 ans, l'un des rares réfugiés autorisés à franchir la frontière pour se faire soigner côté turc.

"La situation est terrible. Ils souffrent du froid", a renchéri un Turc, Necati Yildiz, dont la fille mariée à un Syrien est bloquée à Bab al-Salama.

En difficulté dans son pays pour y avoir autorisé l'accueil de plus d'un million de migrants en 2015, Mme Merkel a évoqué avec M. Davutoglu l'entrée en scène de l'OTAN pour mieux contrôler les côtes turques, d'où des centaines de personnes continuent chaque jour à arriver en Grèce.

Lundi encore, un nouveau naufrage a tué 27 migrants, dont au moins 11 enfants, au large des côtes occidentales de la Turquie.

Mais les responsables européens ont aussi demandé à la Turquie de laisser entrer les déplacés d'Alep, au regard du droit international.

"Vous demandez à la Turquie de contenir le flux de réfugiés vers vos pays et maintenant vous nous appelez à ouvrir grand notre frontière aux réfugiés. Vous ne prenez pour des idiots ?" s'est emporté le vice-Premier ministre turc Alçin Akdogan.

Quoiqu'il en soit, M. Davutoglu a prévenu que son pays ne supporterait pas à lui seul "tout le fardeau" de l'accueil des réfugiés syriens.

- 'Extermination' -

Dans ce conflit très complexe qui a fait 260.000 morts depuis mars 2011, plus de la moitié de la population a été déplacée par les violences et les destructions.

Après l'intervention militaire de la Russie fin septembre 2015 pour venir en aide au régime Assad, ce dernier a marqué de nombreux points en reprenant aux rebelles des localités dans plusieurs provinces.

Hostiles au régime Assad, les Occidentaux, Etats-Unis en tête, qui mènent une campagne aérienne contre l'EI en Syrie, ont critiqué l'intervention russe en l'accusant de viser les rebelles et non le groupe jihadiste.

Moscou a d'ailleurs critiqué le patron de l'ONU Ban Ki-moon, jugeant qu'il avait fait preuve de partialité en l'accusant d'avoir sapé les pourparlers entre régime et opposition la semaine dernière à Genève en raison de l'intensification de ses bombardements.

Après les accusations de crimes de guerre, les enquêteurs de l'ONU ont accusé le régime Assad d'"extermination" de détenus, assurant que ces "morts massives" de prisonniers étaient le résultat d'une "politique d'État".

Durant le conflit, "des milliers de détenus ont été tués, alors qu'ils étaient dans des prisons, contrôlées par les parties en guerre", selon la commission d'enquête qui a assimilé cette politique d'"extermination" à un "crime contre l'humanité".

bur/sk/tp

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