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07/02/2016 22:16 EST | Actualisé 07/02/2017 00:12 EST

La question du bouclier antimissiles américain met en lumière les divisions sur la Corée du Nord

L'annonce de pourparlers sur le déploiement en Corée du Sud d'un bouclier antimissiles américain, auquel Pékin est profondément hostile, met en lumière les divisions internationales sur la façon de réagir à la menace militaire croissante représentée par Pyongyang, disent les analystes.

Quelques heures après l'annonce dimanche du tir d'une fusée nord-coréenne, les responsables militaires américains et sud-coréens ont annoncé l'ouverture de discussions officielles sur la mise en place du système dit THAAD (Terminal High Altitude Area Defense), bouclier antimissiles parmi les plus sophistiqués du monde.

En cause, "les menaces croissantes de la Corée du Nord" qui les contraignent à renforcer leur défense, a souligné Yoo Jeh-Seung, ministre adjoint sud-coréen de la Défense.

Il est malaisé de lui donner tort, après le quatrième essai nucléaire mené par Pyongyang le 6 janvier et le tir de dimanche, largement considéré comme un test déguisé de missile balistique.

"Cet essai nucléaire associé aux tests de technologie de missiles balistiques (...) renforcent nécessairement l'argument selon lequel Séoul a besoin d'améliorer son système de défense", commente Ben Goodlad, analyste chez IHS Aerospace, Defence and Security.

Au-delà de cet impératif stratégique, existe aussi une explication diplomatique: le déploiement du bouclier pourrait être motivé moins par ce que fait la Corée du Nord que par ce que ne fait pas la Chine.

La Chine est le principal protecteur de Pyongyang. Washington comme Séoul font pression sur Pékin pour qu'elle adopte une attitude plus ferme face au programme d'armements nucléaires nord-coréens.

Mais la Chine redoute un effondrement du régime qui vit à sa frontière. Elle a déjà freiné des quatre fers par le passé et semble déterminée à continuer à résister contre des sanctions trop lourdes au moment où le Conseil de sécurité de l'ONU se demande comment réagir aux dernières "provocations" nord-coréennes.

D'après Joel Wit, analyste à l'Institut américano-coréen de l'Université Johns Hopkins, c'est la frustration à l'égard de Pékin qui fait avancer l'idée de déployer le système THAAD en Corée du Sud.

"C'est un moyen d'envoyer un signal à la Chine, dire que ce que fait la Corée du Nord a de réelles conséquences, y compris pour les propres intérêts de Pékin en matière de sécurité".

La réaction de la Chine ne s'est pas faite attendre. Si elle n'a fait que regretter le lancement de la fusée, elle s'est dit "profondément préoccupée" par l'arrivée de THAAD.

- Efforts de rapprochement avec Pékin -

D'après la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, un tel déploiement ne ferait qu'aggraver les tensions sur la péninsule et nuire aux efforts pour lutter contre le programme nucléaire nord-coréen. "Nous exigeons la prudence des pays concernés", a-t-elle dit.

Pékin perçoit le système THAAD comme une menace pour sa propre politique de dissuasion nucléaire. Il pourrait servir à surveiller les tirs de missile chinois aussi loin que Xian, dans le nord-ouest, fait-elle valoir.

La Chine est le principal partenaire commercial de la Corée du Sud et jusqu'à présent, Séoul s'était abstenue d'évoquer le système THADD officiellement.

La Corée du Sud avait mis en place son propre système destiné à intercepter des missiles de courte et de moyenne portée au moyen d'engins similaires aux Patriot.

Parallèlement, la présidente sud-coréenne Park Geun-Hye n'a pas ménagé ses efforts pour rapprocher son pays de la Chine, tissant des liens personnels avec le président chinois Xi Jinping dans l'espoir de développer un véritable partenariat stratégique.

Les relations bilatérales se sont améliorées, mais laissent toujours à désirer pour Séoul en ce qui concerne Pyongyang.

L'ouverture des discussions sur le système THAAD "est un message pour la Chine. Si elle ne veut pas gérer la Corée du Nord, on le fera à notre manière", explique Paul Carrol, analyste au cabinet Ploughshares Fund.

"Et clairement, il y a danger. Si la Chine et les Etats-Unis n'arrivent pas à s'accorder sur une approche commune envers la Corée du Nord, il n'y aura aucun progrès et la situation va empirer".

Une batterie THAAD est déjà déployée sur l'île de Guam, dans l'océan Pacifique, et le Japon, autre allié clé des Etats-Unis dans la région, envisage d'adopter le système.

"Les pressions sur Washington pour qu'elle réaffirme et augmente sa couverture protectrice chez ses alliés ne va faire qu'augmenter, et il y a un vrai potentiel de tensions et d'instabilité régionales", ajoute M. Wit.

"Au lieu de limiter les ambitions nucléaires de la Corée du Nord, on aura une course aux armements".

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