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06/02/2016 01:00 EST | Actualisé 06/02/2017 00:12 EST

France: Cahuzac, le ministre menteur, devant ses juges

Le procès du mensonge, face au fisc et au pays entier: trois ans après le scandale qui avait ébranlé la présidence de François Hollande, l'ancien ministre français Jérôme Cahuzac est jugé à partir de lundi pour avoir dissimulé un compte à l'étranger.

L'ex-ministre du Budget, 63 ans, doit comparaître à Paris jusqu'au 18 février pour fraude fiscale et blanchiment, mais aussi pour avoir "minoré" sa déclaration de patrimoine en entrant au gouvernement.

Alors étoile montante de la galaxie socialiste, ce fils de résistants à l'occupation nazie, brillant orateur et fonceur, devait incarner l'orthodoxie budgétaire et redresser les comptes de la France.

Il a finalement été le premier accroc à la "République exemplaire" promise par François Hollande pendant sa campagne pour se démarquer de son concurrent, l'ex-président Nicolas Sarkozy, empêtré dans les affaires.

Depuis, le gouvernement a adopté une loi sur la transparence de la vie publique qui a permis de démasquer d'autres abus, dont ceux d'un secrétaire d'Etat en retard pour payer ses impôts, sans restaurer la confiance.

Acculé à la démission en mars 2013, Jérôme Cahuzac a renoncé à tous ses mandats et quitté la politique. "Brisé" selon ses proches, ses confidences sont rares, mais le déni n'est jamais loin. "J'ai construit ma vie politique de façon scrupuleusement honnête", affirmait-il en 2014, mais accepter de devenir ministre a été "l'erreur de ma vie".

Sera-t-il plus disert devant les juges? Jugé avec son épouse, dont il est séparé, un banquier suisse et un avocat basé à Dubaï, il risque une peine allant jusqu'à sept ans de prison et deux millions d'euros d'amende.

Une inconnue pèse toutefois sur ce procès: la défense entend contester d'emblée le cumul de sanctions pénales et fiscales. Si le tribunal renvoie ses questions au Conseil constitutionnel, le procès sera reporté de plusieurs mois.

- 'Fraude sophistiquée' -

Tout commence en décembre 2012 quand le site d'information Mediapart révèle un compte caché, d'abord en Suisse puis à Singapour, de Jérôme Cahuzac. En janvier, la justice ouvre une enquête.

L'ancien député, qui se présente alors comme le chevalier blanc de la lutte contre la fraude fiscale, commence par tout nier. "Les yeux dans les yeux" des médias, des députés, du président. Mais les preuves s'accumulent et il passe finalement aux aveux.

Depuis, les juges d'instruction ont démonté les mécanismes d'une fraude fiscale "obstinée", "sophistiquée" et "familiale".

L'argent provenait de la clinique spécialisée dans les implants capillaires, tenue par Jérôme Cahuzac, chirurgien de formation, et sa femme Patricia Ménard, mais aussi les revenus tirés des activités de conseil de Jérôme Cahuzac auprès de laboratoires pharmaceutiques.

Aidés du banquier François Reyl et de l'avocat Philippe Houman, les époux se sont livrés, entre 1992 et 2013, à des manoeuvres dont le récit, tel qu'il est fait par les enquêteurs, oscille entre roman de gare et manuel de délinquance financière internationale.

On y apprend comment Jérôme Cahuzac, sous le nom de code "Birdie", s'est fait livrer par deux fois 10.000 euros, en espèces, dans une rue de Paris.

On y suit un premier compte ouvert par un "ami" en 1992 à UBS, puis un autre au nom de Cahuzac lui-même l'année suivante. En 1998, tous les avoirs sont transférés dans la discrète banque genevoise Reyl (inculpée dans le dossier).

Lorsque le sacro-saint secret bancaire suisse commence à se fissurer en 2009, les quelque 600.000 euros qu'y détient Jérôme Cahuzac prennent la route de Singapour, en faisant un détour par une société-écran enregistrée aux Seychelles.

Mme Cahuzac, dermatologue, a elle choisi l'île de Man pour déposer des chèques de clients anglais, avant d'ouvrir son propre compte en Suisse, sur fond de brouille avec son époux.

Jusqu'à la mère de l'ancien ministre, dont les comptes servent à "blanchir", entre 2003 et 2010, quelque 200.000 euros de chèques établis par des clients de la clinique Cahuzac.

L'argent a servi à payer des vacances somptuaires en Corse ou des appartements aux enfants à Londres.

Depuis, Patricia Cahuzac a revendu les appartements et s'est acquittée d'un redressement de plus de deux millions. L'ancien ministre a lui aussi régularisé sa situation fiscale. Reste le marathon judiciaire.

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