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05/02/2016 07:12 EST | Actualisé 05/02/2017 00:12 EST

Turquie: le gouvernement investit dans le sud-est kurde mais refuse la paix avec le PKK

Le Premier ministre turc Ahmet Davutoglu a promis vendredi d'investir l'équivalent de 8 milliards d'euros dans le sud-est de la Turquie dévastée par le conflit kurde, mais écarté toute idée de paix avec les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Lors d'un discours prononcé à Mardin (sud-est), M. Davutoglu a dévoilé un nouveau plan en dix points destiné à ramener la sécurité dans le quart du pays à majorité kurde et à en relancer l'économie, sérieusement affectée par les affrontements meurtriers qui y opposent les forces de sécurité aux partisans du PKK.

"Nous allons panser toutes les plaies. Nous qui avons accueilli en notre sein 2,5 millions de Syriens (qui ont fui la guerre civile) sommes parfaitement capables d'offrir toute notre assistance à nos citoyens", a déclaré le chef du gouvernement.

Son plan prévoit notamment une enveloppe de 26,5 milliards de livres (environ 8 milliards d'euros) pour relancer l'activité, notamment par des encouragements aux investissements et des subventions aux PME et aux agriculteurs.

Le plan inclut aussi un volet sécuritaire afin d'"instaurer l'ordre public" dans la zone, a ajouté M. Davutoglu sans donner davantage de détails.

Dans son discours, le Premier ministre islamo-conservateur a également écarté toute possibilité de "décentralisation", rejetant les aspirations du principal parti prokurde du pays, le Parti démocratique du peuple (HDP), à plus d'autonomie locale.

"Tous les citoyens seront inclus dans ce plan, mais nous n'y inclurons pas ceux qui portent les armes", a souligné Ahmet Davutoglu, écartant toute idée de reprise des pourparlers de paix avec les rebelles kurdes.

Ankara avait engagé à l'automne 2012 des discussions de paix avec le chef historique du PKK Abdullah Öcalan, qui purge une peine de prison à vie sur l'île d'Imrali (nord-ouest). Ce processus a volé en éclats l'été dernier, après un cessez-le-feu de plus de deux ans.

"Au lieu de nous rassembler autour d'une table à Imrali, nous allons nous asseoir avec les différents acteurs (du conflit kurde) autour d'une table à Ankara", a confié jeudi M. Davutoglu à la presse turque dans l'avion qui le ramenait de Londres.

"Ce n'est pas utilisant des jeunes gens, dont on lave le cerveau, et pas depuis les tranchées de (la ville de) Cizre ou derrière les barricades que vous allez prouver ou construire quelque chose", a-t-il insisté vendredi à Mardin.

Depuis l'été, les combats entre l'armée, la police et les rebelles ont fait de nombreux tués dans les deux camps.

Au moins deux soldats ont été tués vendredi dans le district historique de Sur, à Diyarbakir, a rapporté l'état-major, portant à plus de 250 les pertes des forces de sécurité depuis l'été.

L'aviation turque a par ailleurs procédé à de nouvelles frappes contre des bases du PKK dans le nord de l'Irak, selon les médias locaux.

La reprise du conflit a également causé des dizaines de victimes civiles, plus de 200, selon les ONG, et provoqué l'exode de dizaines de milliers d'autres.

BA-pa/ib