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05/02/2016 05:45 EST | Actualisé 05/02/2017 00:12 EST

Le patriarche orthodoxe russe Kirill, soutien fidèle du Kremlin

Le patriarche Kirill, à la tête depuis 2009 de l'Eglise orthodoxe russe, a toujours été un proche et un soutien fidèle du Kremlin, à l'époque soviétique comme sous le règne de Vladimir Poutine.

A 69 ans, le patriarche de Moscou et de toutes les Russies va rencontrer la semaine prochaine à Cuba le pape François lors de la première rencontre de l'Histoire entre les deux principaux dirigeants des chrétiens d'Orient et d'Occident, séparés depuis le schisme de 1054.

Sa dernière prise de parole remarquée remonte à janvier quand Kirill a défendu l'intervention militaire russe en Syrie. "Il s'agit de légitime défense. Nous pouvons avec certitude dire qu'il s'agit d'un combat juste", a-t-il déclaré.

Auparavant, au moment de l'annexion en 2014 de la péninsule ukrainienne de Crimée par la Russie et du déclenchement du conflit armé dans l'est de l'Ukraine, son attitude a surtout consisté à dénoncer la politique "antirusse" de l'église gréco-catholique (uniate), présente essentiellement dans l'ouest nationaliste de l'Ukraine.

Cette église, qui suit le rite byzantin mais reconnaît l'autorité du pape, a toujours été un point de friction majeur entre Moscou et le Vatican.

"Une rencontre (entre Kirill et François) ne sera possible qu'après avoir réglé certaines questions, avant tout celles qui concernent les uniates en Ukraine", avait souligné fin décembre un représentant du patriarcat de Moscou, Vladimir Legoïda.

Kirill partage avec le Kremlin la même défiance envers l'Occident et le même souci de défendre les "valeurs chrétiennes traditionnelles" dans le cadre d'un courant national-conservateur très présent en Russie, où près de 70% de la population se déclare orthodoxe.

- 'Nous avons notre propre voie' -

"Nous sommes restés un grand et puissant pays, nous avons gardé notre propre voie, nous n'avons pas perdu notre identité, contrairement à de grands et puissants pays en Europe", s'est félicité Kirill en novembre dernier.

Grâce à ses bonnes relations avec le Kremlin, il a poursuivi la politique de son prédécesseur Alexis II visant à renforcer la position de l'Eglise dans la société: restitution de nombreux monastères et églises, introduction de cours d'éducation religieuse dans les établissements scolaires, présence d'aumôniers dans les unités militaires...

Fils et petit-fils de prêtre, le futur patriarche Vladimir Goundiaev est entré au séminaire en 1965, juste après une période d'intenses persécutions contre l'Eglise lancées par le numéro un soviétique de l'époque, Nikita Khrouchtchev.

Devenu moine en 1969, il est nommé représentant du patriarcat de Moscou au Conseil oecuménique des églises à Genève deux ans plus tard, à tout juste 25 ans: un poste de confiance, très politique, les représentants du Patriarcat étant amenés à nier les accusations occidentales de persécutions religieuses en URSS, et à défendre le point de vue officiel du Kremlin.

Recteur pendant dix ans de l'académie orthodoxe de Leningrad (aujourd'hui Saint-Pétersbourg), Kirill est devenu évêque en 1976 et Métropolite de Smolensk et Kaliningrad en 1988, avant de diriger le département des relations extérieures du Patriarcat de 1989 à 2009.

- Pussy Riot -

Pour avoir été longtemps à la tête de la diplomatie du patriarcat, Kirill connaît bien les difficiles relations avec les autres confessions chrétiennes, et avant tout avec le Vatican.

Sa rencontre historique avec le pape François confortera son autorité dans le monde orthodoxe, notamment parmi les quelque 150 millions de fidèles que compte le patriarcat de Moscou, en Russie et dans des communautés hors Russie, généralement issues de l'émigration russe.

Mais ce succès diplomatique ne saurait faire oublier que sa réputation a été écornée par plusieurs affaires.

Il avait affiché en 2012 son soutien au Kremlin, ébranlé alors par de grandes manifestations de l'opposition à Moscou, et soutenu la candidature de Vladimir Poutine pour un nouveau mandat présidentiel, provoquant des réactions négatives jusque dans certains milieux orthodoxes.

La même année, il avait refusé de demander la clémence pour les Pussy Riot, trois jeunes femmes qui avaient chanté une "prière punk" anti-Poutine dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou pour "dénoncer la collusion de l'Eglise et de l'Etat en Russie". Deux Pussy Riot avaient été condamnées à deux ans de camp.

Des médias russes ont par ailleurs révélé que le patriarche était propriétaire d'un luxueux appartement à Moscou, et critiqué le fait qu'il porte une montre estimée à plus de 30.000 euros.

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