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05/02/2016 10:48 EST | Actualisé 05/02/2017 00:12 EST

L'UE approuve le projet de budget du Portugal mais avec des réserves

Après deux semaines de bras de fer, l'Union européenne a approuvé vendredi le projet de budget pour 2016 du Portugal, tout en pointant un risque persistant de "non-conformité" avec les exigences du Pacte de stabilité.

Le Premier ministre portugais Antonio Costa s'est dit "particulièrement satisfait" de cette "bonne nouvelle", qui montre selon lui "qu'il est possible de tourner la page de l'austérité et rester dans l'euro".

"La Commission européenne a approuvé (le projet de budget, ndlr) et considère qu'il y a des risques. Mais il n'y a pas de budget sans risque. C'est au gouvernement d'éviter les risques et de renforcer la confiance", a-t-il estimé depuis Berlin où il était en déplacement.

Un peu plus tôt se tenait à Bruxelles une réunion extraordinaire du collège des 28 commissaires européens, dont Valdis Dombrovskis (chargé de l'euro) et Pierre Moscovici (affaires économiques) sont sortis avec ce verdict synonyme de soulagement pour Lisbonne.

"Il n'y a pas lieu de demander un plan budgétaire révisé", a annoncé M. Moscovici, parlant d'"une déviation acceptable" à propos du déficit structurel révisé.

Mais, a-t-il mis en garde, "ça n'est qu'une étape (...) la route est encore longue, elle est pentue et nous avons beaucoup de travail". "Le risque de non conformité est toujours là", a souligné l'ancien ministre français de l'Economie en annonçant qu'une nouvelle évaluation du budget portugais pour 2016 aurait lieu en mai.

Valdis Dombrovskis a notamment mentionné un niveau de dette publique jugé toujours préoccupant, "à près de 130% du Produit intérieur brut".

Pierre Moscovici a voulu voir le verre à moitié plein et salué "une bonne nouvelle pour la zone euro dans son ensemble".

La Commission européenne et la gauche revenue au pouvoir au Portugal en novembre se livraient depuis deux semaines à un bras de fer sur l'avant-projet de budget pour 2016 présenté en retard par Lisbonne. Bruxelles jugeait qu'il n'intégrait pas suffisamment de mesures d'austérité de nature à réduire le déficit public et cet endettement chronique.

Le document présenté le 22 janvier par le gouvernement portugais s'avérait "clairement en violation des règles du Pacte de stabilité et de croissance", comme l'a rappelé vendredi M. Dombrovskis, vice-président de la Commission.

- Hausses d'impôts -

L'exécutif européen avait alors décidé de recourir à une procédure prévue depuis 2011, permettant d'exiger des pays de la zone euro des textes budgétaires respectant strictement le Pacte, quitte à user d'un droit de veto face aux récalcitrants.

Dans le cas portugais, Bruxelles insistait en particulier sur la nécessité de réformes qui permettent une amélioration du déficit structurel (hors effets de conjoncture) à hauteur de 0,6 point de pourcentage du Produit intérieur brut.

En définitive le Portugal affiche "un effort estimé entre 0,1 et 0,2 point de PIB", soit "légèrement en-dessous de 0,5", ce qui lui permet d'"éviter le rejet de son projet de budget", a expliqué M. Dombrovskis.

Pour réaliser ces économies, le gouvernement portugais mise surtout sur les recettes fiscales, notamment une augmentation d'une contribution extraordinaire sur les banques, une hausse de la taxe sur les carburants et sur les véhicules, ainsi que sur les alcools.

De cette manière, il espère atteindre un déficit public à 2,2% du PIB cette année, contre 2,6% prévus auparavant. Avant cette phase de négociations intenses avec Lisbonne, la Commission prévoyait un déficit public à 3,4%, supérieur aux 3% exigés par le Pacte.

En 2011, en pleine crise de la zone euro, le Portugal avait bénéficié d'un vaste programme international de soutien financier qui lui avait permis d'avoir de nouveau accès aux marchés et d'éviter la faillite. Mais en contrepartie, le pays avait dû adopter une série de mesures d'austérité que la gauche a désormais commencé à détricoter.

Conformément à ses promesses électorales, le gouvernement supprime ainsi cette année les coupes dans les revenus des fonctionnaires, allège une surtaxe sur les salaires et revalorise des prestations sociales, marquant ainsi un virage par rapport à la politique du précédent exécutif de droite.

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